‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 158 sur 167 · I. En français dans le texte · texte numérisé non relu

I. En français dans le texte

i. Bismarck a M"- d'Arnim, 16 juin 1862. Hismarckbriefc, p. m.\\î

Mai r lu. — Bismarck. i. — «W

tère de Saxe, Yitzthum d'Eckslâdt, en ajoutant : « Prenez garde à cet homme : il projette ce qu'il dit '. »

De retour à Paris, il retrouvait son ennui. Le vide de la capitale, une indigestion d'abricots, l'absence de son cheval, l'odeur d'épongé dans son cabinet de toilette, le voyage de l'empereur à Vichy, l'étroitesse de son escalier, tout lui était sujet à récrimination. Mais c'étaient là des prétextes : il n'y avait pour lui qu'une question : prendrait-il le pouvoir, quand et comment?

Depuis son départ de Berlin, il était en corresj>ondance suivie avec Roon. Le ministre de la Guerre était mécontent de ses collègues et désirait vivement que Bismarck eût la direction du gouvernement. Mais une nouvelle idée avait été lancée, probablement par Bernstorff qui désirait rester à la , Wilhclmstrasse, c'était de confier à Bismarck un ministère ! sans portefeuille, quelque chose comme la férule parlemen- . taire, le soin de mater les députés. Cette combinaison ne convenait pas à Bismarck; même avec la présidence du Conseil, elle ne lui assurait pas l'autorité qu'il voulait, « On ne peut rien dire, on a loul à supporter, on fourre son nez où l'on n'a que faire et on est chassé à coups de dent par les uns et les autres quand on veut réellement placer son mot*. » Roon essavait de le remonter, non en lui dissimulant les difficullés, mais en les lui montrant, car il le savait homme de combat : « Comment cela finira-l-il ? Aucun parti capable de gouverner ! Les démocrates, cela va de soi, sont exclus, mais la grande majorité se compose de démocrates et de ceux qui veulent le devenir, quoique leur projet d'adresse soit Joui

1. Yilzthum von Eikstâdt. StPëtersburg and London, 1 Soi- 1864, t. II .1 (18Sty, p. 158. 3

2. Bismarck à Roon, 2 juin 1862. Bismarckbriefe, p. 331 v\ Pensées H i Souvenirs, t. l,p.32u. ^

ruisselant de protestations de fidélité. A côté de ceux-ci, voici les constitutionnels, c'est-à-dire les purs, une poignée d'un peu plus de vingt individus, Vincke en tète, environ quinze conservateurs, trente catholiques et une vingtaine de Polonais. Où donc un gouvernement possible trouvera-t-il l'appui nécessaire ! ». Ces difficultés parlementaires n'effrayaient pas Bismarck, il redoutait plus les intrigues de Cour et les zizanies ministérielles. Car si le Parlement criait, Schweinitz jouait sous table pour recevoir la présidence du Conseil, Bernstorff intriguait pour conserver les Affaires étrangères et son ambassade en Angleterre <• comme le colosse de Rhodes, un pied à Berlin, l'autre à Londres ».

Et le roi hésitait, tiraillé par Roon « qui amenait la conversation sur la question de la présidence », par Schweinitz et Bernstorff qui voulaient se partager le pouvoir, par la reine qui désirait les en écarter, par les modérés qui demandaient quelque concession pour la majorité parlementaire et pour l'opinion publique. Bismarck s'impatientait, et, dans ses dépêches officielles, entre les démêlés des duchés et, le cours des événements italiens, revenaient sans cesse, comme des coups de marteau pour enfoncer un clou, ces questions : « Quand le roi décidera-l-il mon sort? A-t-il toujours l'intention de me prendre comme président du Conseil? Dois-je, au contraire, faire venir ma femme, mes meubles et mon cheval 2. » L'astucieux Bernstorff donnait lecture» de ces passages au souverain, mais à sa manière, sans nul désir de provoquer une prompte réponse, et il écrivait gravement à son ambassadeur : « Sa Majesté m'a dit que même si vous

\. Roon a Bismarck, 4 juin 1862. Roon s Denkwitrdiykeilen, t. II, 94; Pensées et Souvenirs de Bismarck, t. I. p. Mi.

2. Cpr. Bismarck a Bernstorff, 16 juin 186*2. Rismarck-Jahrbuch, lue. cit.,

lui aviez écrit, Elle ne pourrait vous répondre, car Elle n'a pas pour l'instant de décision prise i . » Bismarck rugissait et s'emportait contre Bcrnstorff : « Je ne comprends pas cet homme, écrivait-il à Roon, pourquoi ne dit-il pas tout simplement et loyalement : « Je désire rester — ou je désire m'en aller2. » Mais cet homme jouait au plus fin, et entendait se décider à bon escient.

Enfin, au comble de l'énervement, Bismarck recourut à la ressource suprême des diplomates : il annonça qu'il était malade et avait besoin d'un congé de santé. Son mal n'était pas bien grave et avait un caractère moins contagieux que diplomatique, mais à cette « raison de santé » s'ajoutaient . d'autres considérations qu'il exposait ouvertement à Roon : « D'abord, j'ai vraiment besoin de l'air de la montagne et de la mer pour me fortifier physiquement ; si je dois entrer dans la galère, il me faut une certaine provision de santé et jusqua présent je me trouve mal de Paris avec cette vie de chien errant que je mène, étant garçon pour l'instant. En second lieu, il faut que le roi ait le temps de prendre une décision tranquillement et lui-même, sans cela Sa Majesté rendra responsables des conséquences ceux qui le pressent de me donner le portefeuille. En troisième lieu, Bernstorff ne peut pas partir maintenant ; le roi, a différentes reprises, lui a demandé de rester, et lui a déclaré qu'il ne m'a pas dit un mot au sujet des Affaires étrangères ; mais moi je ne trouve pas tenable la situation de ministre sans portefeuille. En quatrième lieu, mon entrée qui paraîtrait maintenant sans but et accessoire peut être utilisée plus tard comme une manœuvre de grand effet 3. » Il pensait qu'en septembre la situation parlementaire

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