‹ Bismarck et son temps (volume 3)Chapitre 98 sur 179 · Metternich, Mémoires, l. VIII, p. 326, Ji06 et suiv · texte numérisé non relu

Metternich, Mémoires, l. VIII, p. 326, Ji06 et suiv

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santé et pour mieux dormir », aiïirmail-il, — « pour se distraire de la vie misérable qu'il passait toute la journée », lui répliquait la reine'. 11 fréquentait à l'ambassade d'Autriche, où Prokesch le tenait pour un ami, sans deviner les conflits qu'il aurait avec lui plus tard à Francfort. Il rendait de nombreuses visites à Manteuflel, « pour le thé et les intrigues » ; le ministre lui était reconnaissant de son intervention au lendemain d'Olmiilz, de son attitude à la Chambre, de ses entretiens avec le roi ; dans ces longues conversations, le verbe haut et le rude bon sens du hobereau frappaient le fonctionnaire un peu étriqué qu'était demeuré Manteuflel, et celui-ci pensait à un poste de confiance pour employer une telle nature. Presque chaque jour, Bismarck avait conciliabule avec quelqu'un de son parti : Wagener, le rédacteur en chef de la Gazette de la Croix ; Slahl, son maître à Erfurt, maintenant son égal; les deux frères Gerlach, alors brouillée dans leurs relations de famille, mais encore unis en politique.

Levé lot, couché tard, travaillant le jour entier, courant et discourant, il trouvait encore le temps d'écrire à sa femme des lettres toutes pleines des mille et un soucis du bon père de famille. Petites maladies d'enfants : « Mariette a-t-elle la scarlatine? Vit-elle, est-elle bien portante, pourquoi n'aijc pas de nouvelles sur ces questions je ne puis m'endormir et veille toute la nuit ; je dois finalement croire que toi aussi, mon cœur, tu es tombée malade de tension et de veilles, car serais-tu assez impitoyable pour m'écrire que l'enfant a la scarlatine et te taire ensuite pendant quatre jours ; chaque matin, je vais à la poste et toujours en vain. » — Hécits de bon mari, qui tient sa femme au courant des

1. Voyez sur la vie de Bismarck à ccUo <^po(|uc, sa correspondance avec sa femme. Brie fe an seine Uraut und Gattin, p. i^\ et suiv.

racontars de la Cour, des fiançailles du jour, de la couleur et de la forme des robes à la mode; projets d'avenir : « J'ai une idée fixe qui me poursuit partout, c'est de m'asseoir dans un vallon simple et profond, en plein été, tout près d'un ruisseau, ma tôte sur tes genoux, et de regarder le ciel bleu à travers la fumée de mon cigare et les vertes cimes des arbres, et d'être regardé par toi, et de ne faire absolument rien. Quand cela sera-t-il ? » Souvenirs du sermon entendu dans la journée, pensées pieuses de l'homme qui « boit grande quantité de Champagne glacé, rentre chez lui, fume, lit les journaux, puis le psaume III et s'endort ferme » . Quelle singulière nature, combien complexe et variée, et difficile à comprendre !

Cependant, il se dépensait à la Chambre et payait de sa personne. Les députés étaient rentrés mécontents de l'ajournement du Parlement et très désireux de le faire expier au cabinet. Mais les ministres et leurs alliés déployaient une activité intense pour effriter la majorité. L'élection du bureau à la seconde Chambre était l'occasion d'une première lutte, et la droite remportait un léger succès en écartant Simson, l'ancien président du Parlement de Francfort, d'un siège de vice-président, pour le remplacer par Geppcrt « qui ne vaut pas beaucoup mieux », ajoutait Bismarck. Et les efforts de la camarilla sont tels, qu'à la fin de la session les deux partis se balanceront, les votes parfois annulés par un partage des voix, 139 contre 139.

Otto est sans cesse sur la brèche, et il n'y a guère de discussion importante où il ne prenne la parole. En février, il intervient cinq fois dans la discussion des impôts ; il compare les sommes paj'ées par les ouvriers des villes et les cultivateurs et défend les impôts indirects en cherchant à établir qu'ils sont, en fin de compte, payés par ceux qui pos-

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'dcnl et non par les ppolélaires. A deux reprises, il soutient Ir principe de la persistance des impôts, dont il devait faire un usage rép<^té et heureux lors de son grand conflit avec la Chambre de 18(52 à 18(>6 : « Que doit-il arriver, si la loi qui prévoit la fixation du budget n'est pas votée ? La Constitution

-l parfaitement muette à cet égard ; elle ne dit nulle part

qu'en pareil cas le droit antérieur du gouvernement, le droit

' • faire des dépenses avec les fonds de l'Etal, soit aboli. » La

liambre s'indigne, le président le rappelle au respect delà

onstitution. 11 réplique durement : « Je vous remets en mémoire que le jour où nous sommes est l'anniver&aire de la Révolution française, 24 février 1848. C'est une dale qui nous rappellera toujours comment le régime parlementaire — pourvu des armes les plus puissantes et n'ayant à combattre que de bien faibles forces, — n'en a pas moins fait, aux

■ux de l'Europe, un fiasco si éclatant qu'il lui sera difficile se relever jamais de cette chute'. » Ce jugement amer

•ulevajl dans la Chambre et les journnux un toile « d'attaques ininterrompues »,

Peu de jours après il parle sur la situation des officiers : c'était un de ses sujets favoris. L'armée était vue sans faveur par le parti libéral; elle était intervenue en Prusse et dans les États voisins pour étouffer les revendications populaires; lorscjue son action eût été nécessaire, en novembre, elle s'était elle-même déclarée insuffisante par l'organe de son ministre, ' ' néral Stockhausen. Par mesure d'économie et de repré- -, le centre (iroposail quelques réductions dans le budget militaire, notamment sur la solde des généraux. Bismarck

'lève contre cette prétention. Il conteste toute compétence à

' Chambre : « Une assemblée composée de fonctionnaires

I. IViscourd k \a seconde Chambre prussienne, 24 février 1851. BUmarck rputé, p. 345 et suiv.

civils et judiciaires, de sous-préfets, de bourgmestres et de professeurs d'Université, est-elle bien en situation de porter un jugement compétent sur la meilleure organisation des cadres de la Landwehr, sur les fonderies de canon et le forage des pièces, sur les travaux de fortifications, et sur la possibilité de défendre Torgau avec ou sans Zinna* ? » Il s'empresse d'ailleurs de contredire ses paroles en exposant ses propres idées sur la formation des cadres et cette phrase résume tout son système : « L'esprit d'un corps d'oiïiciers déterminera celui d'une armée entière. » Et, attaquant de front les objections politiques, avec crânerie, il entonne, un chant de reconnaissance envers l'armée : « Nous sommes redevables au corps d'officiers de ce que la Prusse a pu être sauvée de ranarchic ; nous lui devons de pouvoir siéger dans cette Chambre et y discuter sur la réduction des traitements d'officiers. C'est là ce que nous devons à ce corps d'officiers, que ni les humihations de mars 1848, ni la campagne faite à côté des bandes de volontaires^ ni les dérisions insultantes envers son « métier », comme on l'appelait, ni la proposition Stein et la manière dont le cabinet PfueP en tint compte, — ne purent détourner du sentier plein d'épines de son devoir, et qui n'a connu pour lui d'autre devoir que d'être fidèle à son Roi et généralissime, et d'entretenir dans l'armée l'esprit qu'elle avait hérité de nos pères*. »

Le 20 mars, dans deux longs discours, il soutient et développe ses rapports sur la Banque de commerce maritime et la Banque de Prusse. Il épluche les comptes, discute les

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