Bismarck à sa femme. 9 juillet 1859. Loc. cit.y p
! Etats, vice organique de la Confédération, et cette conclusion | s'imposait : l'Allemagne ne pourrait se faire que par l'effondrement de T Autriche ou de la Prusse ; l'expérience de 1848 l'avait déjà démontré, les idées de Francfort reprenaient cours. Ainsi se fonde dans l'été de 1859 cette grande société, le Natio7ialt:erein9 qui devait entrer en lutte si vive avec Bis- Imarck et se dissoudre lorsqu'il eut accompli sa propre tâche.
II. — Bismarck ne pouvait comprendre alors le parti qu'il tirerait de ces événements ; il était d'ailleurs gravement malade, à peine en état d'exercer ses fonctions diplomatiques. A la suite d'une course à cheval, il s'était refroidi et avait été atteint d'une attaque de rhumatisme général; presque au même moment une ancienne blessure au jarret, provenant d'une chute en Suède, s'était enflammée à nouveau; un docteur prescrivit un emplâtre pour calmer les douleurs ; le remède fut pire que le mal ; Terreur provint-elle du médecin ou du pharmacien ? Chacun rejeta la responsabilité sur l'autre, mais Bismarck souffrit cruellement, le jarret était entamé par une plaie qui s'envenima, une veine fut atteinte et on parla de lui couper la jambe. Bismarck le prit dans sa manière vive, envoya promener le chirurgien, refusa toute saignée « qui l'aurait rendu typheux ou idiot », et, « se sentant partir pour un monde meilleur », se prescrivit un régime de compotes et de vin de Madère 6 doses modérées l . Sa robuste nature l'emporta, mais il était affaibli par les douleurs et désirait un changement d'air, les avis des médecins berlinois, les soins dosa femme; la paix de Yillafranca rendait le calme à l'Europe et permettait aux diplomates de prendre leurs vacances;
\. Bismarck a sa foinmo, £;» juin ISSil». hoc. cit.. p. 441: à >!■• d'Arnim, 29 juin. Uisinarckbriefe, p. iti'J. Pensées et Souvenirs, t. I. p. t!88.
A PKTERBBOURG 471)
:■. sollicita donc un congé ell'ayftnl obtenu, paiiil di
irg pour Berlin bu milieu de juillet.
Malgré lu douceur du voyage par mer, il Mtfîva dans 110
irable cl M"' de Bismarck, à qui il avait dissimule la
gravité de sa maladie, fui épouvantée à sa vue. « Il esl rompu,
rclua de tous ses membres, nerveux i l'exci ■
PB de I Lu pulsations à la minute, hébété, las et faible
a tomber », écrivait-elle dans sa désolation'. Il dul ninnv
passer deux semaines dans son lil et dis que BOQ étal lui
amélioré, partit pour Wiesbaden où les médecins lai prescri-
v:.M-n i une cure, Il jouait de malheur avec la Faculté: il eut
beau prendre les eaux avec une régularité chrnnométrique,
comme réaction risquer le tour du Inc en s'sppuyanl sur mto
outer le piano de sa femme t bu pleurent do jota at
d'émotion », vivre <■ tout doucement, sans changements) •»><■
. . . étal était stationnaire cl Lui-même
continuait à pester après les docteurs. Enfin, avec une
ligne d'un meilleur sort, il consulta son ancien Escumpede Francfort qui désapprouva tous tes Lraîtemeota pre» enta jusqu'alors el L'envoya vivemenl ■'> Vauheîm. C'était ta salut ; au bout de huit jours de celle nouvelle oure, Bismarck Mail un <■ autre bomme •■ ; après seîxe jours, l'amélioration
■ [ ■ Berlin.
Il \ ir-ein.i un ii;lr'^iMinnie ri u i-, ^enl qui l'appelait à Bade,
.1 repartil sans délai. Tous les ans, en été, Le prince ( rtiil-
laume faisail mélange de oure,
|ue et de brillante société : il y mandml ses ministres
' avec eux dans l"s allées de Lîchtenthal en regardai»!
passer les équipage», recevail a (Huit*, paraîasail an bal,
dans sa verte vieillesse de voie les remmes adresser
ami n ta
au souverain les sourires que jadis elles envoyaient au brillant cavalier. Pour l'heure il voulait entretenir son ambassadeur en Russie de sa politique extérieure, de la nouvelle situation créée parla guerre d'Italie, et peut-être plus spécialement d'un projet d entrevue avec le tzar ; mais le ministre des Affaires étrangères, Schleinitz, dont la présence était nécessaire à ces conférences, tardait à venir et Bismarck dut prolonger son séjour à Bade. Cette existence n'était pas d'ailleurs pour lui déplaire : il se promenait en dissertant avec ses amis politiques ou en riant avec « de jolies russes », et achevait sa guérison. Schleinitz arriva enfin et après avoir traité avec lui les questions du jour, Bismarck put se rendre à Reinfeld en Poméranie retrouver ses enfants qu'il n'avait pas vus depuis six mois.
11 n'y resta pas longtemps : le 16 octobre, il recevait à Berlin les instructions du régent et partait pour rejoindre le tzar à Varsovie et l'accompagner "à Breslau ; les deux souverains désiraient conférer sur l'état de l'Europe; la guenv d'Italie avaient eu de graves conséquences sur les relations internationales ; la Russie et la Prusse avaient divergé, Tune tendant vers la France, l'autre prête à intervenir en faveur de l'Autriche, peut-être d'ailleurs pour la mieux étouffer, et brouillée avec elle depuis que sa rivale avait déjoué ses menées. La question italienne n'était pas close ; le traité de Villafranca ne lui avait apporté qu'une solution provisoire et les négociations de Zurich, qui se traînaient alors péniblement, ne pouvaient davantage la résoudre ; les deux monarques en voulaient délibérer, mais ils ne trouvèrent pas la clef du problème que Bismarck devait a deux reprises, en I86t> cl 187U, donner ou laisser prendre aux Italiens.
A ce moment, Otto n'avait pas encore de si hautes pensées. Il arrivait en grande pompe à Lazienki, où le tzar le recevâl
<( de la façon la plus gracieuse », et en attendant le départ pour Breslau il jouissait de l'hospitalité impériale : dîners fastueux, illumination, ballet avec mazurka « à en devenir amoureux », chasse au daim, chevauchée en forêt ; « pour les gens qui aiment s'amuser, on est ici dans le sein d'Abraham », écrivait-il avec enthousiasme f .
Le 23 octobre, les deux souverains se rencontrèrent à Breslau. ?** Leur politique avait été depuis quelque temps si hostile à la * ■ Cour de Vienne que leur conférence personnelle avait nécessairement le caractère d'une démonstration contre l'Autriche. Ainsi le craignait à Berlin le parti réactionnaire, fermement attaché à l'alliance avec la maison de Habsbourg, et qui redoutait que la Prusse fût entraînée à jouer en troisième partenaire dans la partie commune à la France et h la Russie. Gerlach s'en lamentait : avec finesse, il comprenait que la Russie se rapprochait de la France pour amoindrir l'influence de l'Angleterre et annuler le traité de Paris ; il accusait Bismarck de se rendre solidaire de ces projets « par fureur contre l'Autriche. — Et on suit une telle politique, ajoutait-il, dans un temps où l'hydre de la Révolution est déchaîné dans notre pays et en Russie et a trouvé, en France, un homme et une milice 2 ». Le digne vieillard exagérait un peu; l'hydre était calme en Prusse vers IH'iî), mais il était évident qu'une certaine similitude d'intérêts rapprochait les gouvernements de Pétersbourg, Paris et Berlin. Bismarck avait le premier réclamé leur communauté d'action. La conférence de Breslau ne pouvait donc lui être désagréable, car elle consacrait ses prévisions. La conversation des deux princes fut d'ailleurs courte et sans grandes conséquences. A la fin d'octobre, Bismarck rejoignait sa famille à lleinfeld.
1. Bismarck a sa femme, 2 i octobre 18."j9. Loc. cit., p. 4iii>.
2. Gerlach. Denkwilrd'ujkeiten, il) octobre 1S.VJ; t. II. p. 702.
Il comptait gagner directement son poste diplomatique : depuis un mois, une voiture à quatorze places l'attendait sur la frontière pour le transporter à Pétersbourg avec toute sa smalah1. Bismarck avait déjà pris le chemin de la Russie et faisait un dernier arrêt dans le chAteau d'un vieil ami de la famille Puttkamer, de M. de Below à Hohendorf, dans la Prusse de l'Est, lorsqu'il fut brusquement frappé : un caillot de sang, qui s'était formé dans la veine malade de la jambe, pénétra dans la circulation et fit embolie; il put traverser le cœur mais détermina une congestion pulmonaire. Les docteurs, — Otto n'avait décidément pas de chance avec eux, — le déclarèrent perdu : aussi sceptique sur la justice que sur la médecine, il rédigea son testament « pour écarter toute immixtion judiciaire dans la tutelle de ses enfants et attendit sa fin avec celle résignation qui accompagne des douleurs insupportables2 ». Ln fin ne vint pas, peut-être grâce à la visite d'un « Generalarzt » de Kttnigsberg s ;le malade était marqué pour d'autres deslinées et il serait oiseux de disserter sur les changements probables dans le sort de l'Europe si la mort était accourue à l'invitation des premiers médecins ; Pascal a déjà relevé que beaucoup de choses et de gens dépendent d'un gravier ; un caillot arrelê dans le cœur de Bismarck eût modifié quelques bouleversements politiques et sociaux, mais le caillot passa. Apres de longues semaines de souffrance, de « constantes rechutes », de « retours de lassitude, d'hypocondrie et d'insomnie », il entra en convalescence et à la fin dumoisde janvier 1860 com-
1. Bismarck à Budberg, 12 octobre 1859. Bismarck-Jahrbuch. t. VI (1898 . p. 9i;à son frère, l#r novembre. Bismarckbriefe, p. 281.