Louia île Gerlach. Aufteicknungen. I. Il, p. 3S
3. Bismarck a l'empereur. 11 janvier 187i. Kaiur Wilhelm I und Bismarck ,
formes, et, poar lui adoucir l'amertume du départ, ob rmagina de lui inventer un conflit avec le prince héritier sur une question de muaées' : il était mmns pénible, disait-on, de tomber surune difileulté artistique que sur un débat religieux. Ainsi fut consommé ce que l'empereur Guillawne appelait une « eatcelroptie ' ». Le 22 janvier, M. Fallt était appelé au ministère des CuHes.
Les deux hommes représentaient deux époque» : avec sa face rasée, son regard hwinéle, son caractère étroM, M. de Milhler était de l'école classique, ronctionnaire à la mode de ManteofTel, sans envolée, mais de travail siV et <^ traditions suivies. M. F'alli, barbu, chevelu, la bouche autoritaire, l'œil dur, le sourcil fl la Bismarck, était un homme de forte poigne, sans séduction, et Roon lui donnait ce bon témoignage « qu'il était ennemi de toute frivolité^ ». Longtemps magistrat, député àla Chambre prussienne, puisauReichstag, il était depuis peu de temps délégué de la Pnisse au Bundesrath. Il avait de la droiture dans te caractère et beaucoup de sarorr juridique; mais il ne connaissait pas l'ennemi souple et délié qu'il allait combattre '; il ignorait le pouvoir d'un pape sans armée ni police, mais doué du droit de lier et déliw les âmes; il voulut réprimer les représentants de Saint-Pierre comme on chAtie de mauvais garnements qui outragent les bons gendarmes, en leur distribuant des amendes et des mois de prison. Et il se brisa contre un ennemi insaisissable. Alors Bismarck l'abandonna, en le cliai^eant généreusement de toutes les fautes commises.
i . l'Iiiliftpaon. bas Leben, Kaiui- Priedrichâ UI, p. 286. i. L'umpercur GiiHUiumc à Roon, 12 janvier 1872. Roon. DadaiillniigieiUn.l. m (i'fid.), p- 316.
3. Aoon * l'enniereur, rapport du âO janvier 1872. Loc. cit.,». 3ïù; i. Wflttener. E'UbUf. 1. Il, p. ea.
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Ces nouvelles menures avaient surexcité l'opiaion poblique ; en Prusse, comme en Bavière, les journaux des deux bords jelaîent feu el flammes : les feuilles libérales réclamaient Vécrasement de l'hydre cléricale; les gazettes catholiques, kl Germama de Berlin, la Patrie de Munieb, parlaient de l'Antéchrist, et un petit oiseau de province, le Catltoli^ue, de Kcenigsbtitte, modulfùt de doux chants sur « les juifs, les non catholiques, ces étarn^ ennemis du peuple, qui vivent et s' enric bissent de la sueur et du sang de nos mains ». Les prêtres envoyaient des mandements sans indulgence, et les premières poursuites furent engagées. Un vieux professeur de Halle, Guerickc, luthénen eiiragé, était poursuivi pour crime de lèse-majeslê, et la pluie des amendes commença, fréquente et générense.
La discussion du budget des Cultes, en janvier, fournit une excellente occasion au parti du centre de diriger de vives attaques contre le cabinet et M. Windthorst chaîna avec ma^tria. Bismarck lui répondit vivement : it reprit l'un après l'autre les derniers incidents, rappela les premières attaque» des catholiques, les « discussions lliéologiques portées sur le terrain politique, véritable calamité pour le pays », les « mesquines mesures, simples chicanes, des autorités eccléaiostiques B, et il termina par ces mots, vraies paroles d'homme d'État : « Tout dogme, même auquel nous ne croyons pas nous-mêmes, mais que professent des millions d'habitants de ce pays, doit être en tous cas sacré pour leurs concitoyens el pour le gouvernement. Mais nous ne pouvons concéder aux antoiîtés ecclésiastiques le droit permfuient — auquel dies pfétendent — d'exercer une partie du pouvoir de l'Etal ; dans la mesure où elles possèdent ce droit, nous sommes obligés de le restreindre, dans l'intérêt de la paix, afin que nous ayons place les uns à côté des autres, afin que nous puis-
sions vivre en repos les uns avec les autres, afin que nous soyons forcés aussi peu que possible de nous inquiéter de religion. Car nous n'avons pas de religion d'État'. »
Tel est le principe posé : l'indépendance de l'Étal en matière religieuse, son autorité exclusive en toutes choses de la terre, l'Église restreinte à la religion. Peu de jours après, Bismarck en demandait aux députés une première application et soutenait d'une demi-douzaine de discours son projet de loi sur les inspections des écoles. « Le gouvernement désire, disait-il, obtenir par voie législative une formule claire et sans équivoque, au moyen de laquelle il puisse luimême exercer te droit de l'État, droit résultant de la Constitution, droit sans lequel nous ne croyons pas pouvoir assurer, sous notre responsabilité, notre développement politique'. » 11 exposait les inconvénients de la surveillance exercée par les Églises sur les établissements d'instruction, la contradiction de cette surveillance religieuse avec le principe de l'État moderne, les empiétements des autorités ecclésiastiques ; mais déjà, sans qu'il s'en doutât, il faisait dévier le débat en un conflit de deux dogmes, protestant et catholique, et, reprochant à ses adversaires « leur attitude envers la dynastie impériale protestante * », il abandonnait sa théorie de l'Etat neutre ; à son insu, le vieux Prussien, Gis de Luther, reparaissait en lui . A la Chambre des députés, le succès n'était pas douteux, malgré l'opposition des conservateurs, et ta loi y fut votée par 207 voix contre 155.
A la Chambre des seigneurs, la lutte se présentait comme plus vive encore; car, si le parti du centre n'y comptait que peu de membres, les n cléricaux protestants « y étaient
i. Bismarck 6 la Chambre des dépulÉs. 30 janvier 1STS. 3. Bismarck & la Chambre des dépiilés, 9 révrierlSTÎ. 3. Bismarck â la Chambre des députés, 13 février 187!.
tizec.yGOOglf
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nombreux, et it les fallait encore ménager. Le roi de Prusse et son premier minblre ne pouvaient oublier qu'ils avaient trouvé « pendant les années de tempêtes de 4 861 à 1 866 dans la Chambre des seigneurs un appui loyal, solide, sans fin' », Us ne pouvaient traiter MM. de Kleist-Retzow, de ScnGTt- Pîlsacb, 0. de ManleufTel comme de vulgaires députés guelfes. Pourtant ces nobles seigneurs chargeaient comme des preux sus au projet gouvernemental, et la haute Assemblée, la sereine Chambre, était secouée comme par un « orage* ».
Bismarck s'efforça de rallier ces brebis égarées par deux discours un peu décousus, comme des conversations entre gens de bonne compagnie ; il y exposa les menées des catholiques polonais et l'utilité de la loi proposée ; il demanda aux conservateurs d'accepter avec soumission les projets du ministère, « carie gouvernement doit se former un jugement sur ce qu'il estime nécessaire ou non pour assurer l'existence de l'Etat dans l'avenir », les seigneurs n'ont qu'à suivre avec foi les représentants du roi ; en accusant le cabinet de « mettre sens dessus dessous l'Élat évangélique », les réactionnaires se livrent aux plus déplorables exagérations. Et toute son alimentation était plus un appel à la confiance des vieux junkers prussiens, qu'un raisonnement serré et précis'. 11 n'avait point de prétention à l'éloquence, mais au succès. Il réussit : le 8 mars, la Chambre haute ratifia le projet de loi par 126 voix contre 76.
La nouvelle politique trouvait dans ce double vote une approbation solennelle ; Bismarck et Falk la comprirent comme un encouragement et résolurent de porter à l'adver-
1. L'empereur Guillaume à Bismarck. B novembre 1872. Kaiser WilMm I und Bitmarck. p. 828.
ï. Oncken. Dos ZeitalUr du Kaisers Wilhelm. t. II. p. 451. 3. Bismarck à la Chambre des seigneurs, S et T mars 1372.
saire un coup décisif, de le frapper à la tète, d'expuher les Jésuiles. De nombreuses pétitions avaient été déposées au Eteichstag, demandant des mesures én«>gî(pie8 contre les Jésuites, chefs véritables quoique occultes de la caoïipagne cléricale. Au milieu de mai, le Beichstag en délibéra, et les débats furent passionnés : la Compaj^ie de Jésus lrouva> de vigoupeoix défenseurs parmi les membres du centre et même de rextrème-droite , ' — les protestants évangéliques défenseurs (les Jésaites, Luther protégeant Ignace de Loyola, ta jolie aatilhèae ! Le débat se clôtura par une invitation au chaneelier fédéral de préparer un projet de loi sur l'expulsion des Jésuites. M. Falk se mit immédiatement & l'œuvre,' c'était son premier travail personnel, jusqu'alors il n'avait que soutenu les projets préparés avant son arrivée au pouvoir, maintenant commençait la véritable « Falkenjagd^ ». Ministre des Cultes prussiens, délégué au Bundesrsth, il avait la tâche naturelle de rédiger le projet de loi, et s'il n'intervint pas aetivement dans les débats publics, on n'en doit pas moins considérer la loi comme son œuvre.
En deux mois, le projet était rédigé, examiné, voté : la loi du 4 juillet 1872 prononçait la dissolution de la Compagnie de Jésus et de toutes les congrégations ayant une a^mité avec elle. Les établissements devaient être fermés dans le déliû de six mois ; les membres étrangers à l'Allemagne pouvaient être expulsés du territoire impérial, et le gouvernement pouvait interdire ou imposer certains séjours aux anciens Jésuiles de nationalité allemande.
1. Gerlach, Aufieicknuttgen, t. li. p. 352. Les ëvangèlii]iiCB clëricaux tiircnl d'ailleurs rares, Icvieiix Président de Gerlach constalait avec douleur que Wagener cl Maurice ilc Blanckcnburjr s'en étaient sépares.
S. Roon ù Bismarck, 16 janvier 1873. Hoon. DenkwUrdigkeiltn, t. ilT, p. 343. — Ce mol est a double enlentt? : chasse au faucon et chasse de Falk.
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Aux débats de cette loi, B^marck ne parut point. Il invoqua sa santé pour se retirer à Varzin ; on peut supposer qu'il préparait ne p<Mnt assister en personne à des discussions dôRt les conséquences ne se pouvaient prévoir. Mais avant de partir. Il lança deux mots d'ordre, l'un par sa parole, l'autre par sa plume. U avait eu l'intention de créer une ambassade aUemiHide auprès du Vatican et d'obtenir une nonciaLure à Berlin. « Car, disail-il, je conadère comme une des causes principalies des troubles qui se produisent actueUemenl sur le terrain confessitmirel, l'exposition inexacte, — obscurcie par des passions personnelles ou des raisons pires encore, — qui a été faite à Sa Sainteté le pape sur la siluaiion des ebmeaen AUenu^neet sur les intentions des gouvernements allemaads. » Il eût voulu envoyer comme ambassadeur le cardinal de Hohenlohe', le Vatican le refusa. Le cbancelier profita de la discussion du bad^t des Alîalres étrangères pour exhaler sa rancune, et il résuma sa politique dans cette formule célèbre e»tre toutes : « Soyez sans crainte, ni de corps, ni d'esprit nous n'irons à Canossa'. »
Le tn^e jour, il ouvrait par avance la succession de Pie IX, et, dans une <âreulairc coniidentieUe sur l'élection future du pape, il critiquait fortement la tendance du Saint-Siège de s'immiscer dans le gouvernement des peuples. « Les résolutions du Concile du Vatican, disait-il, ont fait des cvêqucs les instruments du pape, les oi^anes irresponsables d'un souverain qui, en vertu de l'infaillibilité, dispose d'un pouvoir plus eooiplètement absolu qu'aucun monarque du monde'. »
1. Puis il pensa â Keudell. Kcudell. Biamarak et sa farnUùi. p. UT.
2. Blsnarck au HetcbetaK. U mai IS7i. L'empereur Henri IV était venu shninUiei k Caooseit devant le pape Grégoire VII.
3. Bismarck aux représenta nia de l'Empire, i* mai I87i. Cette circulaire fui publite. (Uns le Reieha^Anteiger du 29 décembre t874, au moment de l'alTaired'Arnim.
Quatre jours après, il parlait pour Varan ; sauf un court séjour à Berlin en septembre pour l'entrevue des trois empereurs, il y demeura jusqu'à l'hiver. Enervé par les luttes parlementaires et diplomatiques, inquiet de ce conflit sans solution, il eût voulu passer dans son « Tusoulum '» un été tranquille, absorbé par ses moissons et ses coupes forestières, distrait par la visite de quelques amis, Maurice de Blanckenburg^, Motley*. Mais les affaires le suivaient, et, à son corps défendant, il devait participer au grand combat. Les incidents se succédaient, ranimant, accroissant chaque jour la lutte des deux pensées'. Les évéques adressaient à leurs ouailles ~de furibonds mandements et se réunissaient à Fulda pour rédiger une solennelle épttre « sur la situation de l'Eglise catholique dansl'Empire allemand ». Avec le plus ardent. M*' Krementz, Bismarck entamait une correspondance peu amène. Les fonctionnaires d'ancien style manifestaient un bruyant mécontentement. Le pape adressait à' une députation allemande une allocution indignée. Les « catholiques allemands » se réunissaient à Breslau, les <( vieux catholiques » à Cologne. Les journaux rugissaient. Les amendes pleuvaient el aussi les mois de prison. A l'automne le conllit, loin de s'apaiser, allait croissant chaque jour.
La situation de Bismarck était singulière et délicate. Alors dans toute sa gloire, salué partes hourrahs enthousiastes d'un