‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 99 sur 179 · Voyez supra, p · texte numérisé non relu

Voyez supra, p

4. Bismarck à la seconde Chambre, Il mars 18.ïl. Ibid., p. 364 et suiv.

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ili'lails de l'adminislralion de ces deux établissements, leurs relations avec l'Elal; il les veut tout ensemble indépendants mais contrôlés, tenant, de l'initiative particulière et de la puissance de l'Etat, des qualités différentes, mais toutes nécessaires pour lui assurer un crédit incontesté. 11 avait eu de longs • ntreliens avec Hansemann, l'ancien ministre de 1848, devenu

ii'f de la Banque de Prusse, dont il reconnaissait à la tribune

l'éminente capacité financière »; peu fiimilier avecles questions de banque, il avait rapidement digéré les explications qu'on lui avait données, et s'était formé des idées personnelles qu'il ne put toujours imposer à la Chambre. — Aucun député ne se leva en faveur d'une de ses propositions, ce qui excita l'hilarité générale à son détriment. — Il voulait notamment assurer plus de stabilité à la Banque de Prusse en augmentant les pouvoirs du conseil de direction; son exposé est peu iicl, d'ailleurs, il semble désirer la formation d'un conseil de

>^ence analogue à celui de la Banque de France, mais entre les mains du gouvernement; sa conclusion est plus d'un fonctionnaire que d'un financier : il propose « de donner au gouvernement toute liberté d'action pour mettre les statuts de la Banque en harmonie avec la constitution de l'État' ».

Le l'i avril, le pur féodal réparait ; à propos de la réforme lio la procédure, il part en guerre contre l'ordonnance qui avait aboli les justices seigneuriales et vante les tribunaux du bon vieux temps. « On a représenté, dit-il, la justice patrimoniale comme je ne sais quel instrument d'arbitraire féodal, avec ciiAtiments corporels, avec juges dépendant de hobereaux tyranniques et pressurant de concert avec ceux-ci losjusliciables, qu'ils écrasaient de frais de justice. » C'est une

I r-eur, le système d'hier valait au moins celui d'aujourd'hui,

1. liiMiiiiick à la seconde Chumbri*. iO mars mi. Ibid., p. 894.

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et il ciilique verlcment Torganisalion actuelle : la nécessité pour les plaideurs de faire des voyages lointains pour défendre leurs droits, l'obligation pour les témoins de s'absenter trois ou quatre jours au temps de la moisson pour comparaître en justice, le devoir des jurés de séjourner à la ville trois ou quatre semaines et sans indemnité pour les sessions d'assises, les frais et taxes doublés et triplés, leur recouvrement avec une rigueur « dont on n'avait pas l'habitude sous le régime de la justice patrimoniale », l'arrivée de magistrats étrangers au pays, qui n'en connaissent ni les mœurs, ni le patois. L'ancien temps ne peut revenir, mais il faut « que le gouvernement cherche avec une plus grande attention les moyens par lesquels on pourrait arriver à combiner les avantages et les commodités de la justice patrimoniale avec les institutions actuelles^ ».

Les dernières paroles qu'il prononça comme député étaient de même tendance, de réaction prussienne. Un député, M. Harkort, avait publié un livre où il attaquait vivement la classe des hobereaux, le Junkerthinn ; le gouvernement avait demandé à la Chambre l'autorisation de le poursuivre; la commission s'y était montrée favorable (et en fait la Chambre vota l'autorisation), mais plusieurs membres de la gauche, entre autres M. de Vincke, avaient critiqué les conclusions du rapporteur et attaqué à ce propos le parti des hobereaux. Bismarck releva le gant, comme s'il était visé en personne : il entendait être le junker par excellence, il s'honorait, comme d'un éloge, de ce terme méprisant. Volontiers, il se serait écrié : « Et quand il sera seul, je serai celui-là. » Et en descendant de la tribune, il cria à là gauche : « Les wighs et les tories étaient aussi des dénominations qui primitivement

1. Bismarck à la seconde Chambre, 6 avril 1851. Ibid., p. 403.

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avaitnt quelque chose de méprisant... Et soyez certains, Mcssieui-s, que, de notre côté, nous saurons encore faire honorer et respecter ce nom de Jiinkerthuni^ ».

Le hasard est heureux : ce fut son dernier mot dans une asscmbK'e parlementaire avant son entrée au ministère. 11 terminait par une déclai'alion de principes la première phase de sa vie politique. Il n'avait pu jusqu'alors dépouiller le « manteau féodal » qu'il tenait de famille; la pratique des affaires, l'expérience de la vie devaient lui tailler bientôt un vêlement plus moderne, très moderne.

Depuis plus de trois mois, Bismarck avait quitté femme et enfants; il était mari et père très fervent; il rêvait jusqu'aux séances de la Chambre d'une paisible vie de famille. Etait-il sincère lorsqu'il parlait de renoncer à toute ambition, de se retirer à SchOnhausen, d'y devenir landrath et d'y vivre tranquille et sans soucis*? il n'y serait peut-être pas resté très longtemps sans remuer, mais il avait grande hâte de retrouver les biens ; il partit donc le i l avril pour la Poméranie. Son voyage ne dura que deux semaines ;'ù son retour il est nommé conseiller d'ambassade à la Diète de Francfort. Sa vie parlementaire est achevée, sa carrière diplomatique commence.

Sauf une interruption de quelques mois en 1848, Bismarck avait siégé pendant quatre années dans les assemblées législatives. Entré inconim au Landtag uni de 1847, sur le tard, la session déjà engagée, il s'y était imposé sur-le-champ par son audace, la précision de ses idées, le caractère absolu et tranchant de ses afTirmations. En 1848, il n'avait paru que pour exhaler un cri de douleur et de colère. A partir de 1849,

1. Biï^niarik k la .seconde Chambre, 8 avril 1854. Ibid.. p. 417.

i. Bistiiarck. Lettres des 31 Janvier et 29 mars 1851. BiHefe on seine Braut

und Oatltn, p. 238 el 249.

il avait pris la position d'un chef de parti, il avait combattu ce qu'il croyait le bon combat, « avec Dieu, pour son roi et sa patrie ». Son parti avait remporté la victoire, il n'en voyait pas encore les lares, il était dans l'enivrement d'un succès qu'il avait contribué à réaliser.

Pendant ces quatre années, il s'était montré l'homme qu'avait promis sa jeunesse : un indépendant, doté d'idées personnelles, d'une rare puissance d'assimilation, et en même temps un conservateur, féru de traditions et depréjug-és; passionnément royaliste, mais frondeur endiablé ; homme d'opposition par nature et de gouvernement par attachement à la royauté.

Il défend les privilèges de la Couronne, car elle soutient sa caste; il lutte contre le régime constitutionnel, qui l'amoindrira*. Il est favorable à la critique parlementaire, quand il l'exerce, mais lorsque le Parlement veut passer aux actes, il crie au sacrilège ; car seule la royauté doit gouverner, et par elle la noblesse. 11 s'oppose à la pleine émancipation des juifs, car il veut les dominer et craint de déchoir s'ils sont au môme degré que lui. 11 s'élève contre la liberté de la presse et de réunion, car c'est l'arme la plus dangereuse pour ruiner les pouvoirs de la Couronne et de la noblesse. Il proteste contre l'abolition des justices seigneuriales, car la force des seigneurs en sera diminuée. Il combat le mariage civil, qui amoindrit l'Eglise protectrice des rois et des nobles, et développe la liberté individuelle, or il tient à l'autorité. Il raille l'humanité moderne, l'idéalisme moderne, l'idéal moderne qui sont contraires au règne de la noblesse. 11 est opposé à toutes idées de progrès ou de révolution, car à leur avènement les hobereaux seront de simples citoyens et cela est inadmissible.

i. Ce passage d'après les idées fort justes de Klein-Hattingen, Bismarck und seine Welt, t. I, p. 104 et suiv. Cpr. Biuni. FUrst Bismarck und seine Welt, t. I, p. 260 et suiv.

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Il aj)|)orle les mi''ines idées dans les affaires étrangères; il tient ù la Sainte Alliance des rois contre les peuples; il ne oniprend d'union qu'avec la Russie et TAutnche, car ce sont <los monarchies d'autorité; il envie à l'Angleterre son régime commercial et industriel, il se défie de son système flolitique, il redoute son iniluencc sur la Prusse; le gouvernement parlementaire lui semble avoir fait « fiasco » avec Louis-lMiilippe; la République française lui fait horreur, comme l'Antéchrist t un moine. Il n'a guère souci de l'unité allemande : l'unité II' la Prusse lui suffit; il craint dans la formation d'un Empire illemand l'amoindrissement delà royauté prussienne; la couronne de Francfort, le drapeau aux trois couleurs, ce sont des

oripeaux révolutionnaires ». Il ne tient pas compte des vœux des |)eupleset des revendications nationales. Les années doivent être fortes autant jK)ur imposer l'ordre dans le pavs .|ue pour protéger les frontières. Le pire ennemi, c'est la Révohilioii .

En exposant ces idées, il a parfois soulevé l'hilarité de

l'Assemblée. « L'honorable député de Brandebourg, disait

>imson en 18'il, a des idées originales qui n'éclairent peut-

• Ire pas, mais tout au moins égayenl la Chambre'. » Il n'en

ivail cure, il en aurait volontiers tiré vanité. Il avait quelque

plaisir ù heurter les idées de ses adversaires, à lancer de

joyeux coups de boutoir, t\ scandaliser par ses plaisanteries

parfois un peu fortes. .Mais on ne lui en voulait pas, car il

lait lK)n garçon, d'accueil facile, aimable avec tous. Il avait

icquis une certaine popularité, même dans la rue. « Voilà les

lantaihies de Bismarck qui flambent », criait un gamin ii l'in-

eeiidie du Parlemeiil '.

i. Mni>i4in u la xu-ondc Cliiiminr. -» ii\ imt i^ol htsinarri; ifi>im'.^\ Ji4.

2. Bi.>>iiinn:k i\ sa r«>mmi*. M marb 1851. Ilriefe an seine tiraut und tialtin. p. 25t.

ll*nKii. - lUituarck. i — lU

Malgré ces excentricités, son passage à la Chambre lui a servi : il a beaucoup appris, il s'est frotté aux dilïicullés politiques, financières, commerciales. 11 a regardé et comparé; sa foi féodale a été à rude épreuve; si elle n'a pas sombré toute, au moins so transforme- t-elle. Lorsqu'il ne sera plus retenu par les liens de son parti, il rejettera toute son antiquaille, il deviendra l'homme de son siècle.

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