Bismarck. Pensées et Souvenirs, t. I, p
3. Bulletin médical du docteur Masse de Kœnigsberg. Seue PreussiscKe Zcitiuiff i\u 10 novembre lvS50. Cpr. le télégramme de Schleinitzau nom du régent à M»« de Bismarck. 8 novembre 1859. Anhany zu den Gedankcn u*d Erinnerungen von Bismarck, 1. 1. p. 29.
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mmçalt h sortir. Sa femme désirait qu'il renonçai « à cet insupportable momie diplomatique qui ne lui a apporté rien do bon, rien que des maladies, dea rancunes, des inimitiés, île l'envie, de l'ingratitude et l'exil ' ■>; elle le voyait déjà installé 6 Schonhausen, avec ses enfants, ses beaux-parents, de vieux amis, la culture des champs, les chevaux elïa chasse. Mais l'autre était pris du démon des grandes affaires : il parlail de retourner toul droit a Pétersbourg. Par manière de transacl abord B BerUn, ■< pour y prendre les dea médecins et des miniaires ■> ; il pensail n'y rester mie peu de jours, ayant horreur de ■■ cette existence de voyage el d'hôtel, el un véritable besoin de coucher dans son propre lit J ». La gravité des événements l<- retint près de deux mois dans la capitale
Depuis quelque temps, un désaccord existait entre la Chambre dea députés cl le nouveau ministre de ta < ruerre, général de
Itmai. sur ki rcur^itiisati \< l'armée, Celait le début rfti
tarlemenlaire que Bismarck solutionna a grands coupa
de bâton, Les origines de ce conflit, sea causes prorondes, ses
. nces Q redouter seronl expliquées [dus loin, lorsqu'on
. l'arrivée de Bismarck au pouvoir', Il suffil de difl
ici que depuis plusieurs années un projet île réorgai
militaire étail à l'étude; la mobilisation de l,H.T.) avait causé
déceptions, el Roon, arri> énu ministère de lot ruerre
.h il ii iul-re 1859, proposait ili- remanier le régime de l'armée.
libéral, qui a\ ut 1 jorîté à le seconde Chambre,
Flairait dons ci ttc réforme une odeur réactionnaire ■
mission opposait au projet ministériel une propiiaitiini inspinr
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par un général en retraite, Stavenhagen. Le cabinet hésitait, pris entre la majorité qui lui avait été jusqu'alors Gdèle et le ministre de la Guerre, tenace, d'une compétence incontestable, soutenu par le parti militaire et encouragé dans sa résistance par le colonel Edwin de Manteuffel, aide de camp général du régent.
A ces difficultés intérieures s'ajoutaient des complications extérieures. Napoléon III, en signant au mois de janvier 1860 un traité de commerce avec l'Angleterre, s'était étroitement lié au gouvernement britannique; mais il n'avait pas renoncé à l'espoir de nouer en triple alliance la Russie, la Prusse et la France, et il faisait à la Cour de Berlin les avances les plus significatives. Malgré ces coquetteries et les bons conseils de Gortschakoff, le prince Guillaume était froid ; son cœur était encore fidèle aux souvenirs de la Guerre d'Indépendance et répugnait à se donner à un Bonaparte. Le prince répondait donc aux invites de Napoléon par des reculades polies, cl quelque délicatesse en résultait dans les relations des deux Cours. Par ailleurs, en Italie, lasituation était encore troublée: Garibaldi et le parti nationaliste ne renonçaient pas à la lutte. A l'hydre redoutée par M. de Gerlach s'ajoutait le volcan de la Révolution.
Enfin, sous l'influence du mouvement national de 1859, diverses propositions avaient été émises pour rajeunir le pacte fédéral ; le prince régent en avait délibéré à Bade pendant son séjour d'été; la Diète en avait somnolé pendant l'automne; en janvier 1860, un texte précis avait été rédigé f, mais il était critiqué par le gouvernement de Berlin qui désirait naturellement prendre l'avis de son ancien déléguée Francfort.
Tout appelait donc Bismarck à Berlin où il arriva le 5 mars
1. Sybel. Die BegrUndung des deutschen Reichs, t. II, p. 350.
1860. Malgré sa faiblesse de convalescent, il y mena une vie très active, suivant avec assiduité les séances de la Chambre des Seigneurs, reçu à plusieurs reprises par le roi, dînant avec les ministres et surtout tenant des conciliabules avec Roon et Edwin de Manteuffel. Sa situation était assez singulière ; il était tout ensemble isolé et très puissant. Il était profondément séparé de ses anciens amis, les membres de la camarilla d'an tan. Le général de Gerlach soupirait en voyant ce qu'était devenu son ancien élève : telle est une poule qui a couvé un caneton et le voit courir a l'étang. Bismarck avait beau lui répéter jusqu'à l'irritation1 : «Je ne veux pas marcher avec la France, je ne cherche que l'intérêt de la Prusse. » Le vieux général n'admettait pas la possibilité de la plus vague entente avec celui qu'il appelait la « Révolution incarnée » et n'était pas loin de tenir Bismarck pour un suppôt de l'enfer, capable de fraterniser avec ce Belzébuth, Napoléon.
Bismarck n'était pas moins éloigné du parti libéral, de la majorité à la Chambre des députés, du cabinet de la nouvelle ère. On savait son opinion personnelle sur le régime parlementaire; le souvenir était resté de ses déclarations aux Assemblées de 1849 et 1850; il était facile de deviner quel serait son parti si un conflit éclatait entre les députés et la Couronne. Ses tendances à un rapprochement avec la France étaient aussi critiquées à gauche qu'à droite. Le Kladerratsch le plaisantait agréablement sur un toast « à l'alliance de la Prusse avec la France », qu'on lui attribuait, et Bismarck prenait au sérieux ces lazzis qu'il réfutait en une belle lettre au directeur du journal satirique s.
Enfin, sur la refonte de la Diète, son opinion différait profondément des espérances du parti libéral; celui-ci désirait
1. Bismarck à Gerlach, 2 mai 1860. Bismarck 's Brie fe an Gerlach, p. 346*
2. Bismarck à Ernest Dohm, 14 mai 1859. Bismarckbriefc, p. 262.
renouveler le pacte fédéral, y introduire une représentation du peuple, arriver par le rajeunissement de la vieille Confédération à l'unité allemande. Bismarck avait des vues toutes différentes : il aspirait aussi à l'unité allemande, mais par l'accroissement de la Prusse, sinon de territoire, au moins d'influence ; une expérience de huit ans à Francfort lui avait prouvé que l'Autriche, « par sa force de pesanteur », arrivait toujours à faire céder la Prusse, et que les moyens royaumes aspiraient simplement à maintenir leur indépendance en exploitant la rivalité des deux grands Etats. « Piperie générale que tout cela, écrivait-il. Nous devons faire résonner dans la presse la corde de la politique indépendante prussienne... Si la Confédération était simplement supprimée, sans qu'on établît rien à sa place, je crois que, sur#la base de cette conquête négative, il se formerait entre la Prusse et ses voisins allemands des relations meilleures et plus naturelles que les actuelles1. »
|j Politique intérieure, question allemande, relations internationales, sur tous les points il différait de l'école du jour. Et pourtant il était sans cesse question de lui pour le pouvoir. Craint des uns, détesté des autres, il s'imposait malgré tous. En janvier 1860, alors qu'il était à Hohendorf, malade, sans force, sans action, la nouvelle se répandait à Berlin qu'il allait prendre le portefeuille des Affaires étrangères, et ce bruit prenait une telle consistance que le cabinet éprouvait la nécessité de le démentir par une note dans son journal oflicieux2.
Ces rumeurs avaient pourtant un fondement : éloigné des
4. Bismarck à Schleinitz, 12 mai 1859. Bismarckbriefe. p. 260-262. Cpr le projet de Bismarck de déclaration a la Diète. Bismarck-Jahrbuch, t. VI,