Voyez suprat p
4. Bismarck à la seconde Chambre. Il mars 185t. Ibid., p. 364 et soir.
ffEOTORT A Ol.MUTZ 285
inistralion de ces deux établissements, leurs
avec l'État; il les veut tout ensemble indépendants
itrolés, tenant, de ['initiiitive particulière et delà puîs-
I qualités différentes, mais lou! es nécessaires
■ assurer un crédit incontesté. II avait eu il'1 longs
: lansemann, l'ancien ministre de ! si fi, devenu
'..\ Banque 'le Prusse, dont il reconiKiissuil à l.i trilmne
iiite rwjwifîlt- financière « ; peu familier avec les ques-
banque, il avait rapidement digéré 1rs explications
qu'on lui avail données, el s'était formé des idées personnelles
put toujours imposer a la Chambre. —Aucun député
■ vi m- d'une île ses propositions, ce qui excita
l'hilarité générale i> son détriment. — Il voulait notamment
,l;iliihté -.< hi Banque de Prusse en augmen-
tant les pouvoirs du conseil de direction ; son exposé esl peu
il semble désirer la formation d'un conseil de
■ :i celui île lu Banque île France, mais entre
mvernement; s;i conclusion est plus d'un fonc-
. h financier : il propose n île donner au gouver-
toute Lilwrlé d'action pour mettre les statuts de la
!ii harmonie aver h constitution île l'État' ».
■ Lvril, le pur féodal reparaît; à propos de la réforme:
lu. d part en guerre contre l'ordonnance qui
ilî les jiislices -ee/u, iiimli-. el \ .uitc les tribunaux
vieux temps. ■■ On .' représenté, dit-il, la justice
Ikitriiin.Tii.il'' comme je ne sais quel instrument d'arbitraire
Limeuts corporels, avec juges dépendait! de
hobereaux lyranniques et pressurant de concerl avec ceux-ci
iablcs, qu'Us écrasaient de frais de jusliec. « C'est une
erreur, le système d'hier valait au moins celui d'aujourd'hui,
I. Ri. i nu ri- k I la seconde Chambre. 20 mars l&M.lbid., p. 391.
et il critique vertement l'organisation actuelle : la nécessité pour les plaideurs de faire des voyages lointains pour défendre leurs droits, l'obligation pour les témoins de s'absenter trois ou quatre jours au temps de la moisson pour comparaître en justice, le devoir des jurés de séjourner à la ville trois ou quatre semaines et sans indemnité pour les sessions d'assises, les frais et taxes doublés et triplés, leur recouvrement avec une rigueur <c dont on n'avait pas l'habitude sous le régime de la justice patrimoniale », l'arrivée de magistrats étrangers au pays, qui n'en connaissent ni les mœurs, ni le patois. L'ancien temps ne peut revenir, mais il faut « que le gouvernement cherche avec une plus grande attention les moyens par lesquels on pourrait arriver à combiner les avantages et les commodités de la justice patrimoniale avec les institutions actuelles1 ».
Les dernières paroles qu'il prononça comme député étaient de même tendance, de réaction prussienne. Un député, M. Harkort, avait publié un livre où il attaquait vivement la classe des hobereaux, le Junkerthum ; le gouvernement avait demandé à la Chambre l'autorisation de le poursuivre; la commission s'y était montrée favorable (et en fait la Chambre vota l'autorisation), mais plusieurs membres de la gauche, entre autres M. de Vinckc, avaient critiqué les conclusions du rapporteur et attaqué à ce propos le parti des hobereaux. Bismarck releva le gant, comme s'il était visé en personne : il entendait être le junker par excellence, il s'honorait, comme d'un éloge, de ce terme méprisant. Volontiers, il se serait écrié : « Et quand il sera seul, je serai celui-là. » El en descendant de la tribune, il cria à la gauche : a Les wvjhs et les tories étaient aussi des dénominations qui primitivement
1. Bismarck a la seconde Chambre, (5 avril 1851. lbid.t p. 405.
avaient quelque chose de méprisant... Et soyez certains, Messieurs, que, de notre côté, nous saurons encore faire honorer et respecter ce nom de Jimkerêhwn1 ».
Le hasard est heureux : ce fut son dernier mot dans une assemblée parlementaire avant son entrée au ministère. Il terminait par une déclaration de principes la première phase de sa vie politique. Il n'avait pu jusqu'alors dépouiller le « manteau féodal » qu'il tenait de famille; la pratique des affaires, l'expérience de la vie devaient lui tailler bientôt un vêlement plus moderne, très moderne.
Depuis plus de trois mois, Bismarck avait quitté femme et enfants; il était mari et père très fervent; il rôvait jusqu'aux séances de la Chambre d'une paisible vie de famille. Etait-il sincère lorsqu'il parlait de renoncer à toute ambition, de se retirer à SchGnhauscn, d y devenir landrath et d'y vivre tranquille et sans soucis*? 11 n'y serait peut-être pas resté très longtemps sans remuer, mais il avait grande hâte de retrouver les siens ; il partit donc le 1 1 avril pour la Poméranie. Son voyage ne dura que deux semaines; à son retour il est nommé conseiller d'ambassade à la Diète de Francfort. Sa vie parlementaire est achevée, sa carrière diplomatique commence.
Sauf une interruption de quelques mois en 1848, Bismarck avait siégé pendant quatre années dans les assemblées législatives. Entré inconnu au Landtag uni de 1847, sur le tard, la session déjà engagée, il s'y était imposé sur-le-champ par son audace, la précision de ses idées, le caractère absolu et tranchant de ses affirmations. En 1848, il n'avait paru que pour exhaler un cri de douleur et de colère. A partir de 1849,
1. Bismarck à la seconde Chambre, 8 avril 1851. Util., p. 417. t. Bismarck. Lettres des 31 janvier et âfJ mars l&il. Brie/'e an seine Draut und Gattin, p. 238 et 249.
il avait pris la position d'un chef de parti, il avait combattu c - -^ qu'il croyait le bon combat, « avec Dieu, pour son roi *m *
sa patrie ». Son parti avait remporté la victoire, il n'ec: — - n voyait pas encore les tares, il était dans l'enivrement d'ut. __^ n succès qu'il avait contribué à réaliser.
Pendant ces quatre années, il s'était montré l'homme qu'avar : il
promis sa jeunesse : un indépendant, doté d'idées personnelT - Iles, d'une rare puissance d'assimilation, et en même temps » -»- n conservateur, féru de traditions et de préjugés ; passionnémerz=^^ if royaliste, mais frondeur endiablé; homme d'opposition p -»r
nature et de gouvernement par attachement à la royauté.
Il défend les privilèges de la Couronne, car elle soutient £ caste; il lutte contre le régime constitutionnel, qui l'amoij drira1. Il est favorable à la critique parlementaire, quand l'exerce, mais lorsque le Parlement veut passer aux actes, crie au sacrilège; car seule la royauté doit gouverner, et p elle la noblesse. Il s'oppose à la pleine émancipation des juil car il veut les dominer et craint de déchoir s'ils sont au mèi degré que lui. Il s'élève contre la liberté de la presse et de ré? nion, car c'est larme la plus dangereuse pour ruiner les pouvoi de la Couronne et de la noblesse. Il proteste contre l'aboliti*^-^ n des justices seigneuriales, car la force des seigneurs en se* diminuée. 11 combat le mariage civil, qui amoindrit l'Egli protectrice des rois et des nobles, et développe la liberté inviduelle, or il tient à l'autorité. II raille l'humanité modem l'idéalisme moderne, l'idéal moderne qui sont contraires règne de la noblesse. Il est opposé à toutes idées de progi ou de révolution, car à leur avènement les hobereaux sero de simples citoyens et cela est inadmissible.
1. l> pas^ïiiro d'npres les idées fort justes de Klcin-Hattingcn, BismâZi^ c* und seine Welt. t. I. p. lu* et stiiv. Gpr. Blum. Fiirst Bismarck und *tf*«*f W'clt, t. 1, p. i'Gu et auiv.
Il'KHFlTFtT A OLMUTZ Ï8!l
les mêmes idées dans les affaires étrangères; il Sent à la Saïnlc Alliance des rois contre les peuples; il ne comprend d'union qu'avec la Russie el l'Autriche, car ce sont
'Ii- larchîea d'autorité; il envie à l'Angleterre son régime
commercial el industriel, il se défie de son système politique, il redoute son influence sur In Prusse; le gouvernement par-
ilamenlaire lui semble nvoir fail ■ fiasco » avec Louis-Philippe; la République française lui l'ait horreur, comme l'Antéchrist! à un moine. I! n'a guère souci de l'unité allemande : l'unité de In Crusse lui suffit; il craint dans lu formation d'un Empire ! l'amoindrissement de lu royauté prussienne; !:i eou- I ïancforl, le drapeau aux trois couleurs, ce sonl des » oripeaux révolutionnaires ». Il ne tient pas compte des
■ ■■ peuples et des revendications nationales. Les armées être fuites autant pour imposer l'ordre dans le pays
ries frontières. Le pire ennemi, c'est laRévo-
En exposa ni ces idées, il a parfois soulevé l'hilarité de L'honorable député de Brandebourg, disait n 18'il, ;i des idées originales qui n'éclairent poulinais tout au moins égaycnl la Chambre1. » Il n'en i, il en aurait volontiers tiré vanité. II avait quelque
■ heurter les idées de ses adversaires, à lancer de coups (le boutoir, ù scandaliser par ses plaisanteries
pi n fortes. Mais un ne lui en voulait pas, car il
jaivon, d'accueil facile, aimable avec tous II avait
■ certaine popularité, même dans la nie. « Voilà les
de Bismarck qui flambent », criait un gamin à l'in-
lu Parlement ;.
iirunik1 Cliurrihir. Ji l'ri i-ii-r- IS.M lu ;,».!,</, i/r finir. \i M r.TiuM.-. \$ m. n-- IBM tint/bat «tint Braut miii •■■
Malgré ces excentricités, son passage à la Chambre lui a servi : il a beaucoup appris, il s'est frotté aux difficultés politiques, financières, commerciales. Il a regardé et comparé; sa foi féodale a été à rude épreuve; si elle n'a pas sombré toute, au moins se transformc-t-elle. Lorsqu'il ne sera plus retenu par les liens de son parti, il rejettera toute son antiquaille, il deviendra l'homme de son siècle.
RUMINATION El
■ ition du délégué (iiHisRiPri :i Francfort. Raisons de choi-
tnarclt. Nomination provisoire eon conseiller de léga-
!..■ personnel diplomatique n Francfort, M de Rochon-,
ambassadeurs
Relations difficiles du conseiller de légation el de
marrie. Voyages et
Hctternich. — Soucis de famille. -
.: nation comme di légué de In ['russe Question
■ premiers conflits avec le délégué autrichien :1a !
■ .1" In Diète [.es frais d'exécution
Ardeur combat tive de Bismarck. Le renouvellemenl
■ rétentions de l'Autriche, opposition de Bismarck.
■ !:■(-. Morl ■!' Scbwarïenberg. Coa-
,' \ in, ne, voyage
rie, Menace de ruplure du Zollverein. activité de Kis-
narck. Traité austro-prussien Le nouveau traité du Zollverein.
■ u-e de l'Empire français — Arrivée de Prokesch
. ■ .nix conflits : la flotte, les forteresses fédérales; lutte
Bade: paroles blessantes de
... ivigk; la question dos duchés; petits débats. A nimnsib
, il-' de Bismarck contre I Autriche
Berlin. — Vie parlementaire Duel avec Vincke
■ .-n de In première Chambre. Bismarck, membre de la
avec M de Won- Proposition du parti du \\ , ,
V;ii*s;mi-'i> I tiiiilttiUItlC- —
■■JII'MIITlt.
t. — l.,i grande secousse de 1848 étail apaisc-c en Allelemenl échoué ; les en leur étal antérieur. Les idées d'unité, de
patriotisme allemand paraissaient mortes; elles n'étaient qu'endormies pour huit ans, mais leur sommeil était profond, léthargique, et les fervents qui espéraient encore leur réveil passaient pour des utopistes inguérissables.
Le 31 mai, la vieille Diète devait renaître, avec ses règlements et ses manies que raillait Heine :
OBund,
Du Hund,
Du bist nicht gesund1.
La Prusse y reprenait sa place ; ainsi l'avait voulu le parti qui considérait Olmùtz comme un triomphe. Cette place était mal fixée, au-dessus des royaumes, mais au-dessous de l'Autriche; l'échec de 1848 ne la rendait pas plus nette; pour avoir voulu se mettre au premier rang, la Prusse risquait d'être reléguée dans le lot des Etats moyens, car les quatre royaumes avaient pour elle une rancune encore mêlée de crainte et l'Autriche avait, à l'abaisser, le plaisir d'un vainqueur hautain et maladroit.
Pour manœuvrer à Francfort au nom du gouvernement prussien, il fallait un homme habile et sûr, sans attaches diplomatiques, ayant donné des gages à la camarilla, dévouô à la politique autrichienne, mais d'échiné assez roide pour ne pas s'aplatir devant le plénipotentiaire de Vienne. La situation était importante, difficile et plusieurs à qui elle fut offerte la déclinèrent avec effroi : Alvensleben, qui avait à adroitement dégagé la Prusse dans les conférences de Dresde, paraissait indiqué pour Francfort, il refusa « tout à fait ». Le choix était donc restreint 2. Le général de Gerlach, qui était la puissance occulte de la Cour, eut une idée heureuse 3 :
J. O confédération, toi chienne, tu es malsaine.
i. Duc de Cobourg. Aus meinem Leben, t. II, p. 56.
3. Gerlach. Denkwiïrdigkeilen, 16, 17, 23 avril 1851. t. I, p. 6*8-619.
tyera la Diète un plénipotentiaire intermédiaire, avec un adjoint qui le remplacerait, s'il réussissait, four la dernière place, il indiqua Bismarck : l'homme lui paraissait encore un peu ardent, insuffisamment dégagé, île x la politique «le Rsdowitz ", mais ou le suivrait de près, avec de bons conseils \ku- lettres. D'ailleurs son discours du 3 décembre l'avait manifesté partisan sincère de ['alliance avec l'Autriche e-l du di - traitas de Vienne; récemment encore, aux applaudissements de L'extrême droite, il avait défié le parti libéral de trouver dans l'histoire d'Allemagne, depuis le temps des Hobenstaufen, — en exceptant toutefois le moment de la
àt talion espagnole sous Charles-Quint, — une époque
■ où l'AUem igné ail joui d'un plus grand prestige ■ I étranger, d'un plus haut degré d'unité politique et d'une onde autorité que pendant la période de temps où la DièU; Fédérale a conduit les affaires étrangères de l'Allemagne' ». Celait pour le parti autrichien un bon manifeste, : .un', car il se bornait ;'i biffer trois années d'histoire, à I8"i! ; c'était un excellent programme pour le b Francfort dans l'esprit de la camarilla, et lit la on de Bismarck; on l'envoya parce qu'autrichien. ,i le désigna au roi à l'insu môme de Bismarck; le bruit de sa nomination se répandit vile cl il en eut vent par des amis lors de son voyage en Poméranie. De retour à Berlin, il apprit le sérieux de ce racontar, et il s'empressa île sonder M. de Mante uffel, — m Fra Diavolo, » écrit-il dans sa correspondance. Le poste lui convenait personnellement : il Comprenait la nécessite d'être quelque temps en second plan, pour apprendre le métier diplomatique, ses formules et ses formalités; il désirait une situation durable où, homme de
foyer et de famille, il put s'intaller avec femme et enfants, et il était décidé à refuser toute situation où il ne pourrait vivre avec les siens ; enfin la nature môme du poste lui seyait avec son activité multiple, ses chausses-trappes et la résidence agréablement située.
A la fin du mois, la décision était prise ; selon Bismarck même, le roi aurait eu l'intention de le nommer immédiatement délégué à la Diète, mais sur l'opposition de son entourage, il avait résolu d'envoyer provisoirement à Francfort le baron de Rochow, ambassadeur en Russie, avec Bismarck comme conseiller de légation ; dans un délai de deux mois environ, Rochow retournerait à Pétersbourg et Bismarck lui succéderait ! .
Au commencement de mai et, selon Motley, dans la môme j ournée, Bismarck fut appelé au ministère des Affaires étrangères et au cabinet du roi. Manteuffel lui proposa définitivement sa nomination à Francfort 2 ; Bismarck se recueillit un instant, et accepta. Il se présenta ensuite au roi ; Frédéric- Guillaume lui renouvela la proposition; aux paroles du souverain Bismarck répondit un seul mot, « oui » ; le roi, homme d'hésitation, fut stupéfait de cette prompte décision et eu manifesta quelque surprise. « Vous avez bien du courage, lui dit-il, de vous charger ainsi au pied levé d'une fonction qui ne vous est pas familière. — Le courage, répondit l'autre, c'est Votre Majesté qui l'a en me confiant ce poste ; au demeurant, Votre Majesté n'est nullement tenue de maintenir ma nomination du moment qu'elle constatera qu'elle a nommé
1. Bismarck à sa femme, 28 avril 1851. Briefe an seine Braut und Gatttn, p. 266. *
2. Motley, Correspondance, t. I, p. ITo. Bismarck, Pensées et Soutfnift t. I. p. 103. D'après ces documents, la proposition de Manteuffel aurait été pour Bismarck tout imprévue. Il résulte de sa correspondance avev ?a femme qu'il savait à l'avance quelle lui serait faite.
NOHHMTION ET DËBOTS A FRAHCFÛRT 205
me incapable de remplir celte fonction. Quant à moi, je ne puis pas savoir si la tache est au-dessus de œes capacités avnnl de m'y être appliqué, Si je ne suis pus il la hauteur, je serai le premier a demander mon rappel. « A quoi te roi répondit : i Nous niions faire un essai. »
Sa nomination fui signée le 8 mai 1851; le 10 mai il partait avec son chef pour Francfort.
Inclinée en pente douée vers le Main, la ville se serre autour du Humer, le vieux palais impérial; au centre, les rues son! étroites, obscures, tortueuses; c'était, au moyen Age, le quartier îles marchands, des changeurs et des préleurs; les fripiers juifs et les usuriers y oui gardé leur logia ; des générations plus soucieuses de bien-être oui construit moins noires et des maisons plus élégantes ; une voie rîohe, la Zeil, sépare ainsi les deux villes, celle du passé el celle du présent : des jardins ombreux et frais font à la cité une ceinture charmante et saine qui complète le li l.i rivière. Les environs sont agréables : au sud la vaste forêt de Francfort, aux longues lignes de pins, avec ■ ..--. et <\c.i sablonnières ; au nord les dernières pentes • forêts de Wiesbaden qui ondoient et verdoient à l'horizon.
Au mois de mai 1851, Francfort réunissait a nouveau les des princes souverains et des villes libres d'AIle- Aii\ termes de l'acte constitutif de la Confédération germanique du 8 juin 1815, ils avaient pour mission i de maintenir la sûreté intérieure el extérieure de l'Aile- ; indépendance et l'inviolabilité des Etats confédérés ». Kii fiût, leurs petites intrigues et leurs mesquines criailleries naienl qu'à maintenir un équilibre instable entre les
puissances allemandes. L'Autriche, qui présidait la Diète, s efforçait delà dominer; la Prusse voulait égaler sa rivale; les Etats moyens, qui avaient nominalement même pouvoir que les deux grandes puissances, jalousaient celles-ci ; les petits princes, répartis au hasard en curies bariolées, se mordillaient ; les Pays-Bas pour le Luxembourg et le Danemark pour le Ilolstein se révoltaient contre toute ingérence. Et le tout discutait, disputait, se divisait en groupes, commissions, comités, délégations, et piétinait sous l'œil impassible et bienveillant des ambassadeurs étrangers.
Le personnel diplomatique était nombreux et pour évoluer avec sûreté il était nécessaire de le connaître exactement. Ce fut le premier travail de Bismarck : son prompt coup d'œil jugea et jaugea chacun rapidement !.
Le personnage di primo cartelio était le comte de Thun. délégué autrichien et président de la Diète. Diplomate de carrière, de haute situation par sa naissance et son rang, Son Excellence s'estimait d'une essence supérieure et le manifestait hautainement ; il avait calqué son masque sur celui de Schwarzenberg dont il imitait les travers, sans avoir le génie: le jeu au cercle jusqu'au matin, la danse, le Champagne et une cour effrontée aux jolies femmes des banquiers. 11 affectait à regard de ses collègues un mépris de « roué viennois » poux de petites gens ; il présidait la Diète en courte jaquette d'étoffe claire boutonnée pour dissimuler l'absence de gilet, avec une
1. La correspondance diplomatique de Bismarck a été publiée avn l'autorisation des archives impériales par Posehinger sous le titrv Vrtu>sen un llumlestaff 1X51 bis 185'.). 4 vol.. 1881-1885. Les trois premiers ti>mr> ont été en grande partie traduits sous la direction et avec une excellent!' préface de M. b'uuek-Brentano sous le titre Correspondance diplomatie*' de M. de Bismarck. 1851- 1859. IMon, 2 vol.. 188,*L Pendant son séjour <* Francfort, Bismarck a entretenu avec le général de Gerlach une intéres>a::tr correspondance, publiée sous diverses formes; nous nous référerons a Ilorsl Kohi, nisiinifc/,'s llrie/'c mi den lieneral Lcopuld von derlach. lï5'.*.
NOMINATION ET IIKIIUTS \ h'HANUI'OKT
apparence de «"avale, cl sur le ton de la conversation ; les plus hauts visiteurs luisaient antichambre à sa porte ; il reçut Bismarck le cigare ao lèvre, confortablement assis, cl ne lui offrit pas (le siège ; à sa seconde visite, le hobereau prussien
s'empara d'une chaise et alluma un cigaiv.
Thun ne manquait pas, d'ailleurs, de sens politique et d'esprit de répartie, il étail pour l'ambassadeur prussien » un adversaire dangereux », mais SCS travers niâmes lui nuisaient et, comme l'écrivait Bismarck a Gerlaeh, « c'était un mélange de grossièreté qui aurait volontiers passé pour une honnête franchise, d'une nonchalance aristocratique cl d'une malice de paysan slave ; il invoquait toujours « l'absence d'instructions de son gouvernement », mais dépendait de son entourage par son ignorance des affaires1 ».
Les délégués des quatre royaumes, ^atelliles de première grandeur gravitaient dans l'orbite du soleil autrichien1; le Bavarois, M. de Schrenk, « travailleur consciencieux cl infatigable, jurisconsulte par éducation et par goût », aimait les affaires lentement menées et poussât) le patriotisme jusqu'à l'extrême susceptibilité ; le Saxon, M. deNoaliUt, avait une souplesse diplomalique suffisante pour en faire le ferme soutien du maitre du jour cl lui permettre un rcviremcnl instantanés] ce maître changeait ; pour l'heure, il formait l'appui le plus solide de l'Autriche à, la Diète, mais on prévoyait qu'il sérail acquis È la l'eusse si le royaume l'emportait sur l'empire; le llanovricn, M. de Bothmer, a caractère droit qui inspire ta confiance », méritai! les élises de Bismarck, car il appuyai! ouvertement son opposition auxempk'lemenlsde la présidence ; le Saxon, M. de Bcinliard, était au contraire la bêle noire du Prussien, qui le Laxaîl de « frivolité el de coofusioa, exhalant
i !'..-. iiir,i,-T i IV. a i, -2'j Bâmarck ••>■ lieiluch. p i. 1 Carrtrpondanc* diplomatique, t. I, p. 1 47 H bdIv.
i98 BISMARCK
ses rancunes contre la Prusse, toujours en retard et le dernier aux séances, inattentif et intervenant hors de propos dans la discussion ; » à coup sûr, M. de Rheinard avait peu de goût pour M. de Bismarck.
Lies délégués des moyens Etats, Bade, liesse électorale cl ducale, suivaient le cours de leurs intérêts, qui étaient alors du côté autrichien et « évitaient avec soin de se compromettre par des jugements personnels ». Les petits princes et les villes libres, au nombre de vingt environ, étaient représentés par six délégués qui cherchaient à louvoyer entre la Prusse et l'Autriche, partagés entre l'amour d'une grande Allemagne et la crainte d'être mangés. Les ambassadeurs de Danemark et des Pays-Bas, MM. de Bulow et de Scherff, représentaient également à la Diète les intérêts du H ois toi n et du Luxembourg, terres d'Empjfc ; c'étaient des hommes de valeur, expérimentés et prudents, qui observaient une réserve impartiale.
En résumé, dans ce collège à 17 voix, le plénipotentiaire ne pouvait compter personnellement que sur trois amis; les autres délégués étaient tous sous la coupe plus ou moins directe de l'Autriche.
Des ambassadeurs étrangers, le plus considérable était le russe, prince Gortschakoff, qui assurait à Francfort les bases d'une brillante carrière et y puisait la parfaite connaissance de l'Europe qu'il employa utilement comme ministre des Affaires étrangères; i\ Vienne, où il avait géré par intérim l'ambassade, à Stuttgart, où il avait lié par un mariage les familles de Russie et de Wurtemberg, il avait montré de la prudence et de l'activité ; il avait grande influence, il le savait, et tenait à ce que nul n'en ignorât. Le représentant de la Grande-Bretagne, lord Cowley , neveu du duc de Wellington, était « un homme très agréable1 », élégant, du meilleui
i. Bismarck a sa femme. Brie fe an seine Bvaut und Gai lin. p. 276.
Nomination et débuts \ Francfort iot
le. L'ambassadeur français était intelligent, « aimable, d'un caractère toujours égal, d'une discrétion a toute épreuve, sans zèle exagéré »; il suivait le goût du jour; il s'était appelé M. Marquis lors delà République démocratique de 1848,
M. Marquis île Tallrnav serns la présidence du prime Louis- Napoléon, rt devtnl M. le marquisdeTalleiiayavec l'Empire'. Q avait pour attaché un jeune M. Rotban qui devait se faire une i ricre dans la diplomatie, mais plus belle encore dans les lettres.
■té de CC inonde de diplomates s'agitaient des commissaires financiers, commerciaux, militaires ; le général de r> ii. lu r i!< h— ïu'ik'la Crusse pour l'armée, fédérale, était un officier intelligent el brave, mais féru de décorations et tellement chamarré de cordons, croix et rubans qu'on avait forgé à son intention le verbe peuckern : er peuckert, il fait son Peucker; » général de Waldersee, qui lui succéda, paraissait à I Yokesch • un mauvais coucheur qui semblait n'avoir d'autre mission que de combattre le délégué militaire de l'Autriche1 ». Bismarck devait posséder le doigté de tout ce personnel nlreren fonctions définitives. Pendant deux mois, il sous-ordre et cela ne lui convenail guère. Il guettait r avec mauvaise humeur. G'étail pourtant un homme agréable el de relations faciles que le lieutenant-général Rochua baron von Rochow ; comme Bismarck, il i tait issu d'une vieille famille de la Marche de Brandebourg; il uvail suivi uni/ iMn 'n'ic heureuse de diplomate cl de soldat; d était depuis l'automne ambassadeur à Pélersbourg, persona uprés du tzar, et l'estime de .Nicolas l'avail désigné nalureUemcot pour ni présenter la Prusse à la renaissance de il convenait a la Prusse d'introduire a Francfort une
iOUI i-i-ii ., ' I. I' 11)11
Hriefen p. 304, 1113.
personne aimée du dieu, arbitre de l'Europe. Rochow av=reçu pour instruction d'éviter tout conflit avec TAulricL cette politique lui convenait ; son caractère était souple jusq la mollesse. « Par nature, écrivait Bismarck, il craign d'empoigner les questions avec une forte initiative ; il préfé opposer à l'Autriche une sorte d'opposition passive ' . » Ce neb^j pas la manière de son conseiller de légation et celui-ci s ~°~eo plaignait amèrement : « Rochow est dans ses relations personnelles avec moi l'amabilité même ; mais j'ai peu d'influenc* dans ses décisions sur les affaires; car deux hommes no peuvent pas remplir un même emploi ; la plupart des affaires arrivent toutes préparées de Berlin, ce qui ne peut être autrement, et ce qui se produit ici est traité dans une conversation accidentelle et inattendue, ou à la séance de la Diète ou par Rochow dans sa correspondance personnelle... En un mot, ce qui arrive se fait sans moi et j'ai la sensation d'un junker dans une sinécure 2. »
Il en voulait peut-être à Rochow pour une autre cause ; il le soupçonnait de se plaire à Francfort, « de désirer son maintien dans l'existence facile sur les bords du Rhin » et de tout mettre en œuvre pour que son conseiller fût nommé ministre plénipotentiaire a Darmstadt et lui laissât place nette \ Ce soupçon n'était guère justifié, et, en tous cas, M. de Rochow ne fit rien pour desservir son subordonné ; le prince de Prusse étant alors de passage à Francfort lui parla de Bismarck avec le dédain d'un militaire de haut grade pour un officier subalterne : « Et ce lieutenant de landwehr va devenir délégué a la Diète? » — « Parfaitement, répliqua Rochow, et je crois que le choix est bon; M. de Bismarck est acuf
1. Bismarck à MuntcufTel, 11 juin 1851. Poschinger, t. IV. p. 11.