‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 165 sur 179 · Bismarck à Bernstorff, 28 juin 1862. Loc. cil., ji. Ijl · texte numérisé non relu

Bismarck à Bernstorff, 28 juin 1862. Loc. cil., ji. Ijl

2. Thouvenel au duc de Gramonl, 24 mai 1802. Thouvenel. Le Secret de l'Empereur, l. II, p. SOii.

MINISTRE A PARIS 51 i

<lifficile où nous nous trouvons aujourd'hui, » El Persigny lui enseigna l'hisloire, les révolutions, les chutes des rois, Louis XVI, Charles X, Louis-Philippe, lui prêcha la résisl;iii. ( . « Rappelez- vous qu'un prince ne doit jamais rendre

on épée, et que l'existence d'un peuple passe avant sa liberté; » le conjura de renvoyer la Chambre, « une fois, deux fois, trois fois », de préparer l'armée pour la lutte, de braver l'impopularité, les injures, les calomnies; moyennant quoi il fonderait la liberté véritable en Allemagne. « M. de Bismarck, ajoute M. de Persigny, parut approuver vivement cet exposé de doctrines et me serra la main avec effusion. Il me dit que je venais d'exprimer ou plutôt de dégager ses plus intimes pensées et que dès ce moment sa résolution était prise. Eln

(fet, peu de jours après, il acceptait la présidence du Conseil'. » .^ulllsante naïveté de l'ancien sous-officier î Qui espère-t-il tromjKîr par ce récit écrit en décembre 18G7, après les campagnes de Danemark et de Bohème, la solution du conflit parlementaire, la naissance de la Confédération du .Nord, et alors que les prophéties rétrospectives étaient faciles? Peut-être, après tout, croyait-il avoir formé Bismarck et avait-il songé ces prédictions, dans ce rôve qui entraîna l'Empire et les imj)érialisies du 2 décembre au 4 septembre. Bismarck n'avait point à s'enquérir auprès de Persigny de a l'état de la Prusse », ni à demander des leçons de politique aux hommes de la place Beauvau ou du quai d'Orsay; hélas, il leur en

Mirait donné.

Au cours de ses visites, Bismarck rencontra un petit vieillard, vif et pétillant, .\L Thiers*; ce n'était pas leur première enlnvue. vers \H'l'^. Iritune hobereau avait été pivsenté

1 l'tTsi^çiiy. Mrinoirrs, [t r«r ci mji\ .

i Bi.smank a sa femme. 14 juillet 1862. Briffe an $eine Braut und i.atlin, p. i»i.

o\i BISMARCK

jui chef de ropposilion. Il l'avait revu à ses derniers voyages, ol avait envie de s'entretenir encore avec l'étourdissant causeur. Mais l'ancien ministre de Louis-Philippe ne fréquentait pas dans les salons officiels et les ambassadeurs étrangers ne s'aventuraient pas à l'hôtel de la place Saint-Georges. Bismarck n'eut souci des préjugés mondains et politiques, et un soir, à la surprise générale, il entra dans le salon de M. Thiers. D'après les récils, d'ailleurs bien postérieurs, du spirituel Français, Bismarck aurait « développé le plan de sa politique future en Allemagne »; dans un second entretien, il aurait proposé à M. Thiers de le réconcilier avec l'empereur et de « refaire l'Europe » en commun', lis devaient y travailler un jour, à la douleur du grand patriote.

Ainsi Bismarck prenait contact avec tous les acteurs du drame oià il devait jouer le premier rùle.

Mais les chaleurs arrivaient, Paris se vidait, et Bismarck s'ennuyait. Il avait peu à faire, l'absence de l'empereur supprimait toute négociation. Il vivait en garçon, solitaire, dans le grand hôtel abandonné le soir, car les secrétaires d'ambassade couraient la ville où leur jeunesse trouvait à s'amuser, mais où « un bon père de famille allemand » ne rencontrait personne avec qui fréquenter. Il dînait au restaurant, en vieux célibataire, avec des étrangers de passage, des Russes, lieust, avec qui il dhia a gaiement » au Peut Moulin Bougf et s'entretint ensuite sérieusement des afîaires allemandes ; — les deux hommes se plurent et promirent d'échanger leurs opinions par correspondance ; — il passait ses soirées au Bois, à Saint-Germain, <c belle forêt, terrasse de deux verstcs

1. D'après un récit de M. Thiers, à Orléans en 1870, A Boucher. Récits de l'invasion. Orléans (1870), p. 221. L'auteur ne tenait ce récit que d'un auditeur. On doit cependant approcher ces confidences de Bismarck sur .SCS projets de celles qu'il fit, peu après, à Disraeli sur le même sujet.

i. Beust. Mémoires, t. Il, p. 2I:J.

sur la Seine, avec une vue charmante sur des forôls, des montagnes, des villes et des villages, tout blancs dans le vert, jusqu'à Paris ». Il regrettait sa femme, son ménage, ses enfants, son cheval surtout, qui lui aurait donné quelques distractions et dont il parle dans toutes ses lettres et dépêches. 11 était, en outre, inquiet de son sort et de la politique prussienne. Et aigri, chagrin, nerveux, il maudissait son lieu d'exil et en déchirait à belles dents les paisibles habitants. « Si nous restons ici, nous nous y plairons peu, écrivait-il. Le Français h un fond de formalisme, auquel nous nous habituerons difficilement; la' peur de se découvrir, le besoin de s'endimancher, la manie de poser *, tout cela rend les relations antipathiques..., et couvre beaucoup de chinoiseries, de provincialisme parisien... On dit ici : Grattez le Russe et le barbare paraîtra, mais quand on essaie de gratter la croûte du Français, on ne trouve rien '. »

Il promenait son amertume à Londres, où il visitait rapidement l'Exposition Universelle et s'amusait à regarder u les beaux chevaux et les jolis visages ». Il dînait à l'ambassade russe où il avait un long entretien avec le chef de rop|K)sition, DisraC'li. 11 lui annonçait sa prochaine arrivée au pouvoir et son d<'.sir de réorganiser l'armée « avec ou sans l'aide de la Chambre. Quand l'armée sera en étal, aurait-il ajouté, je saisirai la première occasion de déclarer la guerre à l'Au- Irichc, de dissoudre la Confédération germanique, de soumettre les moyens et petits Etals et do doiuicr à l'Allemagne une unité nationale sous la direction de la l'russc. Je suis venu ici pour dire cela aux ministres de la Reine ». DisraPli, un peu déconcerté, s'empressa de rapporter ces propos au minis-

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