‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 159 sur 167 · Bismarck à Roon, 2 juin · texte numérisé non relu

Bismarck à Roon, 2 juin

3. Bismarck à Roon, 15 juillet 18G2, Bismarckbriefe, p. 347. Pensé* H

serait arrivée à son maximum de tension ; « avec sa vieille réputation d'homme prêt à user de la violence pour un rien », il lui suffirait de se présenter aux députés, comme un magister montre le martinet aux petits écoliers, pour amener les timides à composition.

Mais, en adressant sa demande de congé, il avait compté sans les tergiversations du roi et les (inesses de Bernstorff. Le ministre répondait : « Attendez, Sa Majesté réfléchit. » Et le roi hésitait; enfin il se décida, et, le 7 juillet, Bismarck reçut l'autorisation de partir pour six semaines ; après une pointe à Trouville, où il désirait, semble-t-il, avoir un entretien serré avec l'ambassadeur de l'Autriche, M. de Metternich, il quitta Paris le 25 juillet pour le midi de la France, enchanté, « comme un collégien en vacances ».

Son séjour à Paris avait duré cinquante jours l ; il n'avait eu d'autre importance que de l'éloigner de Berlin; mais il avait passé six heures à Fontainebleau et celles-ci lui avaient été profitables.

Ce voyage dans le Midi fit date dans son existence : pour la dernière fois, libre de toute responsabilité politique, il put jouir sans arrière-pensée des beautés extrêmes de la nature, la mer et la montagne. La plaine de la Loire, les bords de l'Océan, les Pyrénées, tout lui plut, môme le caractère méridional, car il reprochait aux gens du Nord trop de réserve : « Avec ces misérables Français, écrivait-il de Trouville2, on perd le parler, chacun considère son nez et ne se lie avec personne. » Il fut plus heureux à Toulouse ou Bordeaux.

11 partit sans plan bien arrêté, voyageant en zigzag, séjour- Souvenirs, t. I, p. 328. Cpr. Bernstorff à Bismarck, 12 juillet, Bismarck- Jakrbuch, loc. cit., p. 1,'io.

i. Défalcation faite du temps passé à Londres et Trouville.

2. Bismarck à sa femme. 20 juillet 1862. Briefe an seine Bruit t untl Gattin, p. 487.

nant où il se plaisait1. Il visite Blois, avec « son charmant vieux château, un morceau détaché d'Heidclberg ». Chcnonceaux, Chambord « dont la désolation répond au sort deson propriétaire, le duc de Bordeaux : dans les vastes galeries et les magnifiques salles, où tant de rois ont tenu leur cour avec leurs maîtresses et leur vénerie, les jouets du duc sont le seul mobilier ». Il s'arrête à Amboise « vieux château dans une situation magnifique », et traverse les riches provinces, jardin de la France, avec leurs prairies, leurs vignobles et leurs forêts, leurs châteaux et leurs lentes rivières, et cette atmosphère douce, ce luxe souriant delà campagne qui n'existe point ailleurs. Il séjourne à Bordeaux « pour voir où poussent nos vins » ; fort buveur, il est en extase ; comme pour un pèlerinage, il fait le tour du Médoc et il s'écrie avec enthousiasme : « J'ai bu au pressoir et dans leur langue Lafittc, Mouton, Pichon, Laroze, Latour, Margaux, Saint-Julien, Brane Mouton d'Armeillac et d'autres. Nous avions 30 degrés à l'ombre, 55 au soleil, mais avec de bons vins dans le corps, on ne le sent pas. » Mais il faut s'arracher à ces délices. Il traverse les Landes, « forêts de pins, bruyères et marais, comme en Poméranie ou en Russie », s'arrête à Bavonne, et passe en Espagne pour rejoindre un ami à Saint-Sébastien ; il est pris par le charme de ce paysage merveilleux, un des plus beaux qui soient au monde. « Le chemin de Bayunnc à Saint-Sébastien, écrit-il à sa femme, est superbe, à gauche les Pyrénées, dans le genre de la Dent du Midi ou du Moléson, en panorama alpestre et changeant, à droite le bord de la mer, comme à Gênes. Le passage en Espagne est surprenant; à Béhobie, dernière localité française, on pourrait encore se croire à la Loire ; à Fontarabie, une rue étroite de

1. Sur ce voyage, outre la correspondance de Bismarck, voyez Poschinger, Hismarck-Porte feuille (1898), p. 143 et suiv. : Bismarck "in RiarriK.

douze pieds, chaque fenêtre avec balcon ef rideau, chaque balcon avec dos yeux noirs et des mantilles, beauté* et saleté, sur le marché tambours et fibres, el une centaine de femmes, l vieilles, qui dansent entre elles le fandango, tandis que les hommes, fumant el drapés, regardent, L;i Est jusqu'ici ex (raordînai renient belle, vertes vallées et parois boisées, au-dessus 'lignes fantastiques de rochers découpés; les anses de la mer, avec de très petits goulasta, comme les lacs de Salzbourg, découpent profondâ terri1', »

Apres quelques jours passés 6 Saint-Sebastien, il retourne : n i plus longuement et prendre les bains de mer. Il y mena une existence tranquille, parcourant avec le ministre de Russie a Bruxelles et la princesse Orloff tes falaises rocheuses, la côte des Basques, te nid des Goclands, pris par la beauté du pays et i;i grâce da la princesse, bercé, parle bruitdesvaguesel le piano de» Kaihe», visitant ces rhannanles vallées ou les Pyrénées viennent mourir en douces ondulations, a Cambo, au Pas de Roland, « défilé rocheux, avec des tourbillons bouillonnants el des figuiers, o 1! ôoril B sa femme, presque chaque jour, des lettres eottoufseatea but

le pittoresque du pays, la splendeur des couchers de soleil,

• les Pyrénées d'un rouge ardent, I Espagne en feu sur la mer,

■ pointes fantastiques d'un noir bleu profond », Il étaîl

toute politique, ne recevait que la Gaxeth di ■'■■■ l 'ni i ■

et s'enivrait de la mer, sans souci, heureux de vivre. La vie de grand air, les bains, le repos de l'esprit, le remirent BOmplètemenl a Je ne puis dire a quel point ma BOJll raffermie, écrivait-il à M™" de Bismarck. ., je suis bruni, jamais fatigué, aucune trace de douleur après chevauchée ou bai-

. Bismarck a sa femme, 1- a<iùl 180*. Làc.cH . f U14M

o20 BISMARCK

gnade1. » Une fois de plus, Biarritz avait fait merveille.

Il fallait rentrer; il prit le chemin des écoliers, et, avec le prince et la princesse Orloff, s'enfonça dans les Pyrénées; il fit le tour classique, d'une beauté radieuse dans ses aspects divers : Pau, avec son château d'Henri IV et la vue merveilleuse sur la chaîne des Pvrénées; Lourdes, Pierrcfitle, Cautcrets, « par des vallées rocheuses qui rappellent le Jura elles Alpes italiennes dans leurs formes les plus sauvages » ; le cirque de Gavarnie « neiges, glaciers et cascades » ; le Pic du Midi, par une tourmente de neige qui contraignit la petite troupe à s'enfermer dans la vieille cabane et à dormir sur le plancher, avec un froid à peine adouci par la fumée des pipes; Bagnèrcs de Bigorre, dans les châtaigniers et les prairies, Luchon avec ses gaves, ses lacs et ses cascades; le porl de Vcnasque, sur la frontière d'Espagne, « d'où le pays des palmiers apparaît comme un bassin de rochers ». Le 12 septembre il descendait à Toulouse; il avait fini « ce morceau romantique dans les monts et les vallées, Tonde et la musique ». La froide réalité se présentait sous la forme d'une lettre.

En Prusse, la lutte parlementaire continuail, ardente, j>assionnée. Le roi s'était solidarisé avec son cabinet, et lorsqu'une délégation de la seconde Chambre lui avait présenté l'adresse respectueuse envers sa personne, hostile à ses ministres, il lui avait tourné le dos. La question de la réforme militaire était à nouveau posée par le gouvernement ; Roou demandait que les crédits provisoires fussent incorporés dans le budget ordinaire; les députés progressistes attaquaient rette proposition et il était certain que la majorité rejetterait l;i demande ministérielle.

I. ISismarrk a sa frimnt.», il aoftt. 9 septembre ISCi. Loc. cit., p. 500 H :;0i.

MIKISTRE \ PARIS WJ

;e moment que Roon appela son robuste ami nti

s de lit moiiarcliie; dans uns lettre du iSl août, il lui

s. la situation politique : l'irrésolution du roi, l'insuffi-

b Hohenloheet de Berastorfl*, leconflil parïementaire ;

Eût appel au dévouement de Bismarck, le conjurant

ter, ;'i litre provisoire, l;i pn'sidi'ik'i' du Conseil, BAJUI rtefeuille. « Il faudra lutter et on luttera. Ni concession, ai

■ lis, il ne faut pas y penser; moins que personne le disposé.. Vous voua souviendras du devoir étende dégager Le roi, s'il B*esi jeta dans le danger de cœur, comme c'est arrivé'. >• lîismarck ne " bouda «

Rooti, il répondit qu'il était prêt I répondre à l'appel du roi et désirait seulement connaîtra Bon même jour, il priait avec instance Bertutoru* de le il -du avenir : a Je nVii pas vu ma femme et mas enfants depuis le H mai el je mène depuis lors une < contraire a toutes les habitudes d'un père de hmius. Laa sont a la cjimpji^'iii- ;m l'uud île la Pi.iméranie, mon a l 'étersbourg, mes voilures à Sieilin, mes chevaux flSehônliausen, el moi-même je ne sais pas où je pfl tête cet hiver, J'en appelle ô tous vos sentiments de bonpôn de fiiniille allemand, une telle via peut-elle durai Ilreprenail lechem'uidu Nord, par Montpellier et Avignon, indant encore s'il rentrerait a Paria ou irait à Berlin par I vi . réfléchissant à loisir, dans de longues promenades solitaires, sûr de lui, incertain des "autres. A '■■■ flemble-l-ïl, il reçut des nouvelles, peut-être on Léléfj

■ termes discrets, mais précis : « La poin est mûre. » Il pressa son retour et rentra a Paris, Deux télégrammes

|. ttoon a Bismarck, 3i aobl i iigktUen, I II. p- )0a

, i suit . iii:-in.ii.:. Ce

.1 11 l'J ,i-|>1i.'||iIh.

a. Bismarck ii Bi-rnalorlT, ligvptembi 1863. Bitnutrek-JahrbHck, loe. cil.

l'y atteignirent le 18 septembre; Tun était de Roon : « Pericuhmi in mora. Dépéchcz-vous », mandait laconiquement le ministre de la Guerre !.

Bismarck n'hésita point. D'un pas ferme, le 19 septembre au matin, il montait dans l'express de Berlin.

IL — « La poire est mûre », avait-on télégraphié de Berlin à Bismarck. « Le jardinier est prêt », aurait-il pu répondre. Quinze ans de lutte parlementaire et diplomatique l'avaient préparé à cueillir le pouvoir. Il avait voyagé, dans le monde, dans la vie, en lui-môme, et, à chaque étape, il avait perdu quelque illusion, acquis quelque expérience.

Il était arrivé à la Diète de 1817, nourri de tous les préjugés d'un hobereau poméranien : sa naissance, son éducation, son existence à Knicphof ou i\ Schonhausen lui avaient forgé des idées de nobliau campagnard et son credo politique se résumait en trois articles de foi : pouvoir absolu et divin de la monarchie, — privilèges de la noblesse, — bien-ôtre dos cul-

1. L'original de ce^télégramme ne parait pas encore retrouvé. Il rogne une certaine incertitude sur les télégrammes de septembre. Cpr. Kleinllattingcn, Bismarck und seine Welt. t. 1, p. 202; Blum, Fûrst Bismarck und seine Zeit. t. II, p. 338; 11. Kohi, Bismarck Regeslen, p. 182. D'après la famille de Roon, la dépêche « La poire est mure » serait du ministre môme. Roon. Denkwilrdigkeiten, t. II, p. llîl. Selon quelques biographes, elle serait de Manteuffel. Friedjung. Der Kampf um die Vorhemchaft in Deulschlandi t. I, p. 39. Enfin Bismarck dans ses Pensées et Souvenirs, t. I, p. 337, semble avoir donné le texte exact du télégramme qui l'appela définitivement à Berlin. « A Paris, écrit-il, je reçus le télégramme suivant, signé d'un nom d'emprunt dont j'étais convenu avec l'expéditeur : « Berlin, le 18 septembre . Periculum in mora. Dépêchez-vous. L'oncle de Maurice llenning. » llenning était le second prénom de Maurice Blanckcnburg. neveu de Roon. » L'auteur du second télégramme demeure jusqu'ici inconnu. On est autorisé a penser que c'est Ma n te u fiel; peut-être s'agit-il de la dépêche « La poire est mûre ». Une lettre que Bismarck a écrite de Paris à sa femme et a sa belle-mère éclaircirait ces obscurités, mais elle n'a pas été publiée par le prince Herbert dans le recueil Bismarck'ë Briefe an seine Ùraut und Galtin, et il y est simplement fait allusion dans une lettre du 24. Ibid, p. 513.

tti'in ■-. Il en lirai! celle échelle sociale : Dieu ii institué les ; les rois doivent gouverner avec l'aide des gentilshom-

■s; el ceux-ci doivent conduire les peuples comme les I -

s dirigent leurs troupeaux, au besoin avec l'aiguillon. Il fut ué de voir que tous les députés ne partageaient pas son ■jinih.i simpliste, el il en exprima se surprise arec une franchise naïve et brutale. Il passa à l'indignai ion quand la Diète critiqua les actes du roi el prétendil imposer ses idées an souverain issu de Dieu : il trouvait sacrilège de préférer le pouvoir parlementaire au droit divin de la Couronne, et lui peiné en consUUml qu'il était presque seul de son avto, La Révolution de 1848 avait surexcité aaa convictions de marebique : l< peuple maître de la place publique, l'armée en retraite, le roi .l'inclinant devant les victime* des barricades, les Parlements de Francfort el de Berlin dtctanl

leurs volontés aux rquea, tout lui semblait monstrueux;

le monde était renversé; Dieu l'était relire 11 fil de Ifl réaction un devoir politique el s'en occupa rigoureuaemenl dans rince d'abord, à la Cour ensuite; il aval! rencontré quatre ou cinq âmes sœurs, les gens de l&camarilta, et parla plume et par le parole, l'action sur le roi ou la prédication dans les campagnes, les réunions publiques et les aasociatioiM . lous préparaient le retour ô l'ordre normal des Bismarck n'eut de trêve m de repus avant que l'araji fui rentrée en triomphe a Berlin, que l'Assemblée infâme fût que l'administration eût repris ses droits E ■■■ iiiii'i- que par la concession déplorable du roi, l'octroi d'une constitution parlementaire.

Cet acte de faiblesse créai! de nouveaux devoirs ai

i trône el de l'autel. U fallait combattra, dans le Parlement même, les droits du Parlement. Député de la Vieille Marche de Brandebourg, Bismarcli lutte pour son roi al sa

patrie; il conteste aux députés la faculté de proclamer l'amnistie ou de lever l'état de siège ; il refuse aux peuples allemands le droit de se fondre en une seule nation ; il proclame comme sa seule patrie la Prusse du grand Electeur et de Frédéric II; il écarte avec horreur la couronne de Francfort, encore tachée du sang des barricades. Et il n'est satisfait qu'au jour où son roi refuse définitivement le cadeau déshonorant de l'Empire et brise le Parlement qui prétend le lui imposer.

Pendant deux années, il mène à Berlin, à Erfurt, le bon combat du royaliste prussien. Dans l'enivrement de la victoire, il est le réactionnaire farouche, qui nie tout besoin nouveau, s'en tient à la tradition, à l'ordre, et sabre toute aspiration au progrès. D'un seul côté, il regarde lui-môme les choses et constate leur imperfection; il examine la situation économique des travailleurs et la trouve misérable , douloureuse; il connaissait la vie difficile du laboureur, il sonde aussi les peines de l'ouvrier, et il cherche à les alléger; mais entiché d'autoritarisme, il n'y voit de soulagement que dans une intervention de l'Etal, comme un bon père de famille distribue du pain à ses enfants, en les corrigeant s'ils se disputent. Et il s'acharne dans sa défense des privilèges royaux et des droits de la noblesse, dans ses attaques contre les libertés du Parlement et de la presse, dans son horreur de toute révolution qui ferait des hobereaux de simples citoyens ; le mariage civil ou l'émancipation des juifs, l'abolition des justices seigneuriales ou le rachat des droits fonciers, toute innovation lui est odieuse, car elle lui semble une atteinte à la religion du passé.

Ses idées sont les mêmes dans la question nationale; il est trop Prussien pour être Allemand, trop profondément attaché aux traditions des Hohcnzollern pour désirer un renouveau de

mim-ti;i; \ PAfllB a!S

npire Il i-oinluil 1rs rll'iK-ls dis juilrîotes allemands et se a à l'unité nationale parce qu'il redoute un amotndrïssau'iil de la monarchie prussienne dans l'Empire allemand; il réfera un roi absolu en Prusse a un empereur affaibli p;ir un irlemenl. Sn prévention est (elle qu'il ne senl pas l'humiiation d'OImfïtz; la reculade drvanl l'Autriche lui parait, au «traire, un hommage aux traditions du passé, un acte de .uiui-.si(iii à l'ordre établi par Dieu. Et il s'en Eajl i \-> ïambre le défenseur convaincu

môme de ses déclarations, il est envoyé .'i Franc-

■i ri soudain ses mes se modifient < ! est qu il est montés

i bon belvédère pour considérer la situation île son pays. \

i i Ihambre prussienne, dans Is lutte dis partis, il si' bornai!

i îles succès de tribune, n'avait souci que de remporter Is

oirc du scrutin, el la défaite de SSS adversaires politiques

i paraisaatl un triomphe naturel pour sa patrie. Uaintensnl 1 (.i n.i.ii que le parti des hobareaut peul avoir lort et qu'il sEaul pas s'en rapporter exoïusivenwnl i ce principe : loui

t pour la mieux dans le meilleur des inondes. Son orgueil isicn est froissé- par la situation secondaire que tient sa

.:• les conseils de 1' Allemagne; s Berlin, son roi était

I mettre, el cela lui convenait; à Francfort, In Prusse esl

i deuxième rang, cl il ne peul le supporter. Du premier jour,

1 entre en conflit nvec le délégué de Vienne donl il envie la

icc dominatrice, si loote ss vie de Francfort se résume

n.s ni ic lutte perpétuelle contre Is maison d' Vutricbe. iimi

nées durant il crible de ses pointas le minisire autrichien,

luin, Prokesch ou Rechberg, peu importe le titulaire, il

pas la personne, amis le représentait! de la rivale

i et abhorrée; qu'il s'agisse de grands intérêts ou

; minuscules discussions, de la question d'Orient ou de la

ition sarde, du Zollverein ou des forteresses fédérales, il

prend sans hésiter le contre-pied de la politique autrichienne, parce qu'il voit la grandeur de sa patrie dans rabaissement de son adversaire.

En même temps, il contracte l'habitude des grandes affaires ; il n'est pas un fonctionnaire soumis et servile, inféodé à l'avis de son ministre, quel qu'il soit; il a ses idées propres et qu'il cherche à imposer; il y parvient à quelques reprises et il exerce alors un pouvoir supérieur à celui de son chef, car il dirige en personne le roi ; les ministres s'en offusquent et les vieux généraux s'en indignent ; il est alors en disgrâce, mais il revient à la faveur du roi, car la Prusse est pauvre en hommes d'initiative et de volonté, et il s'impose par sa puis- Scintc compréhension. Il ne borne pas son examen attentif à la Prusse ou à l' Allemagne ; il se rend à l'étranger pour élargir ses idées et connaître ses adversaires; à Vienne et à Paris, il surprend les faiblesses intimes et surveille les intrigues.

A ce travail, il se dégage peu à peu de ses préventions de caste et de parti ; il dépouille son armure du droit divin et de la foi féodale, il ne croit plus qu'à la politique désintérêts et la prêche avec franchise. Dans le renouvellement du Zollrein, il ne cherche que la satisfaction du commerce et de l'argent prussiens; dans les affaires d'Orient, il n'a souci que de l'avenir de son pays ; et, dans le jeu des alliances, il se rit des principes car il ne voit que des réalités. Il croit utile un rapprochement avec la France, il le conseille sans cure des souvenirs d'Iéna ou de la Sainte Alliance.

Les temps ont changé en Prusse ; Frédéric-Guillaume a disparu, la camarilla s'est effondrée, une ère nouvelle s'est ouverte. Guillaume essaie de concilier le régime militaire et le pouvoir parlementaire ; les libéraux de 1848 sont au gouvernement. Bismarck parait encore comme un féodal, un

junker entaché de préjugés. Le travail qui s'est fait dans son esprit n'a point éclaté au dehors, et aux hommes nouveaux il semble un fossile. Il est envoyé à Pétersbourg, à l'écart, presque en pénitence ; c'est pour lui une époque de recueillement et d'étude ; dans le calme et le silence, il étudie la politique de l'Europe, il examine la force des puissances, il scrute l'avenir des trôneset des nations. Et il pose ses jalons, il noue les alliances du lendemain.

Sa foi dynastique s'est modifiée. Son dévouement est toujours profond envers son roi, mais il a évolué ; ce n'est plus une adoration aveuglect sourde, mais un culte discret etéclairé. Bismarck sait par expérience que les princes se trompent ; pour les mettre dans la bonne voie, il est parfois nécessaire de les contraindre par cette douce violence, dont les augures usaient avec les animaux sacrés. Il est résolu à agir de même au jour où l'occasion lui donnera le pouvoir.

Un conflit éclate entre la Couronne et le Parlement ; le roi veut fortifier l'armée pour grandir par elle son pays; les députés cherchent à augmenter les libertés, pour grandir par elles leur patrie. Guillaume se regimbe contre la critique et ses proches l'encouragent à la résistance. A deux reprises, Bismarck est appelé i\ Berlin, il réclame la lutte à outrance, il s'offre à briser le Parlement. Le roi hésite, les ministres papotent, les courtisans chuchotent. Bismarck demande à quitter ces petites intrigues, il veut le brutal combat ou son départ : tout ou rien; il se retire à l'ambassade de Paris, il fuit jusqu'aux Pyrénées.

Et puis on Tappelle définitivement ; il arrive, la tète haute, audacieux, prêt à tout.

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