Bismarck â Crispi, 9i mars ISDO
demande que de la sympathie '. » Il allait enfin au Château, pour SOD audience d'adieu, cérémonie désagréable, entretien correct, mais pénible de deux combattants signant une paix toute d'apparence. Bien autre fut la visite qu'il rendit à son vieux, à soi) seul maître. Le 28 mars au soir, un simple cabriolet s'arrêtait devant le Mausolée des rois, à Charlottenbourg, et un homme de haute taille en descendait; il se promenait silencieusement dans les allées du jardin, tenant à la main quelques roses '; à pas lents, il montait au tombeau du grand empereur, et posait doucement les fleurs sur la pierre, la main tendue comme pour une dernière étreinte. Longtemps il resta, le regard lointain, la pensée perdue dans d'anciens souvenirs. C'était l'adieu de Bismarck ô Guillaume.
Le lendemain, 29 mars 1890, il quitta Berlin. La ville, qui avait constamment voté contre lui, mais dont il était la joie et la gloire, lui fit un cortège pareil ft une apothéose. Dans les rues et à la gare de Lehrte, une foule se pressiût, aux rangs serrés, aux acclamations entliousiastes comme jamais roi n'en eut à Berlin au retour d'une victoire'. Le grand sceptique, malgré toute son ironie, en marqua quelque émotion. Sur le quai se massaient tous les dignitaires, les ministres et les ambassadeurs, les généraux et les conseillers royaux, en ce désordre pittoresque qu'on voit aux enterrements. H prit place avec la princesse dans son wagon, ayant pour chacun un mot affectueux ou jovial. A cinq heures quarante, le train s'ébranla et disparut. Et, deux heures après, arrivait à Friedrischsruh un vieux gentilhomme campagnard. Hier encore, il était tout en Allemagne; aujourd'hui, il n'était rien, . — mais il restait Bismarck.