‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 129 sur 179 · Beust, Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Beust, Mémoires, t. I, p

courtier, rAulriche, y étaient représentés : seule des grandes puissances, la Prusse n'y avait point place. Elle n'avait participé ni à la guerre ni aux préliminaires de la paix ; on ne la jugea pas digne de siéger en si haute assemblée. « Les grandes puissances, écrivait le prince Albert au roi Léopold, ne peuvent prendre part au jeu de la politique, que si elles ont mis leur enjeu sur le tapis. )r La Prusse était reléguée au rang des petits États, avec la Hollande, la Belgique, les Etals Scandinaves. C'était un coup rude pour l'orgueil prussien. Bismarck montrait bon visage contre mauvaise fortune. « Si nous entrons dans le concert des puissances, écrivait-il à son ministre, nous renonçons à la position indépendante que nous avons prise pour tomber sous la pression d'une majorité de trois contre un, ou, avec la Sardaigne et la Turquie, de cinq contre un. Si nous accédons au programme occidental, nous risquons de perdre d'un seul coup les fruits de deux ans de sagesse, les fruits de notre union avec les Etals de l'Allemagne, des ménagements que nous avons gardés envers la Russie, du prestige et de la force que nous avons j)ris visà-vis des belligérants. » Ce n'était là que des prétextes; il était profondément blessé de voir sa patrie abaissée en si modeste posture. Et le passage à Francfort de Buol, qui allait à Paris représenter l'Autriche, l'irritait, car il voyait les délégués des petites Cours s'empresser autour du puissant diplomate ; il avait beau plaisanter avec un rire de dépit sur le « troupeau de la Diète rangé et surveillé par le comte de Rechberg et prêt à rendre ses hommages au comte de Buol » ; il enrageait de n'ôlre pas, lui aussi, l'objet d'honneurs spéciaux, et de voir « le ministre délégué de la Prusse confondu avec la masse de tous les deorum mitiortim geruium^ ». Sa

1 . Bismarck à ManteufTel, 14 février 1856. Correspondance diplomatique, t II. p 130.

colère retombait lourdement sur l'Autriche. « Quatre fois, grinçait-il de jalousie, en deux ans elle a joué son jeu contre nous, et, nous qui sommes une grande puissance, elle veut que nous signions maintenant noire abdication et nous refuse tout cmplAtre pour guérir nos blessures* ». Il en était malade, et, en réalité, vomissait de la bile.

Et, pour comble de malheur, les petits royaumes demandaient que la Confédération figurât au Congrès de Paris; on parlait même de charger la Prusse de Vy représenter de telle sorte « qu'exclue des conférences comme puissance indépendante, elle y prendrait part comme organe de la Confédération ». Son rôle eût été nul, surtout à côté de l'Autriche, capable de la neutraliser sans cesse, comme membre de la Confédération. Bismarck parvint, tout au moins, à écarter cette éventualité, et après un mois de délibérations, de conflits épiques entre les délégués autrichien et prussien, de conciliabules entre les moindres plénipotentiaires, la Diète adopta une déclaration anodine, sans portée, de vague adhésion aux préliminaires de la paix.

Ce fut un soulagement pour les patriotes prussiens lorsque, le 13 mars, l'ambassadeur français remit à M. de Manteuffel l'invitation de prendre part au Congrès. « Nous pouvons nous rendre à une invitation qui n'est subordonnée à aucune condition », écrivait le ministre à son délégué fédéral. « Nous montrons trop d'empressement, répliquait celui-ci, sinon à son chef, au moins au fidèle Gerlach. On reçoit l'invitation le matin, et à deux heures on laisse imprimer que la Prusse l'accepte. Il eût été préférable de montrer un peu plus de froideur, au moins à l'extérieur, si on ne l'avait pas intérieurement^. »

1. Bismarck à Gerlach, 11 février 1836. Briefe an Gerlach, p. 279.

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