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Il «tait 06 le 22 mars

Bismarck; depuis plusieurs mois, il donnait les marques cerlaines d'un départ prochain.

Entre le monarque et le ministre, les désaccords avaient été jadis fréquents. Guillaume avait désapprouvé la forme brutale du conflit parlementaire el redouté réreclion d'un échalaud révolutionnaire sous les Tîlleulscle Berlin ; il avait déploré l'isolement de la Prusse lors du Congrès des Princes en 1863 ; il avait encouragé les espérances et les revendications du prince Frédéric d'Auguslenburg ; il selaît montré hostile à la guerre avec l'Autriche, mais, l'ayant faîte, il avait regretté qu'on l'arrêtai avant d'entrerà Vieuneet sans prendre quelques territoires h l'Autriche et ft la Saxe ; il n'avait approuvé ni la forme du nouvel Empire allemand ni la novation de la monarchie prussienne ; mais, toi^ours, il avait cédé devant une volonté plus tenace el plus prévoyante que la sienne : il n'avait point eu à le regretter. En 1879, fidèle au vœu de son père qui avait recommandé l'union de la Prusse et de la Russie, il avait encore résisté aux combinaisons de Bismarck qui voulait souder les monarchies d'Autriche et d'Allemagne en une alliance si étroite qu'elle excluait la Russie ; cette fois encore, il avait cédé; entre les deux boaunes, ce fut le a dernier conflit ' »,

Désormais, Guillaume accorda à son chancelier une confiance ilUmitée, faite de résignation presque physique et de reconnaissance éclairée *. Bismarck avait soin de le tenir au courant des détails — de presque tous les détails de la politique allemande; le chancelier avait toujours accès auprès de sou maître pour l'entretenir des questions urgentes, à toute lieure, en tous lieux, môme dans la loge du théûtre royal ; el,

1 . Lenz. Gtichichle Biamai-cks. p. i09. E. Marcks. Kaiser Wtthtlm I,

i>. ;i55 el ailiv.

î.'1'rincc dp Bismarck. Peméet el Souvenin, l. II. p, 313.

TROIS EMPEREURS I^N DNK AIÏNt^E 543

jusqu'à SOS derniers jours, le vieux monarque reçut, lut, annota les mémoires, rapports el notes de son ministre auxquels it répondait d'une écriture chaque fois plus tremblée '. A côté de celte correspondance d'affaires, les deux hommes échangeaient des lettres de souvenirs ou de remereiements à chaque anniversaire des nombreuses étapes du iiouvelEmpire, et Guillaume ne manquait pas d'envoyer à son ministre pour NoCl ou le l"avril, fêl* de naissance d'Otto, quelque souvenir aymbolique : reproduction en bronze du monument du Niederwald, centaure luttant contre une bêle fauve, tableau de Wemer rappelant la-proclamation impériale & Versailles, etc. . . Le musée Bismarck à SchOnhausen regorge de ces cadeaux. Mais cette intimité n'était point sans revers; parfois, entre les deux vieillards passait la pensée d'une femme, l'impératrice Augusta.EUeavait été jadis l'adversaire résolue, éclatante de Bismarck, elle ne pouvait méconnaître les services qu'il avait rendus à la maison de Hohcnzollern, mais elle lui demeurait froidement hostile. Bismarck se plaignait de son influence ; on a cru parfois qu'il exagérait ; la publication des lettres de Guillaume 1°' ù sa femme" a révélé le souci del'empereur de consulter l'impératrice, sa déférence où se mêlaient l'affection du vieil époux, la politesse du gentilhomme, le respect d'un vieux Prussien envers Ja reine. Très femme, Augustaétailnaturellement portée & l'opposition, facile à influencer, désireuse d'agir à son tour sur la volonté d'autrui. Guillaume opposait & l'intelligence nerveuse de la reine un sens droit el pratique, mais il était parfois retourné par sa vive dialectique, il l'expérimentait alors sur Bismarck % qui Itairail l'adversaire, dis-

1. Celle correspondance dans Kaker Wil/ttim I und Bismarck, édité par ie prince Herbert.

3. NoiBoimcnt par M. Oncken. Vnaer Haldenkaiaer (Berlin. 1S97). 3. l'rince de Bismarck. Pensées tt Houvenirt. t. Il, p. 338.

loquait t'ai^umentation, l'emportait la plupart du temps au début de son ministère, et toujours à la fin.

Le mal mystérieux et tenace qui empoigna son fils à la gorge, attrista les derniers mois du vieux monarque. L'héritier du trône était menacé en son existence même ; au mois de décembre 1887, il devint certain que le prince royal était condamné. Bismarck proposa à l'empereur « d'initier le prince Guillaume aux afTairea d'État »; te vieux père de famille hésita longuement, car il redoutait de mécontenter son fds malade, mais sentait nécessaire de préparer son petit-fUs aux charges de la couronne; il engagea le jeune prince à fréquenter les ministères « pour s'y orienter' ». L'empereur lui-même s'afTaibUssaît ; en juin, il avait pris froid è, J'inaugurationdu canal des Deux Mera^; l'été entier, il s'était senti faible et point à l'aise ; en novembre, il avait semblé rétabli lors des fêtes qui accueillirent la visite du tzar à Beriïn; mais à la fin de l'hiver, il déclina lentement : tel un vieux chêne, roi de la forêt, s'incline doucement avant de tomber brusquement sur le sol.

Le 3 mars 1888, le vieil empereur fut repris des douleurs rénales dont il avait déjà souffert â plusieurs reprises ; le mal s'accrut rapidement, en même temps les forces déclinaient si promptement que les médecins perdirent toute espérance^. Le monarque expirant conservait toute sa connaissance : le 8, il s'entretint longuement avec son fidèle chancelier ; il l'autorisait à publier un ordre, signé depuis quatre mois, et qui confiait la lieutenance au prince Guillaume ; il lui recommandait de rester en fonctions auprès de ses successeurs et d'assister

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