‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 131 sur 179 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

I. — Temps calme. — Fiançailles du prince Frédéric-Guillaume. — Nouveau.x conflits de Bismarck avec le délégué autrichien ; le.s garnisons fédérales, le code de commerce, la réforme fédérale. — Nécessité d'une entente avec la France; projet de voyage de Napoléon III à Berlin. — Incident de Neuchàtel; mission de Bismarck à Paris; confidences de Napoléon III. — La constitution danoise et les duchés; entretien avec Napoléon; prolongation des négociations. — Voyage en Suède.

II. — Maladie de Frédéric-Guillaume IV. Délégation provisoire au prince (îuillaume. Intrigues de Cour. Les conférences de Baden- Baden. — La régence, le ministère et l'ère nouvelle. — Incertitude de Bismarck. Sa nomination à Pétersbourg.

Bismarck à Francfort.

\. — Lf liaiU' de l'aris produisit une dolente naturelle dans l'élal nerveu-x où vivait l'Europe depuis trois ans : belligéints et neutres, peuples et gouvernements avaient un absolu )esoin de repos, de travail pacifique, de sécurité pour le lenlemain. Quelques hommes d'Etat, médecins tant-pis de la Ipolilique, hochaient la tôle avec inquiétude, relevaient des symptômes dangereux, des {)oints d'inflammation, « un malaise à envisager Tavenir », écrivait Bismarck. On les laissait seuls dans leur pessimisme, tant était grand le désir de santé générale.

Cette délente fut sensible et goûtée en Allemagne. <■ Li lemp«''ralurc |)olitique y était agréable », trouvailM.de Beusl'.

1 Beusl. Mémoires, t. I. p. IGi.

En revenant de Paris, les membres du Congi'ès étaient fôlcs à cris d'allégresse. M. de Manteutï'el séjournait quelques jours à Francfort et M. de Bismarck le recevait avec un certain faste ; le jiuiker d'antan aimait la bonne chère et n'ignorait pas l'influence qu'elle peut avoir sur les relations politiques; sa table était abondante, s'il faut en croire l'ordonnance d'un dîner qu'il donna en l'honneur d'un diplomate russe et où figuraient « plus de vingt numéros au menu et une douzaine de vins les plus rares' ». Le ministre prussien et son délégué à la Dicte prodiguèrent leurs amabilités au nouvel ambassadeur de F'rance, M. de Montessuy. Le soir, au théâtre, ils firent avec intention une longue halte dans sa loge. « Le Congrès ne mo laisse que d'agréables souvenirs, déclarait M. de ManteulTcl, et c'est grâce à l'empereur. »

La correspondance diplomatique prenait môme une touinure sentimentale, traversée par un joli roman d'amour, les fiançailles du prince Frédéric-Guillaume et de la princesse Victoria, — ils réunissaient ensemble quarante et un printemps. Bismarck n'était guère satisfait de celte idylle. «< Suites qualités personndles de la princesse, je n'ai pas d'opinion, écrivait-il à Gerlach, mais la conséquence politique ne peut être que de naturaliser chez nous l'influence anglaise et l'anglomanie, sans rien nous donner d'analogue en Angleterre. Disrat^li ne sauvera pas avec ses discours la danse de Saint-Guy de la politique anglaise. Ces gens ont perdu leur sagesse héré-

1. L'histoire impartiale a enregistré ce menu écrit en français et dont voici la composition : « Dîner le 19 mars d8a7 : Les huîtres d'Ostende. — Le potage à la bisque. — Le caviar de Russie aux plinis. — Les truffes au vin de Bourgogne. — Les turbots, sauce aux huîtres. — Les pièces de bœul de Hambourg. — Les pains de gibier à l'essence (?) — Les croustades à la financière. — Les langoustes à la rémoulade. — Les bécasses rôties. — Les pâtés de foie gras. — Les compotes. — Les gelées. — Les croquembouches à l'ananas. — Les glaces. — Le dessert. » — La liste des vins manque, et c'est grand dommage. Horsl Kohi, Bismarcks Driefe an Gerlach, p. 307. n. 1.

tlilaire depuis le reformbill'; ils ont gardé leur égoïsme brutal et passionné, lour ignorance des relations continentales*. » El comme Gerlach s'étonnait de celte ardeur anglophobe, Bismarck reprenait : « Ce que je pense du mariage anglais? Je dois séparer les deux mots pour exprimer ma pensée : le mariage peut être très bon, mais anglais il ne me plaît pas; la princesse a la réputation d'une femme de cœur et d'esprit... Si elle laisse l'Anglaise à la maison et devient Prussienne, elle sera une bénédiction pour le pays. Mais les mariages princiers donnent en général à la maison d'où vient la fiancée, influence sur l'autre...; c'est d'autant plus le cas, lorsque la patrie de la femme est plus puissante et d'un sentiqient national plus développé cfue celle du mari. Donc, si notre future reine reste en quelque manière anglaise sur le trône prussien, je vois notre Cour circonvenue d'influence anglaise, sans que nous et les divers gendres of Her Gracions Majesty obtenions quelques égards en Angleterre... Chez nous, l'influence anglaise trouvera le meilleur sol dans la slupide admiration du Michel allemand pour les Lords et les guinées, dans l'anglomanie des chambres, journaux, sportsmen, hobereaux et présidents de tribunaux. Chaque berlinois se gonfle déjà, quand unjokeij anglais de Harl ou LicJilwald lui parle et lui donne l'occasion d'écorcher thc (juceii!^ rn(jlis/t; qiic sera-ce, quand la première femme du pays sera Anglaise ' ».

Singulier prcsscnlimenl ! Sans la connaître, Bismarck devinait l'opposition que la jeune princesse ferait h ses opinions prussiennes. Prévention ln)stil«î ou incompatibilité de nature, tous deux allaient suivre pendant un tiers de siècle une voie

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