I. Pro Wlhilo. Les anticédeni» du Procia Àmim
CKAPITKE K ALLEMAGNE ET FftANCE
g 1. La rançon. — Lu paix et l'opinion allemande. Bismarck et la république en France. — M, de Gabriac ; le général de Manteuffei; le comte de Saint- Vallier. — Versemenldedeux milliards. — Initiative de Manteuffel et colère du chancelier; réception de H. de Gabriac. — M. Pouyer-Quertier à Berlin ; les conventions du 13 4tctiobre 1871. L'aouiistie des prisonniers fraoçais : nouveaux incidents. — Nouveaux ambassadeurs ; ArnimetGontaul- Bîron ; visite et arrivée de l'ambassadeur français. — Les grâces. — Convention du0 d«cembrel971. — Négociations relatives au paiement anticipé : retards et contestations. Discoui's de M. Thiers. Convention du 20 juin 1B72.
S ll.LïsTisiTESOTSHois, — La convalescence française; craintes de Bismarck. — L'aiïeclMn autrichienne ; l'amitié russe. Visite prévue a Berlin de Françoia-Josepli, imprévue d'Alexandre : volte de Bismarck, — L'entrevue des trois empereurs : conversations ci altitudca. Irritation de Bimnarck. — La BoimnisBion des petits rois, — L'AUemague et l'Italie ; les intérêts communs ; la lutte contre la papauté. Visite à Berlin du prince Uumbert en 1672, du roi Victor-Emmanuel en 1873. L'amitié cl la reconnaissance. — L'union des monarchies. •>
g 111. La ubèbatios du terkitoimk. — La puissance iinaaciëre de la France; les difficultés de sa politique intérieure.— Les bavardages du comte d'Arnim. Mécontentement 4e Bismarck, — M. Thiera propose le paiement des derniers milliards. Hésitations de l'empereur. — Belfort, dernier gage exigé; substitution de Verdun. Convention du 15 mars 1873. — Chute de M, Ihiera : inquiétude de Bismarck. Notification du cliangeiiieDtdc l'i^sident. — Evacuation de Verdun.
g IV. L'alerte ok 1875, — La renaissance de la France ; mécontentement de Bismarck. Crainte d'un rapprochement franco-russe et souci d'isoler la France, Organisation de la République, Paroles de Bismarck . — Inquiétude desdiplomates étrangers. —
Combata intérieurs de l'Allemagne. Nécessité d'une diversion à l'extérieur. — Pacifisme de Guillaume 1". — L'incident des évéques français. — Les lois constitutionnelles de la France et la loi descadres. — Campagne de presse en Allemagne; paroles de combat. — Question de M, de Bûlow sur les armements et mission de M. de Radowitz à l'étersbourg. Propos de mystères et de menaces. — L'article de la Post. — Le tzar, le prince Gortschakofl et le général Le FI6. — L'opinion anglaise et le Times. — Démarches de Hohenlohe, — Les visites de M. de Schouwaloff; lord Odo Kussell. — Le tzar à Berlin : les paroles de paix; aigreur de Bismarck. Un télégramme dénaluré. — La coalition morale, — Le dépit du chancelier; son départ pour Varzîn ; ses colères posthumes. — Le pourquoi de la crise.
Les traités de paix renferment en eux-mêmes leur destin. Modérés et raisonnables, ils rétablissent entre les nations belligérantes des relations qui peuvent passer de la correction à l'amitié ; ainsi advint-il du traité de Prague, d'où sortit une féconde alliance entre l'Autriche et l' Allemagne. Arbitraires, durs, impitoyables, ils maintiennent entre les combattants de ia veille une sourde hostilité, ils engendrent un malaise qui s'étend aux États voisins, ils font payer loui'dement aux pays annexés leur patriotique fidélité ; ainsi fut-il du traité de Francfort.
• Au lendemain de ce traité, deux opinions avaient cours en Allemagne* île parti «politique», satisfait des provinces conr quises et dos milliards imposés, désirait sincèrement une paixqui permit au jeune Empire de s'oi^aniser et d'obtenir de nouvelles victoires dans le domaine industriel et commercial ; l'empereur, le prince héritier s'y ralliaient à haute voix. Lé parti militaire, tout au contraire, enivré de ses succès, redoutiiit une prompte renaissance de la France et préparait déjà de
1. Vicomte deGontaul-Biron. Mon ambasiade en Alleinagnt [1906), f. 70.
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nouveaux combats où l' « ennemi héréditaire » Fût écrasé à jamais.
Dans les premières années, tout au moins, Bismarck se contentait du résultat acquis et repoussait touteidéedeguerre nouvelle. Mais il redoutait le réveil de la France, et se préoccupait de soulever une méfiance unanime envers la grande blessée. « Il s'agit, disait-il, que la France ne soit ni assez puissante à l'intérieur, ni assez considérée à l'extérieur pour acquérir des alliés. Une république et des troubles intérieurs sont une garantie delà paix. » Tandis que l'empereur Guillaume, esprit traditjonnatiste, était favorable aux espoirs des légitimistes, le chancelier ne demandait rien d'autre que le* maintien d'une France divisée, d'une Assemblée scindée en trois partis, d'un Président contesté par les jaloux et tes méfiants. « Le mieux, déclarait-il, serait que la situation actuelle durât '. » 11 prévoyait qu'après cet état provisoire, un ordre définitif rendrait à la France sa force et son autorité.
Les relations officielles étaient rétablies entre les deux pays, lesnégociationsseprésentaientnombreuses, difficiles, pénibles. Le gouvernement français chargea M. de Gabriac, premier secrétaire à Pétersbour^, de le représenter à Berlin; c'était un esprit prudent et calme, maître de lui-même et capable d'une « longue patience » ; le gouvernement impérial accréditait à Versailles M. de Waldersee comme chargé d'affaires. Le général de ManteuHel recevait le commandement en chef de l'tumée d'occupation* ; le choix était heureux, car M. de Manleuffel était aimable, humain, et son patriotisme allemand
i. PriDce aovis de Ilohenlohe-SchillInBsfOrsl, DenkwUrdigkeiltn ';190«], t 11, p. US.
8. Eeck. Dtu Ub«n dei General-Ftldmartcliall$ Edwin von Manleuff'el (lS90).p.2i2clSuiv.
admettait le patriotisme français. Ses loi^ services au cabinetmilitaireduroi, ses brillants faits de guerre, d'impov^ tantes missions diplomatiques lui donnaient une autorité dont il était 6er et heureux, car il avmt le caract^ indépmdairt, mais il tremblait parfois lui-même de soo indépendance et passait par des alternatives d'aoditce et de timidité ' : coerageusement, il s'engageait dans une n^ociation utile et boane et reculait soudain par peur du Maître terrible et sans pitié. Auprès du quartier général allemand, M. Thiers accrédita, en qualité de commissaire extraordinaire, le comte de Saint- Vallier, esprit très Rn el souple, rompu à la langue et & la culture allemandes, et entre ces deux adversaires de bcmne foi s'établit une confiance réciproque qui facilita des relalÎMis difficiles et adoucit l'âpreté des revendications.
Le premier devoir de la République française était de payer la dette de ses désastres, le prix du sang, le wehrgeld. On l'a dit', M. de Bismarck eût désiré qu'A celte colossale opération de finances, les banquiers allemands eussent leur part, et qu'ainsi la France ne s'acquittât envers l'AIlemt^c qu'avec l'appui de l'Allemagne même, el moyennant on bonnéte courtage. Le patriotisme et Tbabileté de M. ThÎCTa déjouèrent cet habite calcul, et, le 27 juin ISTi, le travailleur français ofMt en double les deux milliards qui lui étaient (lema^dé9^ Immédiatement les premiers versements furent opérés fl la trésorerie allem«ide, les départements de la .Normandie et de la Picardie fiireiit évacués à la fin de juillet.
Cette exactitude financière frappa le bon sens de M. de Manleuffel; il comprit que la France avait retrouvé ungouve»nement et ses propres forces, et il engagea avec M. Tbiers el
1, D'après une Correspondance inidite du comte <le Sainl-ValUer.
î. Syjwa, t. m, p. j5<h
3. Jules Simon. Le Goiive'-nemtnt de M. Thiers, t. Il, p. 199.
ALLEMA.6Nlil ET FKAFiCE 3U
M. Pouyer-Quertîer, minîalre des Finances, des négocrationa pouc régulariser la ulualion économique de l'Alaace-Lorraine et penoeitre révacualion anticipée de certains terntoîre& moyennant garanlies nouvelles. U3'agis5aitlâ,a(»id'iueJdeota relatif à l'oceupaUon, mais de conventiona d'un ordre général, et le général de Manleuffels'étfùtcru en droit de les négocier, sauf à soumettre la plus importante à son chef, le chancelier impérial. El il en transmit le texte k Varna '.
Bismarck passait de trs^bes journées à l'ombre de ses chênes, loin do toute politique, entre sa femme, ses ami», et des bouteilles d'eau de Carlsbad \ A la lecture des n^ociatioas françaises» il bondit d'indignation et de courroux. Vite, l'ombre fraîche est délaissée, la* cure de Carisbad est abandonnée, il court au chemin de fer pour rejoindre Berlin, la ehaitcellerie, l'empereur, el tout en route il envoie à Manteuffiei de furieux télégrammes^. Il met pmnptentent ses coliques à son niveau de mécontentement; les garanties propoposées par legouvernentent français sont dérisoires, les négociations de ManteuEEiil sont sans valeur *. L'empereur n'est IMS à Berlm ; selon les rites antiques de ses cures, il prend les eaux de Gastein ; Bismarck se prépare à le rejoindre.
Avant son départ, se prés^iie à la chancellerie le nouvel envoyé de la France, M. de Gabriac, qui n'avait pu encore le rejoindre. Bismarck le reçut dans une heure de colèreet celte première audience eût tourné à un éclat sans le sang-froid du diplomate françms *. « Je suis venu, dit-il, du fond de la
1. Le comle de Saînt-Vallier ù M. Tliiers, 7aoùll871. Occupation e(iiWralion du tei-riloire (1903). I. E, p. 37.