‹ Bismarck et son tempsChapitre 131 sur 270 · Bismarck au KeiciiaUig, S nars ifi · texte numérisé non relu

Bismarck au KeiciiaUig, S nars ifi

Ui BISMARCK

indéfinie It; vole du budget militaire. Un grand nombre de députés protestèrent, non point seulement dans les groupes d'opposition, mais même dans le parti nationallibéral, contre cette prétention exorbitante. I^ commission, chargée de l'examen du projet, ne voulut accorder que trois cent soixante mille hommes, et pour une période nettement limitée. Il semblait certain que la Chambre se rallierait à cet avis : l'empereur, chef suprême àe l'armée, exprima en public et de haute £içon son mécontentement ; la discussion fut interrompue par les congés de Pâques. Un conflit se préparait-il, comme en 1861 ?

Bismarck était inquiet et vexé de cet incident ; uoe armée lorle, incontestée, rentrait dans son système de gouvernement. Il était donc résolu à soutenir les militaires dans leur demande, et déjà le parti conservateur croyait proche le retour de l'enfant prodigue, déjà Blanckenbui^ se réjouissait de ce « retour éclatant ' » . Mais le chancelier était à cette époque trop engagé dans le Kutturkampf pour se réconcilier sincèrement avec les féodaux et accepter leurs exigences. Il chercha donc ailleurs. Malade, ilne parut pointauHeichstag,

— l'habileté était peut-être pour quelque chose dans sa santé,

— mais il reçut deux délégués du parti national-libéral, MM. Lucius et Dietze. Devant eux, il fronça ses sourcils de Jupiter tonnant; il proféra des paroles graves, grandeurdela patrie, difficultés européennes, ennemis de l'Empire. « Il n'y a qu'un choix, dit-it en terminant, ou ma retraite ou la dissolution'. »

II y avait un troisième moyen de salut, un compromis. Bennigsen en eut l'idée, qui faillit le conduire au ministère : il proposa d'accepter refFeclîf demandé par le gouver-

i. LcDi. GeachidiU Biamai-eki. p. 387.

î. Bium. Doi dtttUche Reich sur Zeil Bitmaicki, p. 135.

LE KULTURKAMPF 3»

nemeol, mais pour sept années seulement, « pour la période du i" janvier 1875 jusqu'au 3idécembre 1881 n. Tous tombèrent d'accord ; ainsi fut volé le premier septennat.

A cette époque, toute l'AlIemagnË causait, écrivait, se querellait sur une aiïaire qui fut retentissante, le procès d'Amîm. Elle a passionné les contemporains, elle est indifTérenle à l'histoire, car elle n'a point eu de conséquences sur l'avenir des peuples et des empires. Elle n'a d'intérêt que pour avoir souligné un trait déjà connu du caractère de Bismarck, l'autoritarisme jaloux, et d'importance que pour avoir livré au public de nombreux documents : les adversaires se les lançaient à la tête dans i'ardeur du combat, les historiens les ramassent avec soin.

Le comte Harry d'Arnim était élégant et mondain, spirituel plus qu'intelligent, intrigant plus qu'habile : il avait les visées hautes, les capacités moindres. Diplomate de carrière, secrétaire d'ambassade un peu partout, puis ministre de la Confédération germanique auprès du Saint-Siège, il était nommé en août 1871 ministre plénipotentiaire, puis ambassadeur à Paris; il avait quarante-sept ans, un bel avenir lui était ouvert; il se voyait déjà chancelier allemand, Bismarck n'ignorait point cette ambition : en apprenant les intrigues d'Arnim, il eût volontiers répété après Péponnet : « Mais on parle tout le temps de ma mort là-dedans. » Il détesta son futur fossoyeur d'une haine qui déborde de sa tombe '.

Un an après l'arrivée d'Arnim ù Paris, Bismarck taxait son ambassadeur de « légèreté » ' ; quatre mois plus tard, il le décterait « indiscipliné ' ». Le beau comte était maladroit :

1. Prince de Bismartk. Pemées el Souvtnirt, l. Il, p. 192 etsuiv.

2. Bismarck a Gutltaume, S décembre IS72. kaUer WiUitlm I und Bismarck, p. 332.

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