Bismarck. Pensées et Souvenirs, t. I. p
rtî même, l'influence de Bismarck était amoina fin de l'année 1831, la camarilla avait trouvé que ■ ni' s'affirmait trop dans les mœurs politiques; ùl pensé b une troisième dissolution île la Chambre >'l - mesures qui avateul odeur de coup d'Etat. Bismarck avait été Manié par Cerlach qui lui insinuai! [pie son sérail le bienvenu'; mais Bismarck étail satisfait . ition diplomatique, il se soueiaît médiocrement d'intervenir ii:nis 1rs luttes parlementaires et n'avait pas répondu.
■ riiia avait compris qu'elle ne pouvait plus compter entièrement sur lui. Elle était d'ailleurs inquiète de ses menées
I lulricho, "ii avait env"\r llisiriarek à lïauefort pour
■ d'accord avec la < ,out de Vienne, ri il ni' manquait occasion de la heurter de front. Le groupe féodal.
n'était pas loin de l'accuser de pactiser avec le parti de Gotha
' i.'fi lui adressait ce sévère avertissement : « YuuMir/.
imme l'a rail notre ami Radowilz que la l'eusse doit
ivant l'Allemagne. " La séparation de Bismarck et de
. . ta amis politiques s'accentua encore au moment du
Étal et de la proclamation de l'Empire français; le
diplomate acceptait It fait accompli cl refusait d'intervenir
atérîeures d' ■ nation voisine ; les gens de
raîcnl voulu adresser à Napoléon di ■
talions. Ainsi, par réflexion et par pratique de la vie,
Bismarck s'écartait peu à peu du parti féodal où sa naissance
l'avait placé, doiïl il devait profiter un jour pour prendre le
pouvoir et triompher de l'étranger, qu'il abandonnerait ensuite
pour adopter et répandre des id< es plus modernes et hardies
Aux environs de 1853, les gens bien informés sentaient
Jl de la camarilla et qu'il i I
force d'un utile emploi. Un parti qui se formait tenta de le séduire; quelques conservateurs, sous la direction du comte Robert de Goltz, cherchaient à reprendre à leur avantage la question de l'unité allemande et à gagner dans le peuple la sympathie dont avait joui le parti de Gotha. Ils avaient fondé un journal, le Preussische Wochenblatt, qui avait donné son nom au parti, et où ils critiquaient impitoyablement la politique d'Olmiitz1. Ils manigançaient la chute de Manteuffei; le comte de Goltz se rendit à Francfort pour gagner Bismarck. 11 répugnait à celui-ci de combattre secrètement le ministre qu'il servait officiellement ; il déclina la proposition.
Plus singulière fut la proposition que fit à Bismarck le roi de Hanovre de devenir son ministre; sondé à ce sujet au nom du souverain par un homme politique, il répondit qif « il lui était impossible de cesser d'être patriote prussien, de changer de sentiments comme on change de chemise ». Il ne refusa pas, d'ailleurs, de donner au roi une consultation politique : on le fit venir à Hanovre comme un illustre médecin au chevet d'un malade. A côté du monarque aveugle, il rédigea son ordonnance à la hâte. Elle procura peuWtre un soulagement momentané, mais treize ans plus tard le médecin conduisait lui-même le malade au cimetière : Bismarck enterrait la souveraineté du Hanovre.
Pour l'heure, sa situation à Francfort lui suffisait. M"" fe Bismarck était venue s'y installer avec sa fillette, Marie H le petit Herbert ; un troisième enfant, Guillaume, — Bill — y naquit le 1er août 1852 et eut le prince de Prusse pour par rain. Le ménage habita d'abord chaussée de Bockenheim,
1. Sur le parti du Wochenblatt , Prince de Bismarck, Pensées et Sourenir*. t. I, p. 121 et suiv.
quartier le plus éléganl de la ville, aux hôtels luxueux «■t ,iu\ riches jardins, près du palais des Hothschild a qui
iail ta vil li* louée par l'ambassadeur prussien ; puis il —• transporta rue Gallus, au centre de Francfort ; la voie étail large, aisée, paisible, el la maison de Bismarck confortable, bien distribuée, arec lea appartements de réception sur la rue
liambres d'habitation sur le jardin. Ils y menaient une
ible et leur hospitalité était charmante. Aux grands
■ bus tôles di gala, charges nécessaire», mais ennuyeuses de sa haute situation, — Bismarck préférait les
le, en famille et entre amis. Les camarades ■ I raiicfurt y trouvaient un accueil cordial. Motlej ,
uni le Gfittîngue, perdu de vue depuis vingt ans
: bras ouverts o et dépeinl L'existence sirop] ■
do Eo légation : <c Là sont tous ensemble jeunes el vieux,
grands-parents et enfants el dogues, mangeant, buvant,
jouunl du piano, tirant du pistolet (dans le jardin),
en même temps. < ta vous offre toul ce qu'on peul
porto, soda- m ater, petite bière, Champagne,
■».', bordeaux, toul csl ouvert en mô temps et on
illeurs cigares rie la Havane, à chaque minute '. >
Keiidrll. ami d'enfance de M'"' de Bismarck, raconte avec sèment ses séjours à Francfort1 et 1rs plus hautes pi lua lions dans la diplomatie n'onl pu lui faire oublier les bals el les parties .le musique à l'ambassade, les longues hèes dans la foré! qui s'allonge à l'infini au sud du Main, dans les allées sablonneuses,
■ res rougeâlres.
M. cl M" de Bismun-li parcourent lus environs de Francfort, si charmants dans lcui - el ondoyantes. Le tmee, I. I. |i ITT
diplomate va Bouvenl B Coblentz où le •prince de Prusae lient une petite Cour, rivale parfois de la grande; la princesse désirait Requérir une influence personnelle el, au scandale de son milieu protestant, elle la cherchait surtout dans le clergé catholique. Son action étaîl contrebalancée par Mlle du comte Gustave d'Alvensleben, chef d'élat-major du prince, homme ferme et prudent qui travaillait de toutes ses forces à maintenir la paix entre les Cours de Berlin et de Coblentz.
Chaque été, la famille Bismarck voyageai! : Madame rejoignait ses parents en Poméranie, l'ambassadeur, laissé tout seul, gémissait « contre l'Europe et la Confédération el ses lamentations aurait pu attendrir une pierre ». Parfois il circule de son cité. Dans l'été de |H">3, il séjourne a Ostendc, Il s'amuse au spectacle des baigneurs « velus d'un tricot, jaquclte et panlalon, d'une seule pièce, qui laisse nus les bras complètement el les jambes presque entièrement, Lé conscience d'un galbe irréprochable peut seul donner à l'un de nous la hardiesse de se produire ainsi devant un monde de dames, et quoique j'aie celte conscience à un haut degré, je vais ordinairement au « paradis a ou a bain des sauvages », où il n'y a que des hommes1 ». 11 a de lout temps aimé la mer d'une passion profonde et quand il quitte Ostende, cV-.t ii regret, car « il y a retrouvé une ancienne bîen-aimée, aussi belle et charmante que lorsqu'il a fait sa connaissance. La séparation lui paraît cruelle, il attend avec impatience ha moment où il pourra la revoir à Norderney el presser son sein mouvanl sur son cœur ». 11 s'ennuîc à Bruxelles « a contempler des las de pierres alignés au cordeau, des combats de taureaux, Waterloo et de pompeux équipages ».
i femme, i'J au M 1853. Briefe c
xciite Braitt unit
Amsterdam lui plaît davantage : « C'est un endroit singulier, écrit-il. Beaucoup de rues sont comme à Venise, quelquesunes avec de l'eau jusqu'aux murs, d'autres avec un canal comme chaussée et des trottoirs plantés de tilleuls devant les maisons. Celles-ci sont pourvues de pignons fantastiques, d'un aspect enfumé et étrange, tels que des spectres, avec des cheminées comme un homme la tète en bas et les jambes ôcartées. Ce qui n'a pas le cachet de Venise, c'est la vie active tH le mouvement et les beaux magasins nombreux, l'un à côté de l'autre, mieux achalandés que je ne me les rappelle £* Paris ou Londres. Lorsque j'entends les cloches tinter, et «que, ma longue pipe de terre à la bouche, je regarde à travers la forêt de mats qui couvre les canaux, les pignons et les cheminées aux contours capricieux, plus étranges encore dans le crépuscule, les histoires hollandaises de spectres me reviennent de mon enfance, Dolph Heyhgir et Rip van Winkel et le Hollandais volant1. » D'Amsterdam, Bismarck passe à ^îorderney, petite île de la mer du Nord, où il retrouve « sa bien-aimée » ; il s'installe dans une cabane de pécheur où il écoute a le sifflement de la tempête qui fait trembler le pignon et grincer la girouette ». La mer ne l'empêche pas de regarder les jeunes filles du pays qui sont « jolies comme des images, grandes, élancées, blondes, des couleurs de lait et de rose, et une coiffure fort coquette, comme un casque d'or ».
En septembre, il rejoint Mme de Bismarck à Villeneuve, sur les bords du lac de Genève. De là, il remonte la vallée du Rhône, passe le Grand Saint-Bernard, visite Aoste, Gênes où il est malade, et ne revient à Francfort que le 20 octobre.