Bismarck, Pensées et Souvenirs, I, p
gourmandait dédaigneusement, dictait deux phrases insignifiantes, et lui abandonnait le reste « en l'invitant à le laisser tranquille à l'avenir avec ces histoires-là1 ».
Il passa ensuite comme greffier au tribunal de simple police : la variété des affaires, le « va-et-vient » perpétuel des gens, petites disputes, menus forfaits, l'intéressèrent plus vivement. Mais il n'en acquérait point graine de patience, et lorsque les parties s'entêtaient dans leurs prétentions, menaçait de les « jeter à la porte ». — « J'ai la présidence de l'audience, répliqua un jour le juge, c'est moi qui fais mettre les gens à la porte. » — « Alors je vous ferai jeter à la porte par M. le juge », déclara Otto au plaideur abasourdi. C'était déjà du vrai Bismarck, sarcastiquc et brutal. De mémoire d'huissier, on n'avait vu pareil auscullator.
Ces fonctions n'étaient guère absorbantes : Bismarck ne s'y noyait pas. Sa besogne finie, il courait chez ses amis et fréquentait le monde. Il habitait avec son frère Bernard, qui se préparait aussi à l'administration, et menait vie joyeuse. Il écrivait à un ami <f Angleterre : « Nous sommes dans le môme état qu'à votre départ : Norcott toujours aussi gris après le dîner, Savigny aussi bavard, Montcbello d'aussi belle apparence.., et moi à moitié ivre2. » Il était invité aux bals de la Cour ; un esprit d'étroite réaction y régnait depuis longtemps; fort effrayés par la Révolution de 1830, le roi et son gouvernement s'étaient rattachés au système de Metternich, à l'administration par étouffement, et, suivant le mot d'Ancillon, profitaient de la moindre échauffourée « pour sauver l'Allemagne ». Le monde officiel suivait le mouvement, exécrait les patriotes allemands, et prenait pour idéal le hobereau prussien. Le jeune auscultator était entraîné; il ne j>en-