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L'Allemagne n'a point fondé seulement des colonies hors d'Europe; elle a juxtaposé à son territoire trois régions étrangères de langue, de race et de cœur. Confiant dans la supé-
1, Kùaser. Colonies aUemandea, p. 131.
!. Seule, la Nouvelle Guinée est adminialrÉe par une compagnieâ charle.
POLITIQUE D'AFFAIRES WS
riorilé de sa « culture », l'Allemand s'étonne sincèrement de la fidélité de ces annexés à leurs anciennes patries, oublieux du temps où son propre pays était morcelé, envahi, dénié, sans souvenir de ses propres et nobles efTorIs pour la renaissance de sa patrie. Et cette contradiction attriste les gens de bonne foi, qui admirent le travail puissant de l'Allemagne et délestent ses brutalités oppressives.
Dans le nord de l'Empire, les vieux habilanlâ du Schleswig sont demeurés fidèles à leur patrie danoise. Malgré les tracasséries administratives, l'instruction en langue allemande, le service militaire, les sociétés pour la « germanisation », ce coin de terre proteste contre son annexion à l'Allemagne'. Dans le traité de Prague, une clause, insérée à la demande de la France, assurait aux habitants des duchés le droit de statuer sur leur propre avenir; cet article n'a Jamais été appliqué ; s'il l'avait été, les électeurs du Schleswig du nord eussent tous réclamé le retour au Danemark, et ce scandale ne se pouvait soulever. Pour s'opposer à la rétrocession du Schleswig septentrional, qui est purement danois, on allégua le M mélange des populations' ». En 1879, une convention passée avec l'Autriche abrogea simplement la disposition du traité de 1866; l'annexion de ce petit peuple avait été décidée par l'accord de deux monarques, elle fut confirmée par le même accord, sans souci du vceu national : ainsi faisiùt-on jadis des terres allemandes. Bismarck en eut quelque malaise, et, sur le tard, déclara qu'il n'avait pas voulu cette annexion ; il ne désirait garder que le port de Kiel ; les militaires avaient étendu au Schleswig entier le glacis de la forteresse mari- ' time'.
1. Wau1trin.L« rapprocliementdano-tUlemandel la queitionda Schlesuiij. AiinaU» des Sciences Politiques, mai et juillet 1903. t. DUcours de Bitrnarck, t. II. p. 16. 3. AllocuUon a une dépulation du Schleswig-llolslein, 1" avril 1893,
A l'Est, les Polonais ne peuvent alléguer une annexion si récente et la subsistance de leur patrie originelle. Leur pailriotisme n'en demeure pas moins louchant et respectable. On a été sévère pour les fautes de l'ancinine Pologne, qu'on a rendue sans indulgence responsable de sa profH^ fin. On a invoqué la topographie, épluché les statistiques, soupesé lea t-hifTres : il n'en est pas moins vrai que 10 millions d'boiumespaiHent une même langue, vivent d'un même passé et de mêmes esp^^nces, ont la commune patrie du coeur, et sont disloqués, méprisés, opprimés. En Autriche, un régime intelligent et libéral sait les concilier à leur nouvelle patrie. Les insurrections de 1831 et de 1862 ont muiifeslé les sentiments véritables de la Polt^ne russe. A l'est de la Prusse, l'an timonie des deux races ne perd rien de son acuité'.
Il sembla que la guerre de 1870-18T1 rallierait les Polonais allemands à l'Empire, car ils se conduisirent vaillamment sur les champs français. Le Kulturkampf vint ranimer leur animosité, car le conHit des Polonais et des Prussiensélaît religieux autant que national ; Bismarck en a conservé une sourde colère jusqu'en ses vieux jours, et, contre le libéralisme de la division des cultes, le vieux lion a pouasé des rugissements qui se sont élevés des bureaux, falsificateurs polonais, au directeur, Kriitzig « un serf des Radziwill », et jusqu'à la reine Augusta, l'amie des catholiques et des étrangers* Pendant les années du KuUuritarnpf, le sentiment national des Polonais se fortifia de toute leur haine contre l'oppression religieuse ; la fermeture des églises, l'emprisonnement ou l'exil des curés furent l'occasion d'une poussée cléricale et patriotique où les prèlres intervinrent sans trére, et Bismarck constatait au Reicbstag avec colère le r6le du