‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 16 sur 167 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Débuts dans la magistrature. — L'examen administratif. Référendaire à Aix-la-Chapelle et Potsdam. — Service militaire. — La ruine de la famille. Changement de carrière. Mort de M1"0 de Bismarck et installation a Schonhausen. — Crise religieuse : mariage avec Mlk* Jeanne de Puttkamer.

La carrière des jeunes gens tient souvent au hasard d'une rencontre, à une parole négligemment prononcée par un homme tenant haute situation et recueillie pieusement par le jouvenceau, comme le fruit de l'expérience et de l'autorité. Otto de Bismarck se destinait aux ambassades; il fut présenté au ministre des Affaires étrangères, Ancillon, qui avait passé de la vie ecclésiastique a une chaire de l'Académie militaire, pour continuer par l'histoire politique et finir en diplomate.

Le ministre considéra ce robuste gaillard, de médiocre noblesse rurale, sans grosse fortune, trop grand, trop fortement charpenté ; il ne le trouva pas conforme au type alors en cours de l'attaché d'ambassade, souple et sceptique, brillant et délié, de haute naissance et de grande richesse. Il lui insinua que les débuts de la carrière diplomatique étaient difficiles, encombrés et lui conseilla de subir d'abord l'examen d'assesseur de gouvernement provincial, puis en collaborant aux travaux du Zollvcrein, de chercher, par ce détour, à se

frayer une voie dans la politique « allemande » de la Prusse !. C'était une défaite, Bismarck le comprit, mais résolut de prendre la voie détournée que lui indiquait le ministre. 11 travailla opiniâtrement son droit, se présenta au concours judiciaire, et le 20 mai 1835 il était nommé auscultator au tribunal de Berlin.

Au fond des prétoires, derrière les juges, passent avec dignité des jeunes gens, auscultatoren en Allemagne, attachés en France. Us prennent des airs graves et profonds qui contrastent avec la fraîcheur de leur visage, la candeur inexpérimentée de leur regard ; ils usent leurs vingt ans à la connaissance des hommes et des choses; ils préludent au grand, au lourd métier de magistrat. Otto de Bismarck était auscultator; mais sa joviale humeur n'en était pas altérée.

Un l'avait placé dans le service du tribunal et il y débuta par la rédaction des procès-verbaux : il avait rôvé les intrigues de la diplomatie, et il se réveillait commis-greffier; pendant quatre mois, il grossoya et en son for intérieur se livra « plus à la critique qu'à l'admiration. » Ainsi initié aux mystères de la procédure, il fut jugé digne d'agir personnellement et chargé des affaires de divorce. Des missions diverses du magistrat, la conciliation des époux en dispute est une des plus délicates, mais des plus passionnantes : le tact, la science du cœur humain, l'action d'un caractère calme et ferme sur des esprits surexcités, tout doit être mis en jeu pour y réussir. Mais Otto avait vingt ans, la patience n'était pas son propre, et « il suait, soufllait sur son banc de justice ». A bout de ressources, il en appelait au conseiller chef du service; mais celui-ci, « un vieux monsieur doué de la mauvaise humeur d'un homme qu'on réveille mal à propos », le

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