Professeur hessois, partisan de l'Union allemande
reculé devant une g-ucrre dont elles ne voyaient pas le succès et l'avanUige : la France en 1840, rAulriche en 18 i9 à la veille d'assiéger Turin, T Angleterre dans la mer Noire, la Russie sur la question des réfugiés polonais.
« L'honneur prussien, conlinue-t-il, dans ma conviction, ne consiste pas en ce que la Prusse joue partout en Allemagne le rôle de don Quichotte pour soutenir la cause de célébrités parlementaires mortifiées, qui croient leur constitution locale en danger. J'attache, pour moi, l'honneur prussien à ce qu'avant toute ciiose la Prusse se garde de tout contact ignominieux avec la démocratie, à ce que la Prusse, dans les questions présentes comme en toute autre, ne permette pas qu'il se fasse rien en Allemagne sans le consentement de la Prusse, — à ce qu'enfin tout ce que la Prusse et l'Autriche, après un libre examen fait en commun, auront jugé sage et politique, soit exécuté de concert par ces deux puissances protectrices de l'Allemagne, ayant parité de droits à cet égard.
« Quelle eût donc été le but d'une intervention ? en Slesvig- Holslein, soutenir la population révoltée contre son souverain légitime ; en Hesse, protéger « des fonctionnaires et officiers qui déclarent ouvertement la guerre et refusent l'obéissance à leurs supérieurs... L'usage de nos routes militaires, nos intérêts matériels, l'intégrité de nos frontières, la sécurité de notre propre Constitution ne sont attaqués par personne. Nous ne voulons point faire de conquêtes.
a La principale question, — qui recèle la paix ou la guerre, — c'est l'organisation de rAUemagiie, le règlement des rapports entre la Prusse et l'Autriche, la situation de l'Autriche vis-à-vis des petits Étals ; elle va être réglée par l'accord des gouvernements... L'Union, — dont en dehors de cette Chambre je n'ai jamais entendu parler qu'avec une teinte de gailé, comme d'une fantaisie de jeunesse, qu'on se
rappelle avec plaisir en pensant qu'elle n'a pas eu heureusesemenl de suites fâcheuses, — cette Union est tombée avec son principal auteur et soutien, M. de Radowitz. On traite l'Autriche d'étrangère. Je reconnais en l'Autriche la représentante et l'héritière d'une antique puissance allemande, qui a souvent et glorieusement porté l'épée de l'Allemagne. »
«Une guerre contre l'Autriche, conclut l'orateur, ne pourrait donc être qu'une guerre de propagande et de principes révolutionnaires. Il est du devoir du gouvernement de l'éloigner de nous. S'il n'y parvient pas, que tous ceux qui pouvaient empocher cette guerre et qui ne l'ont pas fait, songent bien que le sang qui sera versé dans une pareille guerre restera porté à leur compte, que la malédiction du loyal soldat qui meurt pour une cause que, dans son cœur, il condamne et méprise, que cette malédiction pèse lourdement sur leur âme au jour du jugement. »
Ce discours contenait de l'audace, du mordant, de l'autorité. Certaines phrases présageaient l'homme de fer: «L'unique base d'un grand Etat, c'est l'égoïsme politique et non le goût romantique. » Mais la crânerie extérieure dissimulait mal un manque de franchise dans le fond ; en entonnant un hymne à la paix, le défenseur habituel de l'armée biaisait avec la la vérité, qui était la reculade de la Prusse devant un adversaire qu'elle avait sottement laissé grandir sans se préparer elle-même à une lutte inévitable. C'était d'une argumentation un peu grosse et lourde que parler des « orgies de la démocratie », à propos d'une politique hautement approuvée par le prince de Prusse. Bismarck s'en punit lui-môme, quinze ans après, en la reprenant à son compte.
Mais il rencontra de 1864 à 1866 une incrédulité et une hostilité qui avaient pour cause directe la défaillance d'Olmiitz. Depuis l'avènement de Frédéric-Guillaume IV, plus
spécialement depuis 1848, la Prusse avait suivi une politique qui faisait croire à sa mission allemande. En novembre 1850, le parti réactionnaire la renia toute et rendit à TAutriche sa situation prépondérante. Ce fut une rude déception pour les partisans de l'unité et un grave danger pour la Prusse ; on douta de son avenir en Allemagne. Lorsque Bismarck voulut relever la fortune de son pays, il dut lutter contre l'opinion publique; il entreprit, en 18G(>, une guerre de a principes et de propagande révolutionnaires » ; il y triompha malgré et contre les députés.
Mais en 1850 la situation politique était inverse; le gouvernement voulait l'humble paix ; le Parlement tenait à une fière attitude et l'habileté d'Otto de Bismarck-Schônhausen ne le convainquit pas. Malgré son discours, la seconde Chambre renvoya le projet d'adresse à la commission pour qu'elle le remaniât, et le lendemain, 4 décembre, les députés étaient invités à voter un texte hostile au gouvernement et qui déclarait la politique du ministère « incompatible avec l'honneur de la Prusse et dangereuse pour sa position en Allemagne ». Le projet d'adresse invitait le roi « à travailler à une organisation de la patrie commune qui répondît à la situation de la Prusse en Allemagne et en Europe... Si l'épée devait être tirée, le peuple prussien et les Chambres, en son nom, feraient volontiers, pour une pareille guerre, les plus pénibles sacrifices. » Mais, dès le début de la séance, la session parlementaire fut ajournée au 3 janvier. Le cabinet était décidé à imj)Oser sa politique ; il s'était remanié ; Ladenberg, hostile ft la soumission h l'Autriche, avait donné sa démission ; Manteuffel prenait la présidence du conseil des ministres.
Bismarck approuvait joyeusement toutes ces mesures; il se llaltait d'y avoir contribué et « remerciait le Seigneur de
n'avoir pas laissé sans bénédiction son modeste travail* ». 11 trouvait légitime de prendre quelque repos, rejoignait M"" de Bismarck et ses enfants à Reinfeld, et « y passait les fêtes de NoCl en famille, dans une vraie béatitude* »,
A la même époque, le 23 décembre, les ministres des Etats allemands se réunissaient à Dresde. Ce fut le triomphe de Schwarzenberg ; M. de Beust l'avait logé dans le même palais que Manleuffel, mais non au même étage, comme pour marquer les situations respectives ; rien qu'à les voir, au premier le prince autrichien, avec des domestiques en livrée, de la vaisselle plate et du Champagne, au second le ministre prussien avec quelques garçons de bureau et des verres d'eau ^, on comprenait lequel était le maître.
Schwarzenberg entendait bien tirer parti des conférences pour amoindrir l'autorité de la Prusse dans l'ancienne Diète* ; les royaumes lui étaient dévoués et espéraient tirer quelque bénéfice de cet amoindrissement de leur puissant rival ; les petits princes étaient découragés et fatigués ; la plupart s'abandonnaient au cours des choses. Tout alla d'abord à la volonté de l'Autriche : les commissions furent constituées de telle façon que la Prusse et ses alliés y étaient partout en minorité. Le prince de Schwarzenberg se rendit à Berlin et conquit à ses idées le souverain et ses ministres. Au commencement de janvier, il apporta un projet de réforme qui tuait rinfluence prussienne : à la place du Conseil fédéral, on créait un pouvoir exécutif où la Prusse avait sur le papier une place égale à celle de l'Autriche, en fait une situation déri-
i. Bismarck à sa femme, 7 décembre 1850. Briefe, p. 222.