Bismarck. Pensées et Souvenirs, t. I, p
-. Bismarck à M"« d'Amini, 17 janvier 1802; ù son fr6re, 28 janvier. B'mnarckbiiefe, p. 3i4, 320.
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rail encore obtenir un autre poste diplomatique, Paris, Londres, ou simplement Berne dont le calme verdoyant lui plaisait, ou môme Francfort qu'il reverrait avec plaisir; il désirait rester trois ou quatre années encore dans celte nouvelle résidence, puis se retirer dans ses terres, en bon hobereau, fils et |)ère de hobereaux. Il s'en ouvrit à BernslorfT dans une lettre du l'I janvier; le ministre lui répondit en lévrier que rien n'était décidé à cet égard, que lui-même pensait à la retraite, mais que tout était en suspens, soumis aux événements et aux influences du jour. En mars, le comte de Goltz, ministre plénipotentiaire à Constantino|)le était nommé au poste de Pétersbourg, mais Bismarck devait encore gérer l'ambassade pendant quelques semaines; il préparait son départ, sans savoir encore ce qu'il adviendrait de lui. Le 12 avril, annonçant son prochain retour à Boon, il prédisait l'instabilité du cabinet, la reculade probable de certains ministres, la dissension portée jusque dans le ménage royal '. Un télégramme de BemstorfT brusquait son départ. 11 précipitait son audience de départ, les 200 visites indispensables, ses emballages, les dernières chasses. Il partait de Pétei-sbourg au commencement de mai, sans savoir si on rap|)elait pour lui confier le pouvoir ou pour l'écarter encore*.
Trois années s'iHaicnl écoulées depuis son départ de Francfort. Il en avait passé la moitié on Allemagne, tantôt malade ou en congé, tantôt consulté par le roi, les ministres, son parti. II n était resté que vingt-deux mois en Hussie, mais ce court espace de temps avait exercé une influence profonde sur ses vues et moyens politiques. A PélerslK)urg, il avait
t. Bismarck à Roon, t2 avril ISùi. Loc. cil , p 331». i. Lenz. Gesvhichie liumarcJss, p. 135.
pris du recul pour mieux embrasser les choses : dans la môli'o, à Berlin ou à Francfort, il ne les avait vues que danslafumre de la lutte, comme un soldat au milieu du combat; de son cabinet au bord de la Neva, il les avait considérées de haut et de loin, comme un général, au matin, monte sur une colline pour examiner la plaine où il livrera bataille. 11 avait regardé la lutte des partis en Prusse, jugé l'impopularité des réactionnaires, les attaches profondes des progressistes; il avait compris que le combat serait rude pour mater ceux-ci. Il avait considéré l'Allemagne, suivi le mouvement unitaire, saisi la puissance du sentiment national; il était demeuré hostile à l'Autriche, comme lors de son séjour à Francfort, mais il parlait d'appuyer les ambitions de la Prusse sur une représentation du peuple allemand, ce qu'il n'aurait point fait alors. Il avait scruté l'Europe, constaté la faiblesse de rAutrichc, toisé les fautes et les défauts de Napoléon, apprécié, mais redouté l'égoïsme de l'Angleterre, détesté avec une pointe d'envie les ambitions révolutionnaires du Piémont. Il avait noué en Russie de précieuses relations; il avait compris que la neutralité bienveillante du tzar aurait sa valeur décisive au jour de la grande mêlée, et il avait tout fait pour l'assurer à son pays. Simple homme, les yeux voilés parle bandeau de l'avenir, il ne pouvait deviner 18G4, 1860, 1870. Mais politique de génie, il les avait préparés.