‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 22 sur 179 · Séance du 7 juin 1847. Rismarck-Dépuié. p · texte numérisé non relu

Séance du 7 juin 1847. Rismarck-Dépuié. p

2. Bismarck û .M"» de Piillkainer, 18 juin 1847. Lcc. cil., p. 104.

naient pas une tournure qui lui pût convenir. Malgré la vaillance de Bodeischwingh, le gouvernement subissait une série de défaites. Le projet de budget, mal établi par le directeur général des contributions, Kiihne, fut mis en morceaux par les orateurs du parti libéral et fit place h un simple ordre du jour qui sollicitait du gouvernement un remaniement des impôts pour qu'ils pesassent davantage sur les classes élevées et riches. Les demandes d'emprunt pour la création de banques hypothécaires et la construction des chemins de fer se heurtèrent à un refus de la majorité : celle-ci déclara que la patente de février ne créait pas dans la Diète unie l'organe représentatif promis par la Couronne, et que cette Diète n'avait pas compétence pour accorder des emprunts. Enfin lorsqu'il s'agit d'élire les membres des délégations, la majorité se disloqua ; une fraction refusa de nommer un comité illégal à leurs yeux ; un groupe très important vota « sous réserve des droits de la Diète unie » {?nit Vorbehalt) ; le plus grand nombre prit part à l'élection, mais avec une mauvaise humeur marquée, et uniquement « pour éviter un conflit avec le roi ».

Frédéric-Guillaume IV était, en effet, profondément courroucé des débats à la Diète. Avec cette dose énorme d'illusion qui faisait le fond de son caractère, il avait cru sincèrement que son peuple et ses États lui seraient reconnaissants des ordonnances de février et le lui manifesteraient par une fidélité touchant à l'obéissance. Dès les débuts de l'adresse, il avait déchanté. La déclaration des droits l'avait stupéfié. Le refus des emprunts l'avait indigné. Il en exprimait sa surprise avec une spontanéité parfois naïve : les députés étaient classés en bons et mauvais sur les listes d'invitations aux bals de la Cour, et les seconds en étaient rayés ; parmi les premiers, plusieurs encore étaient mal reçus, le roi tour-

liait furieusement le dos au comte d'Aniim, il évitait Bismarck', par crainte de se compromettre en compagnie d'un j)areil casse-cou. Il ordonnait de suspendre les travaux financiers « pour jeter un seau d'eau froide à la Diète et à la Prusse ». Il déclarait à Gerlach que son parti était bien pris : « Il n'accorderait rien -. »

Cet homme changeant accorda plusieurs des réformes sollicitées par la Diète, mais avec une sécheresse d'enfant tîoudeur. Et pour bien manifester son mécontentement, il s'abstint de paraître le 26 juin à la séance de clôture de la Diète unie. M. de Bodelschwingh, toujours correct, constata non sans mélancolie que « les résultats de la Diète avaient été moins fructueux pour le pays qu'ils auraient pu l'être ». Doucement, sans colère, il menaça : « Le gouvernement saura maintenir le respect dû aux lois. » Puis, rasséréné, il termina par des paroles « de confiance envers la Providence, il'espoir qu'une bonne semence serait tombée ici dans un terrain fertile » et d'appel à l'union des Etats et des provinces '< dans l'amour profond pour la patrie, notre noble roi et sa maison ». Et chacun rentra dans sa province.

La Diète unie n'avait guère eu de résultats pratiques et immédiats : la promesse de réunira nouveau les Etats dans un délai de quatre ans, la loi sur la situation des juifs, quelques ordoiniances de seconde importance, tel en fut le modeste bilan. Ses débals paraissaiewt môme avoir creusé un fossé profond entre le roi et les députés; il était à craindre que, Frédéric-Guillaume se jetât dans la réaction. Mais la portée f morale de cette session était considérable. Pour la première ' fois, les représentants de la Prusse entière, du Rhin ù la Vistulc, s'étaient réunis à Berlin, avaient discuté sur les intérêts

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