Persigny. Mémoires, p
" l'ordre » en France. Le coup d'Etat du 2 décembre 1851 le surprit ; sa première impression fut « mélangée, comme si on lui annonçait l'incendie de la ferme d'un démocrate et bourreau, son voisin ». A certains égards, la chose ne lui déplaisait pas ; l'Assemblée dissoute illégalement et les parlemenlairos en prison, en exil, au bagne ; la rue envahie de troupes, la presse muselée, la démocratie écrasée, c'était bien la conduite qu'il avait demandée en 1848. Wrangcl et Manleuffel avaient procédé ainsi, mais avec moins de grandiose dans la brutalité, moins de serments violés et moins de sang. Tout cela ne lindignait pas outre mesure, satisfaisait son « avidité d'émotion » et lui procurait même quelque joie en abattant l'ennemi étemel, la Révolution. « Dieu nous montre, écrivaitil à Gerlach, où va un peuple, lorsqu'il abandonne sans pilote le terrain solide de la légitimité pour se confier au Malstrom (le la Révolution '. »
Mais le Prince l'inquiétait par ce côté înyslérieux et déconcertant qu'il ne perdit jamais, même devenu empereur. Il lui trouvait, malgré tous les services rendus à la réaction, « le caractère d'un aventurier sans scrupules ». C'était un Bonaparte, n'allait-il pas reprendre les traditions de son oncle? « Comme Prussien, continuait Bismarck dans sa lettre à Gerlach, je ne puis me réjouir du 2 décembre, car je vois un ennemi, qui était malade, se relever momentanément, et un ami insouciant et hypocrite, l'Autriche, tirer de cet événement un surcroît d'insolence. Je ne crois pas à l'envie de Bonaparte do faire la guerre, je suis persuadé qu'il H-ra tout pour maintenir la paix, car la guerre lui aliénerait le pays ; mais je ne puis pas croire qu'il se tiendra tranquille en face de l'armée. L'élément qui lui a donné la population non militaire, la lassitude, manque dans l'armée. »
I Bismarck à Gerlach, 28 décembre 1851. Briefe an Gerlach, p. 13.
Le coup d'Etat n'était qu'un événement intérieur, qui ne changeait pas, — pour l'instant, — la forme du gouvernement; la diplomatie n'avait donc pas à s'en occuper, au moins olTiciellement ; le prince Louis-Napoléon notifia en février à la Diète le plébiscite du 20 décembre et la constitution du 14 janvier; le comte de Tiiun lui en accusa réception au nom de l'Assemblée générale ; ce furent les seules démarches officielles.
Il en fut autrement lorsque, au 2 décembre 18o2, fut proclamé rEmj)ire, La forme même du gouvernement était modifiée et les grandes puissances devaient être appelées à la reconnaître. Elles n'avaient, d'ailleurs, pas attendu ce moment pour s'inquiéter de la situation nouvelle que créait la formalion de l'Empire. Dès le 14 novembre, le tzar avait protesté contre les termes employés par le prince Louis Napoléon dans un message au Sénat et où il annonçait son intention de « relever avec liberté et avec réflexion ce qu'il y a trente-sept ans l'Europe entière a renversé par la force des armes au milieu des désastres de la patrie ». A ces paroles, Nicolas s'était indigné. « Je ne m'attendais pas à une pareille déclaration de principes, avait-il répliqué. Nous sommes les anciens, et, à ce titre seul, on nous doit quelques égards, quelques ménagements. Son oncle, l'empereur Napoléon, nous a attaqués, l'empereur Alexandre a dû se défendre, il a glorieusement combattu pour l'indépendance de son pays, et, si je donnais mon adhésion sans restriction aux termes du message, je renierais donc les actes de mon frère et des souverains, ses alliés. L'Autriche, la Prusse, l'Angleterre même, ne peuvent accepter une pareille injure*. »
A Berlin, l'indignation ne s'exhalait aussi vive que dans la