‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 23 sur 179 · I. Bismarck, Pensées et Souvenirs, t. I, p · texte numérisé non relu

I. Bismarck, Pensées et Souvenirs, t. I, p

i. Gerlach, Denkwardigkeiten, tî Juin 1847, t. I. p. 121.

du royaume, avaient exposé les idées du pays sur sa propre

adminislralion. Leurs débals, propagés par la presse, avaient

eu un retentissement dans TAUemagne entière. Des orateurs,

inconnus la veille, célèbres aujourd'hui, avaient opposé aux

théories du gouvernement les idées de l'initiative privée et ils

avaient balayé les bureaucrates que leur opposait la Couronne.

Seul Boldelschwingh s'était montré à leur taille, les autres

ministres s'étaient effondrés, et il apparaissait clairement qu'un

[jour les grands libéraux les remplaceraient. Malgré les tradi-

itions de la Couronne, malgré le roi, le régime parlementaire

/s'imposait.

Bismarck le sentait confusément en rentrant à Schonhausen. à la veille de son mariage. 11 s'était donné éperd liment à la lutte des partis, avec l'intérêt passionné qu'il apporta toujours dans le combat. Il n'était plus un inconnu ; ni son caractère ni ses opinions n'avaient passé indifférents. « Je me suis fait beaucoup d'amis et beaucoup d'ennemis, mandait-il à sa fiancée, ceux-ci surtout dans la Diète et les premiers au dehors. Des gens qui ne me connaissaient pas, d'autres que je ne connaissais pas, m'accablent de prévenances, et je reçois souvent de bienveillantes pressions de mains inconnues'. » Mais ces marques d'estime ne l'illusionnaient pas sur la nature de son succès : pour son parti, la Diète avait été « une dure défaite ». Cela n'était point pour le convertir à l'opinion adverse, tout au contraire ; il était de ceux qui tirent vanité de se trouver dans la minorité ; il avait conservé quelques traits de l'étudiant germanique qui méprise le vulgaire « philistin »; il croyait tenir la bonne doctrine et y demeurait fidèle, quoiqu'elle fût en désuétude ; il ignorait qu'il l'imposerait un jour, non sans l'avoir rajeunie.

1. Bismarck à M»» de Putikamer, 8 juin 1847. Loc. cit., p. 105.

Après son mariag-e, Bismarck partit pour TUalie. Il n'y avait plus de place dans sa vie pour la politique; dans les courts billets adressés à son frère, les noms de Bodelschwingh ou d'Arnim sont remplacés par des imprécations contre le mauvais temps, des cris d'admiration sur l'excellence de la bière d'Innsbruck, des mots discrets sur sa jeune femme'. Le voyat;e fut prompt et lointain. Dans un vol de six semaines, le couple rapide visite Prague, Vienne, les lacs italiens, Chamonix, Genève, TOberland bernois et le Rhin, une vraie chevauchée à la Bismarck. Un seul incident est à noter : la rencontre du roi à Venise. Frédéric-Guillaume IV s'était montré assez froid jusqu'alors envers son audacieux champion. L'air vénitien, qui porte à une bienveillance générale, la joie de rencontrer un « vrai prussien » à l'étranger, transformèrent le monarque ; il invita Bismarck à sa table, et le reçut avec « tant de bienveillance » que, radieux, le junker conclut que le roi approuvait son attitude à la Diète'.

De retour en Allemagne, le jeune ménage s'installa à Schonhausen, et Otto reprit la vie qu'il aimait, en plein air, ù surveiller ses champs, ses forêts, ou sa digue. Cette existence monotone était interrompue par une chasse au cerf, un vo}'^agc à Berlin pour une réception royale, une visite de M"*" de Puttkamcr, dame noble, mais triste, et Bismarck se plaignait do sa belle-mère dans le style des gendres de comédie, mais j)as trop iiaut, « entre nous soit dit" », car ce grand gaillard ménageait sa femme, peut-être plus amoureux fju'aimé. Do politique, peu ou prou : la lecture de la Gazette de Ma(fdebour(j, une correspondance sur la nécessité de

1. Bismarck à son frère. 1" et 10 septembre, 7 octobre 1847. Bismarckbriefe, p. 51 ft 52.

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