‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 33 sur 167 · bliim lie Ni.uvcll.- réuni Ir l'Asscni · texte numérisé non relu

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-'II.' La dissolution et la iotis!ilutii.n du

Bismarck. — La Un de l'année mis

I. — Ia-s colères des peuples sonl contagieuses, comme leurs . Le lii février 1848, la Révolution rcnvi

trône do France; en mars, elle est partout. Elle cha^o h'< Autrichiens de Milan et Venise où ils s'imposaient : elle ^veiu* Vienne et renverse Motion lich, arbitre de l'Europe depui> un tiers de siècle; «-lie souffle sur l'Allemagne dont elle fumi l> trente-neuf parcelles au feu du patriotisme; elle remue B»t1îii e1, contraint le roi de Prusse à s'humilier devant elle1.

Ces bouleversements ne se font pas au hasard; sous un calme apparent se dissimulaient dans les sociétés eu ropéennes des maux trêves et profonds. La Restauration, les Ira il es de Vienne, la Sainte Alliance avaient imposé le régime de l'autorilé. Les rois se croient institués de Dieu pour faire le bonheur les peuples, sans eux, parfois malgré eux. Les nationalités sont li visées ou fondues au gré des diplomates et sans égard pour leurs préférences; les hommes sont dirigés comme par troupeaux et sans participer à leur propre gouvernement; les travailleurs n'uni pas à intervenir dans la législation du travail, la répartition du capital el des bénéfices.

l 'end an l des années, ce régime s'esl maintenu, pesant lourdement sur les peuples qui s'en sont fatigués. Les hommes de même race ont voulu former des nations indépendantes : le=? Polonais se sont lassés de la domination russe ou prussienne p les Hongrois ont voulu reprendre leur autonomie; les Italiens ont tenté d«> secouer le joug étranger ou ecclésiastique; loir- Allemands ont cherché à faire un seul peuple, uni el fort. Le* citoyens ont réclamé le droit do chacun de prendre, par Sun vole, sa responsabilité dans la conduite de l'Etat ; au gouvernement absolu ou au su lira ge restreint, ils oui opposé un princijK?

I. Lr rèril tri's simple (!•• Muni. /'i> liattsche Révolution. 1S»S-'J >I8J.»7; «•t surtout !«•> noniliroux i]<jriinii*nls fao>imil«s irprudurtinn-, j»in!> au trxli'. foiiriiUsiMïl les rii'ltiil* du ^inutl mouvement on Alli'iiiii^iii.'. Svbel, J.tir liri/rilntliiHff tirs ilenhchm Hvirhs, t. I. tluiino l'expose oflirirl : Birdermanu, HeschiMe Iteufschamls tsili-lsTI. :î« partie, t. I, m- mol au puinl do vue? lilh'ial ol iniilaiiv : Z\vi»Mlinr»k Surii-nliurM. lUulsche Uetchichte, 1815* Ibt'J, (TJOi) est au courant «les plus nVents travaux.

d'égalité, le suffrage universel. Les ouvriers ont voulu une meilleure organisation de la société, qui assurât à chacun du travail et une plus juste part dans les gains. Ces revendications ont été longtemps méconnues; sur un incident de minime importance, elles ont fait explosion et la Révolution s'est étendue à l'Europe entière.

Les besoins nouveaux n'avaient pas échappé à quelques hommes perspicaces. « Le temps était lourd comnm avant l'orage ; il y avait quelque chose dans l'air », disait un contemporain *. Et un ministre saxon, Friesen, définissait, ce malaise avec exactitude : « Dans toute l'Allemagne régnait une inquiétude, un souci pour l'avenir. Les institutions politiques, — soit de la Confédération, soit des Etats particuliers, — avaient vieilli et ne répondaient plus à des situations modifiées, à des idées qui s'étaient emparées profondément de la population. Partout on avait la conviction que cela ne pouvait durer ainsi..., qu'une évolution générale, même violente, apporterait une nouvelle solution \ »

Dès 1846, une insurrection avait éclaté dans les provinces de la Prusse orientale et de Posen, et le long procès qui s'en suivait à Berlin transformait les rebelles en héros nationaux. Dans la province du Rhin, un groupe réclamait l'autonomie administrative. Le parti allemand se remuait, Gervinus et ses amis fondaient la Deutsche Zeitung pour répandre au loin la bonne parole ; à Heppenheim, à Offenbourg, libéraux et radicaux, réunis en assises solennelles, revendiquaient les droits de la nation allemande et des citoyens. Le bon peuple de Munich se révoltait contre les « déportements » d'une aventurière, Lola Montez, amie des rois et des budgets. Frédéric-Guillaume IV sentait es vent léger qui devance

*• Biedermann. Mein Leben und ein Stttck ZeUrjeschichte, t. I, p. 216. *• Baron de Friesen, Erinnerungen aus meinem Leben.

la tempête. Il ne manquait pas d'intelligence politique et de hardiesse généreuse. Les allures indépendantes de la Diète unie l'avait choqué, rebuté même pour un temps; mais l'été avait dissipé son irritation ; en automne il était revenu à ses hautes ambitions et s'abandonnait a l'influence du plus noble de ses amis, Radowitz. C'était quelqu'un : né en Saxe, mai* depuis 1823 au service de l'armée allemande, militaire cl historien, homme de sciences et de lettres, épris de philosophie et de théologie, le général de Radowitz embrassait toutes choses de haut, mais de trop haut; il n'en voyait pas les détails misérables et les nécessités pratiques ; son éloquence splendide s'étendait en périodes balancées, développait des pensées profondes, enlevait l'enthousiasme, mais elle n'apportait pas de solution aux difficultés politiques; c'était un penseur toujours, un poète parfois, mais jamais un homme d'Etal. La Révolution de 1818 vil quelques hommes de ce style.

Radowitz avait remis en novembre au roi de Prusse un mémoire sur la nécessité de rajeunir la Confédération germa nique par la création d'un tribunal fédéral, l'unité de la législation commerciale, douanière, postale», la refonte de l'armée, l'entreprise des chemins de fer. Enthousiasmé, Frédéric-Guillaume IV avait envoyé le fidèle interprète de sa pensée à Vienne pour en délibérer avec Melternich; celui-ci, absorbé dans les négociations relatives au Sonderbund, avait op[>osé quelque moyen dilatoire. Le roi de Prusse, intéressé aux allaires de Suisse par Xcuchâtel. sa principauté, avait remis à [dus tard la question allemande et s'était préoccupé des institutions intérieures de son pays. Quelques hommes de progrès lui conseillaient une nouvelle réforme, la périodicité de la Diète unie, sa transformation en parlement à deux chambres1;

1. LWtre lin t'imite Dohna Lauck ïi Budolsi'hwin^h, TreitM'hko. Deutsche (ïeschichte, t. V, p. Uiti.

LA RÉVOLUTION t>K IStS 101

dâric Guillaume hésitait, manifestait ses bmines intentions - 1 >■ I "L'étions, remettait le reste au lendemain.

demain. Les peuples se lassent des v -

■ : i liilTi-iil.

pie des banqueta se transforme soudain en Révolus-Philippe esl en mite. La République est proclamée, en France 6 sa répercussion sur le Rhin. Dès h, r. -.. Mannlieim, une assemblée populaire expose indications du peuple » : la liberté de la presse, impie, lu convocation d'un parlement germanâque. Le mouvement nvnnce, chaque jour il gagne un Étal : lis exhalent les mêmes appels que i niviT.siirs s'i'iin'inent, rédigent de savantes Les municipalités suivenl et envoient des déléganlenl : des avocats, ■ .'. sscui-s se réunissent le '.i mars à . ■ -, annoncent la prochaine fusion de l'Allemagne,

ni un comité p ■ préparer les voies el moyens que

in Parlement préliminaire, Vurparlantent. Les

. industrie s'agitent el déjà se dessine le mouvement

a t-lé êlouiïé par la réaction, pour

reprctnlii ■■■ puissance el succès. A Cologne,

do ville et réclame la protection des

. I.i garantie du travail, l'entretien des enfants. En

manufacturiers où déjà des troubles

ivriers remuent; à Ureslnu,

te n'est maîtrisée que par la cavalerie et dans

i Jacoby, chef du parti radical de !

on p ■ réclamer la lilierté de la presse el la

■ I un parlement allemand ; on accourl pour la signer,

les étudiants font quelque bruit et la police du zèle ; la garnison charge, les blessés sont nombreux. Le petit peuple de NeuchAtcl, pratique et malin, profite du trouble général pour s'affranchir de la tutelle des Hohenzollern.

Les princes prennent peur et plient. Le roi de Wurtemberg, les grands-ducs de Bade et de Hesse, le Sénat de Francfort décrètent la liberté de la presse. La Diète est prise de vertige : le 1er mars, elle implore « la vieille fidélité et l'intelligence mûrie du peuple allemand » ; le 8, elle décide la revision du pacte fédéral « sur des bases vraiment nationales »; le 9, elle adopte pour couleurs fédérales les noir-rouge-or, jadis interdits, poursuivis, mis au pilori; le 10, elle convoque les gouvernements à envoyer des délégués pour s'entendre sur la revision. On dirait qu'en une fois, la Diète voulait expier les nombreux péchés dont elle s'était rendue coupable pendant trente-trois ans envers le peuple allemand1.

Frédéric-Guillaume IV était entraîné par ce tourbillon. L'enthousiasme, les actions de grâce, les pétitions, les délégations, les appels au Saint-Empire germanique, tout convenait à son Ame vibrante, éprise du moyen Age. Ses conseillers. Hadowitz, Dûnhofî, délégué à Francfort, homme de progrès, l'engageaient vivement A prendre la direction du mouvement allemand. Le 28 février, après délibération en conseil de gouvernement, le roi décida d'envoyer à nouveau Radowitz à Vienne pour reprendre les négociations sur le rajeunissement de la Confédération. Metternich, adouci par les événements, acceptait de collaborer « à une œuvre de salut commun, si toutefois on peut sauver encore quelque chose2 ». Il conviait les princes A se réunir en congrès à Dresde le 25 mars : à celle date tout fut noyé dans le grand remous. En même

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