Abcken. Ein sMichles Leben, p. SIS
Ce fut une grande iniquité. Les habitante de Strasbourg et de Metz étaient Français de cœur comme étaient Prussiens les gens de Cologne ou de Mayence ; arracher les uns ou les autres h leur patrie était un égal crime. Napoléon l'avait fait, disent les Allemands : triste excuse qui consiste à pallier une faute de la faute d'autrui. Le peuple allemand était moins qu'aucun autre en droit de le faire, parce qu'il en [avait luimême souffert ; mais il avait bénéficié de cette justice immanente des choses, qui frappe la violence par la violence. L'Empire germanique s'est fait sur une noble idée, l'unité nationale : et le premier effort de ces frères réunis fut d'arracher des Français à la France.
Ce fut une grande feute : Bismarelc savait les sentiments deaAlsaciens et des Lorrains'; il prévoyait leur longue fidélité ; il annonçait que trente années d'armemente seraient nécessaires pour ramener la paix. 11 se trompait : trente années ne devaient point suMre. La paix fondée sur l'arrachement de l'Alsace et de la Lorraine à leur patrie n'était qu'un leurre. Bismarck l'ignorait-il, alors qu'en 1866 il avait lullé contre ses frères d'armes pour épargner l'Autriche et permettre la réconciliation du lendemain ? La France avait été amenée par la folie de ses gouvernants et l'habileté de son ennemi à déclarer la guerre ; elle avait perdu la bataille ; il était juste qu'elle payât, et sa rançon pouvait être multiple, des milliards, des colonies, des vaisseaux de guerre' ; si l'Allemagne considérait l'Alsace comme une arme menaçante entre les mains de son adversaire, elle pouvait exiger sa fonma-
1 . EtjBch, qui écrivait sous son inspiration, TaifiaiL le B septcmbra un article sur « l'incroyable atlaehcment des Aleaciens à la France » . TagebuchbiaUer. 1. 1. p- 180-
2, Les nëgocianta de Brème el de Hambourg désiraient vivement l'acquisition de colonies dans l'Extréme-Orienl. 0. Loreni. Kaiser Wilhelm und tlie Begrûndang des Beichs, p. 50X et sulv.
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tion en Étal neutre, pour créer entre les deux pays une zohe tampon, passant de la Suisse, à l'Alsace, au Luxembourg, à la Belgique'. Elle a préféré trancher d'un coup sanglant un lien de chair. Elle a faite juste la parole du prince Frédéric-Guillaume : n LaFrance est maintenant et à jamais notre ennemie naturelle^ »
Ce fut un grand crime contre la civilisation. Deux pays étaient faits dans l'avenir pour s'entendre : différents de race et de tempérament, mais de culture également avancée, ils pouvaient fonder une union féconde pour le progrès humain. La puissance laborieuse de l'Allemand, l'esprit toujours en éveil du Français eussent travaillé en commun pour le bien des hommes. Depuis 1871, des années ont passé, une génération s'est écoulée et nul rapprochement ne s'est fait entre ces deux nations : la frontière les sépare comme un mur de haine, l'inquiétude règne, elle s'est étendue à l'Europe entière, et le traité de paix fondé sur le rapt a maintenu l'esprit de guerre dans le monde.
Dans les premiers jours de janvier, on comprit au camp allemand que la reddition de Paris ne pouvait tarder. IL importait plus que jamais d'écarter toute intervention étrangère, et, lorsque Jules Favre demanda un passage à travers les lignes allemandes pour se rendre à la Conférence de Londres, Bismarck le lui refusa en alléguant des questions de forme, et le propre intérêt du ministre français qui ne pouvait quitter Paris « dans une situation critique... pour aller discuter au
1. Lidëc Tut agitée a cemomenleo Allemagne. Jacob, Bismarck u»d die Erwerbung EUasa-Lothnngena, p. (15 el suiv., et supplément p, Ifletsuîv.