‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 8 sur 179 · Kctidrll, loc. cit., p. Ia · texte numérisé non relu

Kctidrll, loc. cit., p. Ia

3 Ui^niarck. L<>Urc du 4 juillet 1875 au Directeur du Public Ledger.

manquaient d'élégance et de crànerie; il en conclut avec la logique de ses dix-huit ans que leurs idées enthousiastes étaient fausses et dangereuses. Deux événements l'ancrèrent dans celle opinion. Quelques jours après son arrivée à Gcittingue, les radicaux réunis en fôle à Hambach, dans le Palatinat, proclamèrent la souveraineté du peuple, la nécessité de réunir les Etats allemands en République et les gouvernements de l'Europe en Confédération. L'année suivante, le 3 avril 1833, eut lieu l'échauiïourée de Francfort, l'attaque de la grand'garde par des étudiants dont deux venaient de Gollingue. Il en eut une vive répulsion. « Il était trop bien stylé ù la prussienne pour n'être pas désagréablement impressionné par ratlcinte qu'une troupe révolutionnaire et tumultueuse portait à l'ordre établi *. »

Il quitta Gôltingue, sans grand bagage juridique, avec un certain goût pour l'économie polilique et des idées très nettes sur les devoirs des peuples, le pouvoir du gouvernement, les droits des classes dirigeantes, dont il se croyait par sa naissance. Ces opinions devaient se fortifier en lui lors de son passage A l'Université de Berlin, non par l'enseignement qu'il y reçut, mais par le monde qu'il y fréquenta.

C'est une tradition des Hohenzollerji de fonder une nouvelle Université à chacun des moments décisifs de leur histoire -. Au lendemain d'Iéna, le royaume de Prusse était dans une heure de péril comme il n'en connut guère; rien n'était plus naturel pour le souverain que d'appeler les professeurs à- son aide dans le combat suprême. « Il faut, disait Frédéric- Guillaume III, que l'Etat supplée par les forces intellectuelles aux forces physiques qu'il a perdues. » Belles paroles qui

i. Bismarck. Pensées et Souvenirs, I, p. 3.

2. Lavisse, La Fondation de l'Université' dé Berlin. 1 broch., 4876. Kôpke, Die Begrundung der koniglichen Friedrich-Wilhelms Universilul zu Berlin.

HEURES DENFAiNCE ET D'ETUDES 3»

contenaient tout un programme de gouvernement et qui furent suivies dans l'enthousiasme général. Les maîtres de la pensée, Fichle, Schleiormacher, Guillaume de Humboldt, s'activent et s'ingénient sous Tœil soupçonneux de Napoléon ; les cours s'ouvrent en 1810, et deux ans plus tard, la jeune Université est un centre de patriotisme et de propagande nationale.

Depuis lors, ILniversité n'avait cessé de s'accroître et elle avait fait de Berlin la métropole intellectuelle de l'Allemagne protestante. L'enseignement juridique était dominé par la puissante personnalité de Savigny; profond évocaleur des théories anciennes qu'il cherchait à adapter aux besoins nouveaux, Savigny était à coup sûr le premier romaniste du XIX* siècle; l'école historique du droit le lient pour un de ses fondateurs et l'inOuence qu'il a exercée sur la science juridique s'est étendue à toutes les Universités; ses deux grands ouvrages sur Xllisloirc du droit romain au moyen dç/c, et le Système du droit romain actuel ont lixé avec précision et ampleur les évolutions du vieux droit. Depuis 1810, il enseignait à Berlin avec un éclat inconnu depuis le temps de la Renaissance. Il formait à son école les professeurs de tous pays; Motley vint d'.Amériquc en partie pour l'entendre.

L'enseignement de Savigny ne plut pas {\ Bismarck; au deuxième cours, il s'en dégoûta ; peut-ôtre n'était-il pas préparé par des études sufTisantes à ces leçons très nourries et de haute érudition. Il fut j)lus assidu aux salles des autres professeurs et leurs notes constatent (ju'il était un « zélé » auditeur. Outre ses études de droit pur, il s'était inscrit à quelques cours d'économie politique, en particulier à ceux d'IIolTiiiann sur la statisti(|uo de l'I^tat prussien et la science linancièrc; lloiïniann, tout ensemble diplomate, linancier, administrateur, enseignait l'économie politique à Berlin depuis la fondation de l'Université, et ses données pratiques, sa

science tirée des faits, continuèrent pour Bismarck renseignement de Heeren.

Il travaillait j)lus qu'i\ Goltingue, néanmoins il recevait moins de ses professeurs que du milieu où il fréquentait. 11 s'était installé avec Motley et un autre camarade de Gollingue, le comte Kayserlingk, au centre de la ville, « dans un logement très confortable », au numéro 161 de la Friedrichstrasse, près de l'Université. Les matinées se passaient en tftte-ô-tôte avec un jeune docteur en droit qui le gavait consciencieusement de droit, sous toutes ses formes. Il s'agissait de regagner le temps perdu dans les kneipen de Gotlingue; il n'avait obtenu son immatriculation à Berlin que le 10 mai 1834, il lui fallait en une année se mettre en état de subir l'examen qui clôt la carrière d'étudiant : sa forte mémoire et un bon répétiteur y parvinrent.

11 ne se tua pas h la peine; il consacrait une large partie de son temps à des distractions plus calmes que celles de la Hanovera. Motley avait un abonnement dans une bibliothèque voisine, les deux amis lisaient des livres allemands et anglais, Kayserlingk les berçait de musique, de Beethoven surtout qu'ils aimaient à la passion. Le soir, les trois amis allaient parfois au théâtre, le plus souvent pour entendre les drames de Shakespeare et les auteurs français. Bismarck passait fréquemment ses soirées dans le monde.

S'il ne vivait pas avec ses parents, il était avec eux dans les meilleurs termes, et leurs relations étaient les siennes. Mais il ne fréquenta pas les salons libéraux et de pensée indépendante où sa mère se plaisait. 11 préféra les fils des fonctionnaires aristocratiques, comme Canilz, Savigny, Henri d'Arnim, qu'il connaissait depuis son temps d'école et qui se destinaient comme lui à la diplomatie ^ L'esprit qui régnait

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