‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 72 sur 179 · Prokesch. loc. cit.. p · texte numérisé non relu

Prokesch. loc. cit.. p

m BISMARCK

plus faible. Il soufTle un vent glacé du Nord sur notre pauvre patrie qui aiïaiblit même les gens courageux et leur fait fouler aux pieds leur passé* ».

Cependant le grand jour approchait, la foule affluait ù Erfijjt : représentants de TUnion et des princes, députés et hommes politiques, même délégués étrangers.

Le 20 mars, les rues de la petite ville retentissaient de chants et de sonneries de cloche. « La solennité de ce jour, racontent les gazettes du temps, a été ouverte par l'associai ion des chanteurs thuringiens. Le cortège, accompagné d'une foule de curieux, s'est rendu de bonne heure sur la place de la cathédrale. Il était précédé d'emblèmes et de drapeaux. Le choral a été chanté. Après la célébration de Tofflce divin, les députés se sont rendus à rhûtel du Gouvernement. » Les plus pompeuses cérémonies, ce sont les enterrements. On allait fermer le cercueil de l'Allemagne.

Dès que les députés furent entrés dans la salle des séances, M. de Radowitz prononça le discours d'ouverture au nom du conseil de l'Union. Ce fut un exposé quelque peu aigre des déceptions et des défaillances éprouvées depuis un an. L'Autriche, la Bavière, le Wurtemberg, le Luxembourg, le Limbourg et Hesse-Hombourg refusaient d'accéder à l'alliance. La situation du Holstein et du Lauenbourg ne pouvait être fixée pendant la guerre des duchés; Francfort ne répondait pas; la Saxe et le Hanovre ne voulaient pas être représentés au Parlement, et une action était intentée contre eux « devant le tribunal arbitral pour les contraindre à remplir leurs droits fédéraux. » Ainsi, avant de se constituer en Union, on était en procès. Et sur cette constatation mélancolique, Radowitz déposa le projet de constitution et l'acte additionnel.

1. Biedermann. Mein Leben undein StUck Zeitgeschichte, t. II, p. 3i-32.

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Dès celle première séance et surlout dans les réunions exlra-parlementaires se dessina le groupement des partis. Le Parlement d'Erfurl avait une physionomie très différente de l'Assemblée de Francfort * : la moitié de l'Allemagne n'y était pas représentée, la majorité des députés à la Chambre du Peuple et près de la moitié à la Chambre des Etats provenaient de Prusse; le parti démocratique n'y avait jX)inl de partisans ; la majorité appartenait au parti allemand qui siégeait à gauche et se réunissait au buffet de la gare. On y retrouvait la plupart des orateurs de Francfort, Gagern, Beckerath, Schwerin, Vincke, Simson,elc., hommes d'opinions modérées, dévoués à leurs souverains, mais tenant à l'unité de l'Allemagne et prêts à sacrifier beaucoup pour l'obtenir. Us arrivaient à Erfurt avec peu d'espoir; les échecs répétés des deux dernières années leur avaient enlevé toute illusion, mais leur patriotisme leur dictait un dernier effort. Un appui inattendu leur vint de Bodelschwingii, ancien ministre de Prusse, d'une influence considérable, qui se rallia à l'adoption en bloc de la Constitution. Celte conversion fit scandale dans le parti réactionnaire, qui la reprocha à Bodelschwingh comme unedéfeclion.

A droite, le parti du Prunelier (nom de l'hôtel où délibéraient ses membres), se déclarait hostile à la Grande Allemagne, par op()Osilion au régime parlementaire et par crainte d'amoindrir le grand État de Prusse s'il était contraint de partijgor le pouvoir avec les petits princes. Son chef, Stahl*, résumait dans ces mois sa ligne politique: « Notre mot d'ordre n'est pas État fédéral à tout prix, mois intégrité h tout prLx de la Couronne prussienne. » Il ajoutait pour préciser sou

1. Sur la constitution des partie à Erfurt, voyez biedennann. Geschiehte Deutackland't. 'i* partie, t. II. p. S et suiv. i. Professeur de droit politique ù rUnivereilé de Berlin.

système conslilulionnol : « Roi ou Parlement, voilà la question. » Le conseiller de Gerlacii, qui siégeait à côté de lui, menait campagne dans la Gazette de la Croix contre le traité du 20 mai : « Qui doit gouverner? écrivait-il. Est-ce Henri de Gagern, qui prêchait dans l'église Saint-Paul (ù Fi-ancforl), la souveraineté du peuple, ou les petits-fils du Grand Électeur? L'Aigle de Prusse doit-il être enfermé dans la cage de Gotha. » Otto de Bismarck était des leurs, mais s'il avait mômes ardeur et audace réactionnaires, il n'avait pas leur morgue et leur hauteur; M. de Persigny, qui le fréquenta à cette époque, était frappé de sa « bienveillance » et desa «considération » pour les personnes avec lesquelles il s'entretenait *. Ce fut toujours un trait de son caractère d'engager des conversations amicales avec ses adversaires, et de se moquer des commentaires qu'on en tirerait. 11 ne se mettait, alors, en fureur qu'à la vue de Radowilz, dont il se posait comme l'adversaire, « avec autant de résolution que d'insuccès - ». L'éloquence vaste et vague du grand orateur, ses raisonnements logiques en apparence et un peu creux au fond, faisaient horreur à son esprit pratique et à son rude bon sens. 11 conte danssesMémoiresun trait assez signifîcalifde l'imprécision dans laquelle vivait Radowitz : comme on parlait à Erfurt devant lui des troupes que l'Autriche avait concentrées en Bohème pour servir de contre-poids au Parlement, le général déclara sur un ton qui ne souffrait pas de réplique : « L'Autriche a, en Bohème, 28.254 hommes et 7.132 chevaux. » Or il est établi que cet effectif dépassait cent mille hommes'. Ainsi, à la veille d'une guerre, Radowitz ignorait complètement les forces de son adversaire.

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