‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 143 sur 179 · Bismarck. Pensée» et Souvenir», t. I, p. fs · texte numérisé non relu

Bismarck. Pensée» et Souvenir», t. I, p. fs

avait persuadé à son roi que le rappel de Bismarck ôlait une « nécessité européenne * ».

La lâche de l'ambassadeur était moins lourde que compliquée ; elle consistait surtout h protéger les 40.000 Prussiens qui habitaient le pays contre les tracas de a pohce et de la justice russes. Il fallait être tout ensemble « avocat, commissaire de police, sous-préfet, jury d'indemnité pour tous ces gens, et correspondre en leur nom avec tous les agents de l'Empire, de la Vistule à l'OuraP ». C'était le rôle d'une machine à écrire ; il laissait l'esprit libre ; Bismarck tournait son attention vers les choses de l'extérieur et elles en valaient la peine ; les événements se précipitaient en Italie.

Le « compliment du jour de l'an ^ » que Napoléon III avait adressé avec maladresse à l'ambassadeur d'Autriche, le 1" janvier 1859, avait déterminé dans toute l'Europe une crise inévitable. Le Piémont avait pu légitimement croire à un encouragement et Cavour redoublait ses patriotiques intrigues; l'Autriche se sentait menacée et activait ses préparatifs de guerre ; l'Allemagne bouillonnait ; les paroles emphatiques du neveu avaient rappelé l'arrogance de l'oncle et ranimé toutes les colères assoupies. La Chambre bavaroise, après de violents discours contre la France, décrétait à l'unanimité et par acclamation la défense d'exporter des chevaux. A Hanovre, la Chambre sommait le gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour repousser toute agression contre l'Auti-iche. Le duc de Saxe-Gobourg « brûlait du désir », de courir à la

\. Bismarck à Wentzel, 1" juillet 1859. Bisinarckbriefe, p. 271.

2. Bismarck, à son frère, 8 mai 1859. Bismarckbriefe, p. 255.

3. « Je rcgreUe que nos relations avec votre gouvernement ne soient pas aussi bonnes que par le passé. Je vous prie de dire à l'Empereur que mes sentiments personnels pour lui ne sont pas changés. « .\llocution de Napoléon III à l'ambassadeur d'Autriche, M. de Hûbner. Le Constitutionnel, 4 janvier 1859.

frontière et réclamait une levée en masse dans la Confédéralion pour envahir la France '. « Les événements ont réveillé en Allemagne l'esprit de 1812 et 1815 », écrivait un agent anglais-. La Cour de Vienne ne négligeait rien pour attiser cette excitation générale ; la presse, en partie entre ses mains, souniait un vent de haine contre la France et pressait les Cours du Midi do prendre fait et cause pour l'Autriche.

En Prusse, spécialement, les sentiments étaient analogues*: Le parti des hobereaux, qui avait été celui de Bismarck, lurlait de colère et exigeait la guerre ; la Gazette de la Croix jetait feu et flammes et était imitée par les « élucubrations en prose et en vers » qui réclamaient le retour de rAlsaco et de la Lorraine à l'Allemagne '. Les olïiciers suivaient le mouvement par inclination naturelle et intérêt bien entendu ; Moltke déclarait tout net qu'il fallait secourir l'Autriche et écraser la I nince. Le parti libéral n'était pas emballé à un tel point : il conservait un amer souvenir de l'humiliation d'Olmûlz, et il croùtait un secret plaisir aux diilicultés de l'Autriche; il fouvait dans les revendications italiennes quelque analogie ivec les aspirations allemandes et désirait que la réforme nationale s'accomplit tout ensemble en Italie et en Allemagne; il désirait donc qu'on influât sur le gouvernement autrichien :>our accorder des concessions en Italie et rendre ainsi la j uern» inutile. Mais bient<H il se laissa emporter au vent qui -oufflait dans toute l'Allemagne : les publicistes les plus modérés proclamèrent « qu'une guerre de la Prusse contre la France était inévitable, guerre prochaine, guerre à mort...

I. Malin. •>lniry Mtmoirrs n un umun rn,„r-.ite. 30 uvril IHVJ; (Irad. A.- . l'am. 1883},' p. 287. Cpr. R. Haym. Dos Leben Max Uuncken (1871),

i. Rapport du conseil général d'Angleterre A Leipzig, t mara ttSt. 3. Bismarck à ScblciniU. 27 février 1859. CorretjHfndunc» dipltnimHpu,

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