‹ Bismarck et son tempsChapitre 139 sur 270 · l^rd Loriua. Diplomatie réminiscences, loe. cit., p · texte numérisé non relu

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met du foin dans nos bottes », dbait joyeusement Andrassy.

Mais, en même temps, la réunion des trois empereurs semblait préparer une entente des trois gouvernements, une triplîce destinée à dictera l'Europe les conditions delà paix, et déjà Bismarck laissait entendre que « l'entrevue devait avoir le sens d'une manifestation contre les arrière-pensées belliqueuses de la France et les velléités que pourrait avoir M. Gambetta, de profiter de la réorganisation militaire' ». Habile à se retourner, Bismarck tirait déjà parti de ce qu'il n'avait pu empêcher.

Les deux empereurs arrivèrent aux jours dits, Alexandre le Sscptembre, pour « avoir le pas' » en arrivant le premier, François-Joseph le 6 septembre, et les fêtes se succédèrent avec une splendeur rare jusqu'alors à Berlin. Entre deux réceptions ou deux repas de gala, les trois chanceliers se réunissaient et délibéraient : on a pu percer le secret de . leurs négociations, car les ministres russes se montraient abondants en confidences, et il en semble résulter que les délibérations furent assez banales, ne sortirent guère du cercle des promesses de paix". Le prince Gortschakoff, le prince OrlolT, ambassadeur de Russie ^ Paris, M. d'Oubril, son collègue à Berlin, le baron Jomini, du ministère russe des Affaires étrangères, multipliaient les promesses rassurantes pour la France, et leur Izar déclarait en personne à M. de Gontaut-Biron : a Veuillez dire à M. Thiers qu'il n'a absolument rien à redouter de ce qui s'est passé ici... La France pouvait ôtre certaine que je n'aurais participé en rien à ce

i. D'après une déclaration du comte Karolyi au vicomie de Gontaut-Biron. Mon ambattade en Alîtmagne, p. ISt.

8, BuBCh. TagebnckblaUer, l. U, p. SIKili.

3. 1 Aucun traité n'a été conclu ft cette occasion u, écrivait le prince Frëdéric-Uul lia urne le 3t octobre 1S7Ï a son cousin Charles de Roumanie.

qui pourrait 6lre tenté contre elle'. » Les AutrichieDB, tout au contraire, se montraient fort réservés envers les diplomates français et le comte Andrassy alTectait d'éviter le vicomte de Gontaut-Biron.

Il semblait, en efTet, se former une scission dans ce groupement : les Russes avaient souci de ne point- se solidariser avec l'Allemagne, ils redoutaient de donner inquiétude aux puissances étrangères, ils tenaient à manifester leur indépendance. Le comte Andrassy, souple et habile, témoignait aux Russes lesma^'ques d'une sincère réconciliation, et aux Allemands les symptômes d'une fraternelle affection. Les ministres allemands s'unissaient étroitement aux diplomates autricliicnset paraissaient en froid avec les Russes. Ainsi, au contraire de la veille, l'Autricbe semblait tenir de chaque main une de ses voisines, tout en se serrant plus amicalement contre l'Allemagne.

Bismarck fut-il mécontent de cette attitude et d'un revirement qu'il avait redouté, mais qu'il s'était efforcé d'empâcher? était-il souffrant, les nerfs malades', fatigué des réceptions et des visites ? Il ne semblait pas maître de lui-même, et rudoyait ses collaborateurs avec tant de brutalité que le plus fidèle, M. de Thile, son docile lieutenant depuis dix ans, donna sa démission; il se laissait abandonner à sa verve d'après les repas, et déclarait ô lord Russell que GortschakofT était un « vieux sot. — il me prend sur les nerfs avec sa cravate blanche et ses prétentions à l'esprit », ajoutait-il. 11 faut croire que quelques vives paroles furent échangées entre les deux chanceliers, car le prince GortschakofT disait en sou-

I. Vicomle de Gonlaut-Biron. Mon ambassade en Allemagne, p. 159. i. Blum, FUrtl Biimarck undieineZeil, l. V, p. S9. raconl« que Bismarck. était indisposé, a récit est probablement pour eicu

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riant : <r Le prince de Bismarck a une bien mauvaise santé, ses nerfs sont un peu excités. » Et l'animosité du chancelier allemand enversla Russie était telle qu'il refusait de signer, quelques mois après, une convention militaire qui liait les deux pays d'un lien d'alliance défensive'.

Les fêtes et les négociations prirent fm le 14 septembre, au départ des souverains. Huit jours après, Bismarck rentrait à Varzin, mécontent des négociations qu'il n'avait pu conduire à sa guise, et, pour te consoler, son ambassadeur à Paris, le jaloux Amim, lui parlait du « fiasco momentané » qu'avait fait la solennelle entrevue ^.

Ces malentendus n'avaient point apparu au grand public ; les fêtes de Berlin avaient marqué l'apogée de la grandeur allemande; désormais, le pôle de la politique européenne est à Berlin et toutes les petites boussoles y tournent leur aiguille. Oscar, le nouveau roi de Suède, cherchait à entretenir de cordiales relations avec l'Allemagne '. Le roi de Hollande rendait visite à l'empereur Guillaume à Ëms. La Belgique modiiiait les dispositions de sa loi pénale, sur les réclamations du gouvernement allemand '. La Suisse était entraînée, au point de vue commercial seulement, dans le sillage allemand par les travaux du tunnel du Saint-Golhard. Le prince de Roumanie faisait appel au grand chancelier, contre « l'immixtion de la Turquie », et se donnait « pour but d'implanter la civilisation allemande en Orient' », D'jm froncement de son sourcil puissant, Bismarck s'efforçait de répri-

1. L'empereur ûuillaume à Bismarck, 15 septembre 1879. Buach. Tagebuchblàtter, t. Ki, octobre 1S88.

2. Le comte d'Amim fi Bismarck, 1" octobre 1872. Procès d' Amim, p.S'J.

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