CHAPITRE XVm BISMARCK
A la fin de quelques drames antiques, les acteurs paraissaient au fond de la scène, déjà loin de la vie, comme transfigurés par l'approche de l'au-delà; une dernière fois, ils disaient les passions qui les avaient agités, les exploits dont ils s'étaient rendus les héros, les heurs et malheurs qu'ils avaient traversés ; puis leurs ombres s'évanouissaient dans la nuit du passé
Ainsi, après des années de travail et de réflexion, un étudiant revoit en sa pensée les acteurs du grand drame qui bouleversa l'Europe au milieu du xix° siècle : en France, Napoléon III, le front haut, le regard vague, l'allure d'un joueur emporté par sa fortune ou sa déveine, M. Thiers, le bon sens poussé jusqu'au génie parl'intelligenceetle patriotisme, Gambetta, qui incaraa la République et la Défense nationale ; en Italie, Victor-Emmanuel, l'œil roué et bonhomme, la volonté souple et tenace, appuyé sur Cavour, le génie de son pays, fort de sa finesse, de son intelligence pénétrante, de sa foi patriotique ; à Rome, Pie IX, enthousiaste et changeant, apôtre têtu et maladroit, l'homme des bonnes intentions et des mauvais résultats ; en Autriche,
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François-Joscpb, élégant et mélancolique, regardant avec douceur décroilre son pays et croître ses voisins ; en Allemagne, Guillaume, laborieux, digne, aimable el réservé, Roon, front volontaire et pensée tendue à son dessein, Moltke, lèvres closes, regard fixe ; et, lea dominant tous de sa haute taille comme de son implacable génie, Bismarck.
Toulen lui respirait la force : stature d'athlète, muscles saillants, visage aux lignes toumientécs, sourcils énormes, regard pénétrant, c'était la puissance physique qui frappait à son approche. Il en avait quelque Herté, et se complaisait au récit de SCS exploita, car il aimait la vigueur matérielle et dédaignait la faiblesse comme une humiliation. La force, symbole de la virilité, devenait pour lui la première vertu des hommes, et un Allemand a caractérisé sa manière par ces mots qui s'attachent âiui comme une tunique deNessus : I' La force prime le droit. » Mais sa force n'était brute ni fruste; elle était servie par une intelligence souple et déliée, un flair subtil, une rare prévision du lendemain.
Ses passions étaient puissantes et il les voulait telles ; de toutes, la haine était la plus forte, non qu'il fût incapable d'aimer, car il chérit sa femme, ses enfants, son roi d'un amour profond et inaltérable; mais ses haines étaient plus nombreuses, et il les cultivait comme des vertus. Il ne chet^ chait pointa plaire, il aimait la solitude ; il eut beaucoup d'admirateurs, quelques adorateurs, peu d'amis. Sa puissance de travail, qui était énorme, se doublait dans l'isolement ; c'est dans le silence de la nuit, seul avec ses réflexions, qu'il forgea ses meilleures combinaisons. S'il parlait beaucoup à son foyer, il n'eut point de confident ; ses collaborateurs les plus proches ne pénétraient pointjusqu'au fond de sa pensée. Sauf Roon, il n'eut point d'intime parmi les ministres ni les généraux. Il se garda de créer son parti aux assemblées, car il ne
voulait s'inféoder à aucun ; il préférait gouverner par combinaisons et compromis, au gré des besoins politiques et de ses idées personnelles. Son autorité était exclusive.
Il availTimagination abondante et tenace; elle lui dictait, sur chaque question politique, des pensées et des raisons nombreuses, parfois contradictoires, qui s'emmagasinaient et s' enchevêtraient dans son puissant cerveau, y demeuraient pendant des années pour ressortir â l'heure voulue ; ses desseins étaient faits dépensées très anciennes, longuement germées, lentement écloses, et d'idées instantanées, soudaines, nées des événements quotidiens. Mais cette imagination n'était point la « fotle du logis », c'en était la raison ; en lui rien d'un rêveur ; ses pensées n'étaient point nuageuses, fondées sur de lointains espoirs et de vagues spéculations; elles étaient toujours pratiques, tirées de la réalité des choses, des besoins du jour, des possibilités actuelles ; il avait horreur des théories et ne se souciait que de la vie pratique. D changeait d'opinion quand tes choses changeaient dans son pays ; il tenait pour absurde l'homme d État qui ne varie pas, car il jugeait qu'en politique il n^y a de toi que du succès et sériait des doctrines professorales. Il confessait ses variations cl ses projets avec une crâne sérénité et une joyeuse ironie : il se plaisait à annoncer ses desseins, qui semblaient paradoxes, avec une brutale franchise qui tranchait sur lemystère habituel des secrets d'État, et lui permettait de mieux dissimuler pariie de ses intentions.
Il rencontrait souventdesintérëts contraires et des espoirs opposés : il cherchait à les concilier, en contentant chacun pour partie, en traçant ce qu'il appelait la « directive des forces contraires » ; personne n'était complètement satisfait, mais nul mécontent sur tous points, et il engageait chacun à se consoler de ses déceptions en n'envisageant que ses
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succès. Il plaçait haut son idéal; accroître sans cesse la force de la Prusse et de la maison de Hohenzollern, te) était son but, car il était avant tout Prussien, et ne devint Allemand qu'en faisant l'Allemagne ; mais il se garda de heurter le mouvement germanique, il l'utilisa en conciliant ces deux passions ancrées aux coeurs allemands, l'attachement à la petite patrie, l'amour du grand empire.
Depuis 1813, l'unité germanique était en formation ; depuis 1848, elle était certaine. L'invasion et l'oppression de Napoléon avaient révélé aux Allemands la nécessité d'une union qui Ri leur force et un sentiment de fraternité dont ils ignoraîentrintensilé. La campagne de France les unit par de communes luttes et de mêmes gloires, et les traités de Vienne par une égale déception. Pendant vingt-cinq années, l'Allemagne demeura écrasée, immobile ; Heine la disait endormie ; elle se recueillait et prenait des forces. L'alerte delSiO la secoua par la crainte d'une nouvelle invasion ; désormais, elle ne s'assoupit plus, et en 18i8, au premier bruit de révolution, la nation germanique se dressa en colère, remuée jusqu'en ses entrailles. 1848 fut la première des trois grandes années de l'Allemagne moderne, la plus féconde peut-être, car elle préparaet rendit possible 1866 et 1870. Les rois prirent peur et plièrent devant les peuples, pour quelques mois ; ils profitèrent des maladresses de politiciens inexpérimentés et se redressèrent brusquement ; le grand mouvement échoua par manque d'hommes, abondance d'idées et contradiction d'intérêts ; mais, malgré la réaction de 1850, l'élan national demeurait en suspens, comme immanent, prêt à s'assouplir en force disciplinée ou à surgir en révolution ; la renaissance de l'Allemagne était dès lors fatale, conforme à cette poussée des nationalités, qui transforma la carte de l'Europe en un demi'
siècle ; mais la forme du nouvel empire, son étendue, son espril, loul demeurait incertain.
Bismarck alors parut. Jusqu'en !862, il était resté on dehors de la seène politique, en préparation. Sa jeunesse avait été celle de tous les hobereaux de son temps : l'éducation sans ampleur dans des maisons aristocratiques, les années exubérantes d'Université, l'apprentissage delà carrière administrative, et l'exil volontaire dans un lointain domaine ; à ce régime hcaucoup s'endormirent ; son intellig:ence en fermentation Tarracha au sommeil. En 1847, il débute dans la vie publique, empêtré encore de tous les préjugés de sa naissance et de son éducation ; ft la Diète unie, il donne l'impression d'un hurluberlu viiçoureux, mais ridicule. 11 ne comprend point le mouvement de 1848, il n'y voit qu'une émeute républicaine, une menace pour la dynastie des HohenzoUern qu'il aime, les junkers dont il est, la Prusse sa seule patrie ; il se démène pour combattre l'Assemblée de Berlin, qui veut la liberté |)Olitique, et l'Assemblée de Francfort, qui réclame la Grande Allemagne ; il fait de la réaction un devoir, et quand la réaction triomphe, il manifeste avec éclat une joie féroce et un prussianisme étroit: ces manifestations sont le début de sa fortune.
Il est envoyé pourreprésenler la Prusse à Francfort, parce qu'il a loué la politique d'Olmtltz et posé le retour à la vieille Confédération comme un acte de soumission ft Tordre établi par Dieu. Et, après trois mois de travail à la Dicte, il e-st retourné de colère et d'humihation. Ce qui lui avait échappé dans la lutte des partis à Berlin, la situation secondaire de sa patrie en Allemagne, le choque à Francfort comme un outrage personnel : le roi de Prusse seul maître en son royaume, cède place ici à l'empereur d'Autriche, et cela parait inadmissible à Bismarck. Il entre immédiatement en conflit avec le délégué
de V'ienne, et celte lutte se perpétue pendant tout son séjour fi Fraiicforl, quelle que soit la personne de son, adversaire, cap il n'en veut pas à l'homme, mais au pays que l'Autrichien l'epi'ésentc et qui doit plier devant le sien.
Francfort est un bon belvédère pour contempler l'Allemagne ; Bismarck a la vue perçante et ne manque rien du spectacle : les petitesses de son propre parti à Berlin, les tergiversations du roi et des ministres, les intrigues des petites cours, la force factice et la faiblesse réelle de l'Autriche, le mouvement national en Allemagne, prêt à se donner à qui le conduira. Sa vue dépasse les frontières de la Confédération, il voit en Napoléon un appui et une dupe possible, dans l'Angleterre une indifférente, dans la Russie une puissance fruste mais ' solide ; il combine des alliances, sans souci désormais des grands principes, car il s'est dégagé de ses préventions de caste et de parti ; dès lors, il ne croit plus qu'à la politique des réalités.
Les temps ont changé en Prusse : Guillaume I'^' essaie de la voie libérale, et, Bismarck, qu'on croit encore un fanatique de réaction, est exilé à Pétcrsboui^; trois ans II y reste à réfléchir, à nouer en Russie des relations qui lui serviront trente années, à scruter les revirements de son roi. Jja Prusse est en crise : Guillaume, tôt lassé de l'ère nouvelle, revient au gouvernement de correction paternelle, mais les députés ont pris goût àla liberté et se regimbent ; le royaume est profondément troublé, coupé en deux morceaux, la couronne d'une pari, et tout ce qui en dépend, la Chambre, d'autre part, et tous ceux qui la nomment.
Alors que l'Allemagne veut l'unité, la Prusse va àla divi> sion; les ministressont uses, sans autorité, en désird'un chef. On faitappel à Bismarck, comme à l'hommedu fouet; il refuse d'abord, car il veut tout ou rien, et le roi redoute de s'aban-
donner à lui ; il part pour Paris, mais sur un cri désespéré de Roon, il revient, la tète haule, audacieux, prêt à tout.
Ses premiers actes semblent des défîs, car iU choquent tous les principes reçus, toutes les traditions respectées, et paraissent mener la dynastie à l'échafaud. Il annonce qu'il va gouverner sans budget et contre l'Autriche, et ses déclarations ont une telle crânerie, tant d'audace, que les uns le disent Tou et les autres le croient ivre. Mais son plan eal précis et sa volonté persévérante : dans le royaume, il veut une monarchie incontestée, uneChambre prête aux concessions, une armée puissante. En Allemagne, il prévoit une lutte nécessaire avec la maison d'Autriche, pour décider de la suprématie et permettre le renouveau de la patrie ; il ne cherche point ses alliances dans la Confédération, car le jeune empire ne pourra naître, fort et un, qu'au profil d'un seul roi et au détriment des autres princes; ceux-ci seront les adversaires naturels du monarque qui forgera la nouvelle Allemagne ; ainsi éloigne-l-il son souverain du Congrès que préside l'empereur d'Autriche; le roi de Prusse ne serait qu'à la seconde place et ce serait la répétition de la vieille Dièlc. Hors dos frontières allemandes, Bismarck cherche à neutraliser les voisins jaloux, pour restreindre le combat; il profite de l'isolement de la Russie pour conclure une alliance qui profitera un peu à l'empire des tzars et beaucoup à la Prusse; il flatte Napoléon et lui fait illusion.
Dans l'alTaire des duchés, il n'a souci des intérêts ni des populations, ni du prince d'Augustenbui^, ni derAlleraagne : il ne se prooccupe que de la Prusse, qui doit annexer ces terres du Nord. Il se rapproche de l'Autriche, pour la lier subtilement à son propre jeu; il la conduit en guerre, pour mater sans danger le Danemark et expérimenter la force de ses armées. A la veille de la grande guerre, il perçoit encore
quelque inégalilc dans le combat, il tei^verse à Gasteïn pour chercher à l'étranger un nouvel appui et lier l'ambition de l'Italie à la sienne. Alors tout est prêt; l'armée est forte; l'Italie complice, la Russie alliée, la France jouée ; et, à la volonté de cet homme, toute l'Allemagne se rue dans un combat de frères.
La force lentement préparée l'a emporté ; mais ses chefs veulent un butin sans limite ; pour restreindre la part de la victoire, Bismarck lutte contre son roi et impose sa sagesse; il écrase les faibles, mais il ménage les forts : ô ceux-lft il prend leurs territoires, à ceux-ci, il offre ou impose son alliance ; et c'est le plus grand trait de son génie, car la Prusse assimilera les nouvelles provinces et se réconciliera avec les vaincus généreusement traités.
Pendant quatre années, Bismarck surveille la patrie germanique en formation ; la fusion est trop lente à son gré, car les royaumes du Sud sont rebelles à l'unité et chaque année ils s'incrustent davantage dans leur particularisme hostile à la Prusse ; pour leur insuffler l'enthousiasme de la grande patrie, pour les entraîner dans le sillon delà Prusse, il faut une guerre à l'étranger, qui unisse tous ces peuples divers dans une même crainte, de mômes souffrances, une môme gloire, et en fasse une seule nation. Cette guerre parait fatale; Napoléon ysera logiquement amené par ses conseillers intimes, par «es ambitions nuageuses, et le combat résulte du conflit de deux races, d'une lutte pour la suprématie en Europe qui remonte à quatre siècles, La bataille est prochaine, déjà l'adversaire prépare ses alliances à Rome et à Vienne. Bismarck désire ce combat, mais il le veut à son heure, provoqué par l'étranger, et ille fait sur^r fi son idée, d'une question subalterne oîi l'adversaire s'est enferré.
Une fois encore l'armée longuement exercée a vaincu. Dans l'enthousiasme des grandes victoires, l'Allemagne a retrouvé
son unité; mais violent encore est le choc des intérêts opposés: pour satisfaire les vieux Prussiens, les patriotes unitaires et les Bavarois particularistcs, pourconcilier les j unkers férus de réaction, et les gens de Gottia, épris de liberté, pour forger uii empire tout ensemble d'autorité et de régime parlementaire, pour contenter le roi et son fils, les princes et les peuples, — Bismarck peine pendant quatre mois, empruntant la formeau passé et les idées au temps présent, ne s'inféodant à nul parti, mélangeant le droit divin et le droit des peuples, donnant et refusant h tous. Et, le 18 janvier 1871, il a dressé de sa poigne puissante l'Empire allemand dans le château français.
Paris a succombé ; les généraux veulent écraser à jamais l'adversaire, Bismai'ck les suit, et c'est sa faute, car il a oublié la force de la modération et méconnu l'élasticité de la France; le premier acte du peuple allemand, reformé en patrie, est d'arraclier à leur pairie les Alsaciens et les Lorrains attachés à la France par un lien de sang et d^amour ; on a préparé entre deux nations un avenir de ressentiment et de méfiance; d'un traité de paix, on a fait un acte de haine.
L'Allemagne est une, et, pendant vingt ans encore, Bismarck travaille constamment, avec persévérance, avec génie à son développement intérieur, à sa puissance extérieure. Dans la jeune nation, un dissentiment s'est formé, né de mécontentements accumulés et du combat de deux esprits, la pensée modernp, indépendante et toujours en recherche, l'idée cléricale, dévouée à l'autorité pontificale ; dans ce conflit, Bismarck voit une menace pour l'unité nationale et un danger d'ingérence romaine; avec l'ardeur de sa nature énergique, il fonce au combat, pour défendre l'œuvre qu'il considère comme sienne, il se lance dans le Kulturkampf. Mais bientôt il perçoit les dangers de la bataille et même de la victoire ; la coupure du peuple allemand en deux tronçons, le
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triomphe des libéraux, partisans des libertés j>arlcinentaires. Décourage, il pense ô la retraite, à laquelle le vieil empereur oppose un délinitir : « Jamais. <> Et, dès qu'un pape souple et conciliant a succédé à l'intraitable Pie IX, Bismarck- prend doucement, sinon la route de Canossa, du moins la voie des concessions.
Cependant, ta jeune nation est pleine d'ardeur au travail : l'agriculture, Tindustrie, le commerce, tour à tour en crise et reprise, demandent une direction et une protection ; le chancelier intervient au gré des besoins journaliers, en homme d'affaires sans souci des théories d'école, au mieux des intérêts actuels. Vers 1 879, il voit les cultivateurs découragés, les industriels en malaise : il ferme les barrières de douanes, il prend les chemins de fersous sa direction, il développe le commerce extérieur par des subventions et par la création de colonies où il est entraîné presque à son insu. Et, pour combattre le socialisme à armes égales, il oi^nise un ensemble de mesures destinées à proléger l'ouvrier contre les heures de peine et de misère ; ces lois du travail ne lui sont pas dictées par un amour fraternel, par « humanité » ; elles sont destinées à satisfaire des beiioins et des politiques, à ralliera la dynastie les nouvelles couches, à opposer l'empire protecteur à son pire ennemi, la démocratie ; et elles ont pour corollaire naturel une lutte à outrance contre les députés socialistes qui prétendent que le peuple doit faire lui-même son bonheur.
A l'extérieur, Bismarck est devenu le grand juge des démêlés entre nations; en ISTS, il préside !e Congrès européen, où il se dit « honnête courtier u, où ï! se sait arbitre sans appel. Avec un art persévérant, il a groupé autour de l'Allemagne toutes les monarchies de l'Europe : il a tiré bénéfice de sa modération en 1866, il a fait de l'Autriche la satelbte du jeune empire et doucement l'a i-epoussée vers
a maintenu le lien de 1863 avec la Russie, — née qui a permis trois guerres et toute son
et, tout en rechignant, la cour russe renoupacte jusqu'au départ du « grand magicien s; Italie à son action et réconcilié deux adversaires ;re ses amis dans la Triplice ; U a « presque » gleterre, amadoué l'Espagne, plu aux États-Unis, i Japon, entraîné les peUts. Seule, lui résiste la crasée récalcitrante.
871, tout l'efTort de sa politique est d'isoler cette ■testée, d'empêcher qu'elle ne trouve quelque appui car Bismarck est haiilé par le « cauchemar des coaluelques-uns dans son entourage pensent en 1875 e le combat sur les Vosges pour rendre défmitif it de la France : il sonde l'opinion européenne, danger de quelque intervention et recule avec
colère. Il voit avec satisfaction son adversaire dans la politique coloniale, où s'absorbera son Ji^e ; mais il contemple avec crainte le renouveau
et il perçoit avec dépit son amitié avec la Rus-
intervenir, mais il est brutal ; sa force a perdu sa son geste est maladroit, car il rapproche ceux qu'il rer ; et ses menaces liAtent l'alliance franco-russe, i est vieux; autour de lui, tout est changé ; disbien-aimé maitre Guillaume, et son adversaire, le npereur Frédéric, et ses compagnons de travail et Un jeune monarque veut gouverner en maître, >uveltes idées et de nouveaux hommes; dans sa lontaire et hautaine, Bismarck n'a point perçu leunissait, sauf Lui. Entre le chancelier vieilli et le ?rain, c'est la lutte pour l'autorité ; le conflit éclate Lestions, les lois sociales où Guillaume II comprend
cette humanité qu'exècre l'homme de fer, la politique étrangère où l'empereur veut une action droite et une, à l'opposé de cet équilibre ingénieux et presque paradoxal où se complaisait Bismarck. Courte est la bataille; et le Prince tombe brusquement, comme un grand chêne foudroyé.
Qu'importent les criailleries de ses dernières années, elles ne modifient point le travail de sa vie.
Cet homme était fort ; son oeuvre est de son style. Pour en percevoir l'ampleur, il faut comparer la Prusse de 1862 et l'Allemagne de 1890 : le royaume morcelé en deux tronçons, divisé en lui-même par la lutte des partis, mûr pour la révolution, d'un rang secondaire dans la Confédération germanique, admis avec dédain au Congrès de Paris, — et l'empire en pleine puissance, le groupement de tous les États allemands autour de la Prusse agrandie, les pactes d'assurances contractés, alors, avec trois voisins, l'essor prodigieux de TAIlemagne moderne dans tous les domaines. Certes, un seul homme n'a point créé tout cela ; la persévérance du mouvement national, le long travail des hommes d'État de la Prusse, les lois obscures et mystérieuses qu'on appelle le destin, ont fait l'unité allemande que les généraux prussiens ont scellée sur les champs de bataille. Mais le génie subtil et puissant de Bismarck a su profiter de ces forces, dominer les querelles mesquines, trouver un compromis des intérêts contradictoires et des espérances opposées, et imposer sa marque à l'œuvre commune : ce fut un grand homme au service d'un grand mouvement. Et qu'on le compare à Richelieu ou à Frédéric, à Napoléon ou à Cavour, il égale les plus grands parmi les fondateurs d'empire.
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L'ouvrage de Bismarck a prouvé sa puissance parsa durée ; il aura la vie des grands empires, quelques siècles, poussière de l'éternité. Mais l'homme de poigne dure n'a voulu au beau mouvement unitaire de l'Allemagne qu'une solution d'autorité, issue de trois guerres, sans souci des plaintes des peuples annexés ; son œuvre est née par la force et a vécu par la force. Lui-même l'a dit : elle était « de fer et de sang ».
Versailles. 18B». — Paria, 1907.
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