TR0I8 EMPEREURS EN UNE ANNEE MS
son petit-fils, si celui-ci était prochainement appelé à régner. Bismarck te rassurait de ses promesses. Ce long elTort avait épuisé les dernières forces du mourant : le délire le saisit, et prenant Bismarck pour son petit-Bis, il lui recommanda encore : « 11 te faut rester toujours en bons termes avec l'empereur de Russie ; là, il n'y a pas lieu de se disputer, u Ce furent les dernières phrases d'un entretien qui s'était prolongé pendant vingt-cinq ans. Bismarck sortit, raidi contre la douleur. D'autres vinrent encore, Moltke, le prince Guillaume, et le souverain leur parlait d'alTaires, de soldats, d'alliances, avec tant de ténacité que sa fille, la grande duchesse de Bade, l'engagea à ne point s'épuiser. « Je n'ai point le temps d'être maintenant fatigué, » répliqua le roi.
Bismarck revint dans la nuit ; son maître vivait encore, mais ce n'était plus qu'un souffle. Perdu parmi les assistants, le grand ministre contemplait la Mort envahir celui qui lui avait été fidèle. Le pasteur récitait les prières des agonisants, A huit heures et demie, l'homme en son départ fixa un dernier regard sur sa compagne d'un demi-siècle ; puis il ferma les yeux 6 jamais.
Quatre heures après, Bismarck annonçait ce décès au Reichstag. « 11 ne m'appartient pas, disait-il, d'exprimer ici, de cette place officielle, les sentiments personnels dont m'a pénétré la fin de mon maître, la disparition d'au milieu de nous du premier empereur allemand. Il n'en est auUcment besoin d'ailleurs ; car les senlimenla que j'éprouve, vivent dans le cujur de chaque Allemand ; c'est pourquoi, les exprimer sereiit sans but. » Rappelant, en quelques mots, a l'héritage que le long règne de l'empereur laissait au peuple allemand », il ajouta : « Messieurs, puissent l'héroïque bravoure, le haut sentiment d'honneur national, et avant tout, l'accomplissement lo}'al, laborieux du devoir au service du pays et l'amour
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de la patrie, qui étaient incarnés dans notre défunt souverain, — être pour notre nation l'impérisBable héritage que nous a laissé l'empereur qui vient de nous quitter ! J'espèi^ de la grâce de Dieu que nous tous, qui avons à concourir aux affaires de notre-patrie, nous conserverons fidèlement, dans la guerre comme dans la paix, cet héritage d'héroïsme, de dévouement, d'application au travail, de fidélité au devoir'. » 11 s'arrêta, brisé, et s'assit. Otto, prince de Bismarck, pleurait'.
Guillaume 1", qui fit de grandes choses, et fut un grand roi, n'était pas un grand homme. Son intelligence n'était ni puissante ni pénétrante; il avait peu de prévision dans la pensée ; il s'attachait aux détails plus qu'à l'ensemble des aiîaires. Mars il avait un profond sentiment de ses devoirs et une grande application au travail ; il prenait connaissance de toutes les mesures projetées par son gouvernement, lois, décrets ou arrêtés, dans leurs moindres dispositions ; il les examinait et les critiquait avec bon sens, avec le désir de maintenir l'ordre ancien, car il portait A la passion le respect des traditions et croyait au droit divin. 11 avait l'âme d'un soldat ; il savait qu'il n'était ni le grand général, qu'acclamaient SCS adulateurs, ni le caporal, que raillaient ses détracteurs ; il s'intéressait à tous les détails de la vie militaire, la parade avait pour lui des attraits, tout comme la bataille. 11 avait ce rare mérite, de se juger exactement; il se savait incapable de gouverner sans des conseillers sûrs et forts : il choisit Roon, Moltke et Bismarck, il ne fut point jaloux de leur autorité et leur resta fidèle ; ce fut le meilleur de son génie,