‹ Bismarck et son tempsChapitre 85 sur 270 · Aus Kaiser Frieilrichs Tagebuch, B septembre · texte numérisé non relu

Aus Kaiser Frieilrichs Tagebuch, B septembre

LA FIN Di; LA GUERRE 333-

sujet de la mer Noire ' » . Prétextes de vieux renard ; la raison véritable était autre, il ne Fallait pas que Jules Favre put traiter en égal ft Londres, plaider la cause de la France et les intérêts des neutres, et greffer sur la question du Pont-Euxin une médiation en faveur de sa patrie. Le plénipotentiaire allemand avait reçu pour instructions de quitter la ConTérence dès qu'il serait parlé des aiïaires de France*.

La France était A bout de forces et contrainte à traiter. Qui parlerait en son nom ? La République s'était établie avec tant de force, qu'il n'était pas possible de négocier avec un autre gouvernement. Mais le chancelier allemand croyait avantageux de troubler les membres de la Défense nationale en les menaçant de s'adresser au régime ancien, et il avait continué ses relations secrètes avec les amis de Napoléon III. Un accord s'était fait dans le parti impérial ; il était convenu que l'ex-icûpératrice concluerait la paix comme régente et M. Clément Duvernois était attendu à Versailles pour délibérer en son nom avec Bismarck : te Corps Législatif, évanoui ad 4 septembre, serait rappelé à la vie pour ratifier ces négociations'. Bismarck ne s'y méprenait point, ces nuageux projets ne pouvaient se réaliser, mais il voulait les déployer devant le négociateur de la Défense nationale, comme gros d'un orage prochain.

LeâO janvier, le général Trochu envoyait le comte d'Héricourt à Versailles pour demander un armistice, ou tout au moins une suspension de tir pendant quarante-huit heures ' ; Bismarck et les généraux tombèrent facilement d'accord, il n'y aurait d'armistice qu'au jour où le vaincu traiterait de la

1. Bismarck d Jules Favre. 46 janvier 1870. i.ScbMbeea. EuivpaiacKer Geehicklskaknder, iZli, p. 63. 3. O. Loreni. Kaiser Wilhtlm und die BegrUndung J» AcicAt. p. 511, SU, d'après les papiers du grand'duc de Bade, t. ,4iuKiiiMr Friedrich» TagebueK, 20 janvier 1871.

paix. Le lendemain, le général Trochu remettait ses pouvoirs et le général Vinoy prenait le commandement de l'armée de Paris. Rien n'était encore décidé pour les négociations définitives, car nul ne voulait « jouer le rôle d'Eustache de Saint- Pierre » lorsque bi-usquement, — avec patriotisme, — Jules Favre prit son parti. Il obtint de ses collègues « un pouvoir conçu dans les termes les plus générau.\ ». Le 23 janvier', au petit jour il dépêcha à Versailles un officier d'ordonnance, M..d'Hénsson '.pour demander au chancelier une entrevue, « sans lui en expliquer les motifs ». L'officier remit au pariementaire allemand de Sèvres la dépêche ministérielle. A cinq heures, Jules Pavre avait la réponse : Bismarck était disposé h le recevoir le lendemain matin ou le soir même. Le minbtre partit h l'instanl. Par une nuit aoire, à peine rougie de lueurs d'incendie, à travers les glaçons, une méchante barque traversait la Seine : elle portait le négociateur de la France. De.'icendu sur n la rive allemande » du fleuve, le successeur du duc de Gramont trouvait un « vieux berlingot de campagne », et remontait la route cahoteuse de Versailles ; il n'avait voulu pour secrétaire que son gendre, M. Marlinez del Rio, un diplomate étranger. En ce triste équipage, tous deux arrivèreut rue de Provence vers neuf heures. Dans l'élégante et chaude demeure, Bismarck les attendait. L'Allemand et le Français se renfermèrent dans un petit galon, l'un exultant de lorce et d'orgueil, l'autre pâle, rongé d'angoisses et de responsabilités.

). l'ar suilcduiic feule J' impression, l'ouvrage de M. Jules Favre porle ail ii janvLer te voyage de M. d'Hérisson el du ministre même. Le (Soiivernemenldt la Définie nationale, t. Il, p. 378. Celte date esl reproduite par M, (l'Iliïrisson, mais cVst une erreur manifeale, ainsi qu'il r^âuile de loua les r.'cits contemporains et du contacte mËme de M. Jules Pavre.

2. Comte 'l'Hérisson. Journal H'un officier d'ordonnance 13* édlllonl. p. 322et suiv. Le n'-cît de M, d'Hérisson, alerte et clair, fourmille du iiclllea orreurs et porte auconililurenlliousiasmepour Itiemorck.

« Je viens reprendre l'entretien où nous l'avons laissé à Ferrières », ainsi débuta M, Jules Favre, et il développa ce thème que la population de Paris, u loin d'être abattue par quatre mois de siège, de souffrances et de privations... était décidée à une résistance ô outrance » ; elle n'accepterait de mettre bas les armes, que si les conditions du vainqueur étaient II acceptables' ».

a Vous arrivez trop tard, répondit Bismarck ; nous avons traité avec votre Empereur ; comme vous ne pouvez ni ne vouiez vous engager pour la France, vous comprendrez que nous cherchons le moyen le plus efficace de terminer la guerre ». Et il exposa l'état de ses négociations avec le gouvernement impérial,' tout comme si M. Clément Duvemois allait surgir à l'improviste, tel qu'un diable hors d'un jouef d'entant. Comme son interlocuteur se récriait, annonçait des déchirements intérieurs, le prompt renversement de la dynastie : « Ceci vous regarde », rétorqua le chancelier, et il passa à un autre sujet, le régime de « terreur » répandu par Garabetta dans le Midi ; de nouvelles élections étaient impossibles, il fallait reprendre l'ancien Corps Législatif. Et Jules Favre de se récrier à nouveau.

Ce n'étaient là que de premières escarmouches, où chacun tft tait l'adversaire. Le combat s'engagea sur les conditions d'armistice. Bismarck exigeait l'entrée des Allemands à Paris. «Quand je rencontrerai, disait-il, un pauvre diable marchant sur une seule jambe, il me dira : La jambe que j'ai laissée sous les murs de Paris me donnait le droit de compléter ma conquête ; c'est ce diplomate, qui a tous ses membres, qui m'en a empêché, u Par prudente raison, le chancelier se contentait de l'occupation immédiate des Champs-Elysées, mais

I. Jules Pavre. Le Gouvernemenl de la Défense nalionale, l. 11, p. 380 l'I

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demandait le désarmement de toute l'armée, la possession de tous les forts, où des otages, maires, journalistes, membres du gouvernement précédeniient les Allemands, pour démontrer qu'ils n'étaient pas minés- — Jules Favre répondait que mieux vaudrait livrer la ville à la merci de l'ennemi, et proposait la conclusion d'un armistice avec paiement d'une contribution de guerre, élections immédiates, réunion d'une Assemblée à Bordeaux pour trancher la question de la paix ; la garde nationale conserverait ses armes. L'accord ne put se faire, d'ailleurs Bismarck voulait consulter son maître et vers onze heures les deux hommes se séparèrent.

Le chancelier se rendit immédiatement à la préfecture auprès de l'empereur. Quand il en revint, au bout d'une heure, ses secrétaires étaient encore assis à la table de thé ; il s'assit à leur côté, mangea quelques bouchées, puis s'interrompant il siffla quelques notes entre ses dents, k Connais-tu ce^a », dit-il à son cousin Bismarck-Bohien, et comme l'autre confondait deux airs de chasse, le chancelier l'interrompit : « Non, c'est l'hallali'. »

Le lendemain matin, Guillaume tint conseil ; le prince royal, Roon, Moltke, Bismarck se rendirent vers dix heures h la préfecture pour délibérer sur les propositions de Jules Favre ; le débat fut long et dinicultueux, car les militaires ne voulaient pas encore arrêter leurs opérations'. Il semble que Bismarck obtint pleins pouvoirs : en rentrant rue de Provence, il se renferma dans un silence absolu, môme à l'égard de ses plus intimes confidents, « car il entendait rester le maitre exclusif de ses pensées' ».

Jules Favre n'avait pas quitté Versailles et vint à la chan-

l.Busch. Tagtbuchblauer, t. Il, p. 71.

2. 0. Lorenz. Kaiaer Wilhelm und die BtgrUndung dta Reichs, p. SIS.

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