‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 31 sur 167 · Par la réponse du roi à l'Adresse. Voyez supra, p · texte numérisé non relu

Par la réponse du roi à l'Adresse. Voyez supra, p

k LA DIETE IMK DE 18M qui Doua empêche (le voir plcinemenl a découvert a nu du droit... Quand je reporte oies regards en i compare ce qui .1 été promis jadis avec ce qui a été dit ici, des marches {lu trône au peuple tout entier, je crois avons bien des motifs de confiance dans les idées de été ».

Duu BOli ensemble comme dans ses détails, c'étaïl on cantique d'amour et de confiance aveugle envers la royauté prussienne. Les Anglais appellent maidenspetchle premier discours du jeune parlementaire qui, dans soit émotion juvénile, pivnd des engagements solennels, peut-être violés le lendemain. Bismarck débutait dans la vie politique par un chant de fiançailles, il engageait sa lui à la Couronne de Crusse; il ne manqua point h sa parole.

Son intervention n'eut pas de succès; malgré les maladresses

' h: ■ '. lai Nombre adopta la proposition Vîncke par

contre 247; mais la Curie des Seigneurs en modifia le

It-xle et les députés acceptèrent nue rédaction plus châtiée, où

ien( prié d'établir la périodicité du Landtag,

trop encore. Gerlach s'indignait des prétentions de

puléa chicaneurs ». et relevanl Tune après l'autre \<s

du gouvernement, L'hostilité <\-- l'adresse, le rejet de la

I emprunt pour les chemins de rer, l'intervention dans

la politique étrangère, gémissait avec douleur : •> Quoi main-

■ Bismarck rivalisait de courroux et vivait dans un

1 n! perpétuel. « Du malin au soir, écrivait-il, je suis

contre la déloyauté, l< •$ mensonges, les calomnies

■ ition, l.i préméditation opiniâtre et haineuse qu'elle

• ■ n'ponilil ■l'Hb- ■'■ii",nt u qu'en ii,,ii- |i,,hii,jiK- il m1 lui Un 1 m riait |iu> aulrcmunl

Ci: i|iii 1I11111K1 .1 H1-1 ■ I- I iv

île» rallli

8X BISMAUCK

met h se fermer à toute raison, et la platitude imbécile de la masse sur qui les meilleurs arguments n'ont aucune prise à coté des phrases banales et élégantes des commis- voyageurs en politique du Rhin f. » Mais il s'efforçait néanmoins de convaincre celte « masse imbécile » et se plaignait que « la tribune fut comme une beauté en vogue dans un bal, toujours engagée ». La discussion sur l'état des juifs lui fournit un tour de danse à la mode du moyen Age.

Les israéliles n'étaient pas encore très nombreux en Prusse où depuis lors beaucoup ont immigré de Pologne ; en 1813, on les estimait à 200.000 sur 15 millions d'habitants; dans les grandes villes, mélangés à la population, germanisés depuis longtemps, ils vivaient de l'existence allemande ; dans les campagnes, et surtout dans la province de Posen, ils avaient acquis un triste renom d'usuriers, de bas trafiquants, et étaient tenus à l'écart. Longtemps ils avaient vécu sous une législation spéciale et comme au ban de la société; à l'ère des grandes réformes, en 1812, une loi, en vigueur seulement dans les provinces où ils étaient le moins nombreux, leur avait accordé la qualité de sujets prussiens et certains droits civiques, mais ils ne pouvaient remplir de fonctions publiques et trouvaient quelques entraves à l'exercice de leurs droits civils et commerciaux. Cependant l'idée française, égalité do tous les citoyens devant la loi, se répandait et s'imposait ; malgré un mouvement antisémite, résultat de l'envie, les législations des divers états allemands avaient admis les juifs à tous les droits des citoyens ; llumboldt et ses amis, « apôtres de la Révolution française2 », réclamaient pareille réforme en Prusse ; un jurisconsulte de Hambourg, ( labricl Riesser, s'était

\. Bismarck à M11* de PutikamiT. il) mai 1847. loc. cil., p. 93.

2. Tivitschkr. Ih'utscln' tieschUlitr, t. V. p. «iii, <|ui Iraili* longuement rrtlo (jurMion.

■ : I (IMS «E 18*' M

l avocat de colle cause. Frédéric-Guillaume IV

liFs.maisi] élail juste, el tenait pour son devoir

ei l.i situation de tous ses sujets. Il présenta

.. i >i. \r unir m i projet de loi qui leur ouvrait certains

publics, leur assurait ta liberté de culte, abolissait les

gercice du commerce et de l'industrie, mais

serves pour les Israélites de la province de

■ n! déjà très nombreux el arrivaient en tribus

Le premier bureau de la Diète, .1 qui le projet avril été

■ ■ déclarail favorable S ces dispositions el deman-

-.■■ leur extension complète aux juifs de Posen. Les

■ irenl sept séances de la Diète ' ; les grands libéraux,

Campliau-i'ii, Milde, Beckeralh, Vincke réclamèrent en faveur

élites l'égalité de traitement el protestèrent contre

[Idée A' Etal chrétien; ils déclarèrent que la mise îles juifs

, c me était un legs ■ J • j moyen ftge el réel è-

renl un Etal impartial, S la façon de la charte française de

. èrenl en sens contraire, Thaddon-

de piétistc illuminé el liismarck.

.j, peu disloqué, esl curîeu \ h lire, avec ses

ligion et d'exclusivisme prussien J. L'orateur

ce pur revendiquer audacieusemenl les « tendances

rantisme et de moyen âge » critiquées par les députes

u Je suis, reconnall-il, pétri de préjugés, je les ai

■..,-,: [e uu'l maternel, el je tif n''ussîrai pas a m'en

ar si je nie figure devanl moi comme

e du Hoi un juif auquel je

devrais obéir, je dois confesser que je sentirais profondé-

. umilié, et que je perdrais le sincère plaisir . iin m:

et l'espèce de point d'honneur avec lequel je tâche à présent de remplir mes devoirs envers l'Etat. » Et reprenant l'idée d'Etat chrétien, il soutient que la royauté et le christianisme sont inséparables. « Pour moi, ces mots : « Par la grâce de Dieu », que les souverains chrétiens ajoutent à leur nom, ne sont pas un vain son ; j V vois la déclaration que les princes veulent porter sur terre conformément à la volonté de Dieu, le sceptre que Dieu leur a conféré. Or, comme volonté de Dieu, je ne puis reconnaître que ce qui a été révélé dans les évangiles chrétiens et je crois être dans mon droit quand je nomme chrétien un Etat qui s'est donné pour tâche de mettre en pratique, de réaliser la doctrine du christianisme. » Ainsi les juifs doivent être écartés des fonctions publiques pour cause de religion ; mais il est une autre raison de les tenir à l'écart, c'est qu'ils sont « de trop vilaines gens ». Si dans les grandes villes ils sont « estimables », il n'en est pas de même aux champs. « Je connais, continue-t-il, une contrée où la population juive est assez nombreuse à la campagne; dans cette contrée il y a des paysans qui ne peuvent dire que rien leur appartienne sur leur propre fonds de terre ; depuis le lit jusqu'au fourgon du poêle, tout le mobilier appartient au juif, le bétail à l'étable appartient au juif, et le paysan paie pour chaque objet un loyer quotidien ; le blé sur champ et en grange appartient au juif .et le juif vend par minots au paysan le grain pour le pain, pour les semailles, pour la nourriture des bestiaux. » Enfin, dernier argument, si on améliorait la condition des juifs dans la province de Posen, on devrait craindre l'arrivée de leurs frères de Russie. « Or je laisse à ceux qui ont eu le bonheur de connaître les juifs russes en masse, le soin de juger si leur immigration est désirable. » Et, comme conclusion, il s'élève contre les orateurs qui ont invoqué l'exemple de l'Angleterre et de la France. « Je voudrais en m'adressant

l DffiTK ohie de mi

an •}<<< cbercbenl si volontiers leur idéal au delà ntmder, comme modèle, a mon tour, une chose qui distingue les Anglais des Français. C as! le

al de l'honneur national, qui ne B'en va pas si

I il si souvenl chercher 6 l'étranger des modèles à

admirer, comme on le fait ici chez nous. »

la sténographie officielle, une seule voix, — celle

■ lr l'excellent Thadden-Trieglaff, — cria: « Uravo. »

purs n'avait eu qu'un succès de curiosité, comme dans

un musée une Frustre pièce du moyen ngc. En vain pendanl

le preux chevalier batailla pour son I >ïeu et

l emportèrent de haute lutte. La

adopta dans son ensemble le projet de lui et y

.ij-iui.i même an amendement qui autorisait les mariages

nain- chrétiens el Israélites ; mais, ù la satisfaction du

juifs n'obtinrent pas les droits d'élection et

d'éligibilité aux Diètes provinciales. En promulguant la loi,

. ■. le roi supprime la disposition relative aux mariages

ette coupure, la législation marquai! un pro-

■ii >le sur In ne ii h ii", les iarariitcsi (Menaient leur place

légitime dans la société.

Sauf une courte observation pendant les débals sur les

d ■ fer, — il proteslfi contre lu pression exercée par

1b majorité sur le gouvernement et qu'il qualifia d'extorsion ',

— Bismarck n'intervint plus dans les délibérations de la Diète.

Il aaajsla en député consciencieux aux séances, votant avec

«on groupe, applaudissant ou huant aux moments convena-

par un regard sur le joli spectacle

qu'on a de la Salle blanche, la Place du Chèteau, le Musée,

enfilée des fill ub . L - débats ne pre-

, ji IM

naient pas une tournure qui lui pût convenir. Malgré la vaillance de Bodelschwingh, le gouvernement subissait une série de défaites. Le projet de budget, mal établi par le directeur général des contributions, Kiihne, fut mis en morceaux par les orateurs du parti libéral et fit place à un simple ordre du jour qui sollicitait du gouvernement un remaniement des impôts pour qu'ils pesassent davantage sur les classes élevées et riches. Les demandes d'emprunt pour la création de banques hypothécaires et la construction des chemins de fer se heurtèrent à un refus de la majorité : celle-ci déclara que la patente de février ne créait pas dans la Diète unie l'organe représentatif promis par la Couronne, et que cette Diète n'avait pas compétence pour accorder des emprunts. Enfin lorsqu'il s'agit d'élire les membres des délégations, la majorité se disloqua ; une fraction refusa de nommer un comité illégal ù leurs yeux ; un groupe très important vota « sous réserve des droits de la Diète unie » {mit Vorbehalt) ; le plus grand nombre prit part à l'élection, mais avec une mauvaise humeur marquée, et uniquement « pour éviter un conflit avec le roi ».

Frédéric-Guillaume IV était, en effet, profondément courroucé des débats à la Diète. Avec cette dose énorme d'illusion qui faisait le fond de son caractère, il avait cru sincèrement que son peuple et ses Etats lui seraient reconnaissants des ordonnances de février et le lui manifesteraient par une fidélité touchant à l'obéissance. Dès les débuts de l'adresse* il avait déchanté. La déclaration des droits l'avait stupéfié. Le refus des emprunts l'avait indigné. Il en exprimait sa surprise avec une spontanéité parfois naïve : les députés étaient classés en bons et mauvais sur les listes d'invitations aux bals de la Cour, et les seconds en étaient rayés; parmi les premiers, plusieurs encore étaient mal reçus, le roi tour-

A LA WÊTB DNtE DE 1M7 »

aaemenl le dos au comte d'Armm, il évilaîl flis-

morck '. par crainte de se compromettre en compagnie d'un

isse-cou. Il ordonnait do suspendre les travaux (inan-

pour jeter un seau d'eau froide à la Diète et à la

Prusse », l! déclarai! à Gerlach que sou parti était bien pris :

■ sorderail rien :. »

Cel hoi i ni accorda plusieurs des réformes

a par la Diète, mais avec une sécheresse d'enfani

El pour bien manifester son mécontentement, il

de paraître le 26 juin 6 la Béance de clôture de la

! Bodelschwingh, toujours correct, constata

mélancolie que » les résultats de la Diète avaient été

fructueux pour le pays qu'ils auraient pu l'être

colère, il menaça : « Le fjouvernemenl saura

lif le respect du aux lois. » Puis, rasséréné, il ler-

larolcs o île confiance envers la Providence,

■iM'nce sérail tombée ici dans un 1er

min fertile n et d'appel a l'union des États et des provinces

.. dans l'amour profond pour la patrie, notre noble roi et sa

;■: rentra dans sa proi ince.

La Dièlc unie n'avait guère eu de résultats pratiques et

immédiats : lu promesse de réunira nouveau 1rs Etats dans un

délai de quatre ans. la loi sur la situation des juifs, quelques

ordonnances de seconde importance, tel en fut le modeste

aient même avoir creusé un fossé

profond entre [c roi et les dépulés; il était à craindre que

urne se jetai dans la réaction. .Mais la portée

morale de celle session était considérable. Pour la première

liants de la Prusse entière, du Rhin fi la Vts-

tsienl réunis à Berlin nvaii ni discuté sur les intérêts

du royaume, avaient exposé les idées du pays sur sa propre administration. Leurs débats, propagés par la presse, avaient eu un retentissement dans l'Allemagne entière. Des orateurs, inconnus la veille, célèbres aujourd'hui, avaient opposé aux théories du gouvernement les idées de l'initiative privée et ils avaient balayé les bureaucrates que leur opposait la Couronne. Seul Boldelschwingh s'était montré à leur taille, les autres ministres s'étaient effondrés, et il apparaissait clairement qu'un jour les grands libéraux les remplaceraient. Malgré les traditions de la Couronne, malgré le roi, le régime parlementaire s'imposait.

Bismarck le sentait confusément en rentrant à SchOnhausen, à la veille de son mariage. 11 s'était donné éperdûment à la lutte des partis, avec l'intérêt passionné qu'il apporta toujours dans le combat. Il n'était plus un inconnu ; iii son caractère ni ses opinions n'avaient passé indifférents. <c Je me suis fait beaucoup d'amis et beaucoup d'ennemis, mandait-il à sa fiancée, ceux-ci surtout dans la Diète et les premiers au dehors. Des gens qui ne me connaissaient pas, d'autres que je ne connaissais pas, m'accablent de prévenances, et je reçois souvent de bienveillantes pressions de mains inconnues1. » Mais ces marques d'estime ne l'illusionnaient pas sur la nature de son succès : pour son parti, la Diète avait été « une dure défaite ». Cela n'était point pour le convertir à l'opinion adverse, tout au contraire ; il était de ceux qui tirent vanité de se trouver dans la minorité ; il avait conservé quelques traits de l'étudiant germanique qui méprise le vulgaire « philistin »; il croyait tenir la bonne doctrine et y demeurait fidèle, quoiqu'elle fût en désuétude ; il ignorait qu'il l'imposerait un jour, non sans l'avoir rajeunie.

1. Bismarck à M»« dv Pultkamer. 8 juin 1847. Loc. cit., p. 105.

h LA DIÈTE DHffi DE I81T 85

triage, Bismarck partit pour l'Italie, il n'y avait plus de place dans sa vie pour la polilique; dans ris billets adressés :i son frère, les noms de Bodel- ■chwingh ou d'Amirn sunt remplacés par des imprécations coi ilre le mauvais temps, des cris d'admiration sur l'excellence de la bière dlnnsbruck, des ta discrets sur sa jeune

femme'. Le voyage fui prompt et lointain. Dans un vol de . , :ouple rapide visite Prague, Vienne, les lacs

. Chan i\. Genève, l'Oberland bernois et le Rhin,

chevauchée è la Bismarck. LU seul incident esta

ntre du roi à Venise. Frédéric-Guillaume IV

. isez froid jusqu'alors envers son audacieux

■ ,:.. L'air vénitien, qui porte a une bienveillance géné-

joîc de rencontrer un « vrai prussien » à t'étrangei

■ !. monarque; il invita Bismarck à sa table, et . rec " tant de bienveillance » que, radieux, le junker

■ approuvait son attitude à la Dicte-,

ttoux en Allemagne, le jeune ménage s'installa 9

en el Otto reprit la vie qu'il aimait, en plein air, à

ïamps, ses forôts, ou sa digue. < leltc existence

iterrompue par une chasse au cerf, un voyage

pour une réception royale, une \ isile de M"" de

■ ;- il e noble, mais triste, el Bismarck se plai-

•môrc dans le style des gendres de comédie, i pas trop haut, « cuire nous soil dit* », car ce grand lun! ménageait sa Femme, peut-être plus amoureux De politique, peu ou prou : la lecture de la Gazette . une correspondance sur ta nécessité de ■■,!.■. (■■ cl 10 septembre, 1 octobre 18(7. Bi

publier un « bon » journal, organe du tronc et de l'autel1, une réunion de hobereaux sur la défensive, une conférence à Berlin pour fixer la direction du parti, quelques mots sur la prochaine réunion de la DitMe provinciale, là se bornait sa vie publique.

Les événements de 1848 le surprirent dans celte existence paisible.

\. Cette correspondance dans le Bismarck Jahrbuch. t. VI. p. 2 a 7.

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