Keudell. Biamarck el sa famille, p
i. M. Thiers. Déposition dans VEnquêie sur les évinemenU du IS mars, p. lîï.
5. Btosch. DênkwarttigieiUn, p. SZ6. Il regrettait BeKort et c'était le plue modéré des généraux.
Le 1" mars au matin, sur l'hippodrome de Longchamps, arrivèrent les longues files de trente mille Allemands, Prussiens aux casques pointus. Bavarois à chenilles noires ', à onze heures, l'empereur, le roi de Wurtemberg, des princes et des généraux, Bismarck et ses gens, passèrent la revue aux cris enthousiastes des soldats : c'était la grande parade après le triomphe. Puis les lignes noires marchèrent à l'Ouest et les soldats allemands descendirent les Champs Ëlysées.
Ils virent des portes fermées, des volets clos, des rues désertes '. Et ils curent Paris comme on possède une morte ^.
Bismarck traversa le Bois de Boulogne accompagné par le général Gordon et remonta l'Avenue de l'tmpéralrîce jusqu'à l'Arc de Triomphe; le long des cordons militaires qui tenaient lieu de frontière, une foule était massée et quelques coups de sifflets éclatèrent à la vue du visage connu de Bismarck, « mais poussés par de tout petits gamins ; d'attentateurs, pas trace ^ ». Le chancelier ne fit qu'un tour sur la place, prévoyant peut-être une prochaine vbîte à côté de son roi, puis il reprit la route de Versailles. L'ancien ambassa-
I. Jolly à sa femme, i mars 1871. Baumgarlen et Jotly. Staaisminisler Jolly, p. SIT. SEosch, DenkwUrdigkeilen, p. £35, 839. Abeken à sa femme, 1« mars. £tn achlichtex Leben, p. bl9. Blumenthal. Tageblicher, p. SG7, 268. Prince de Uohenlohe-lngelfingen. -la» meinem Leben, t. IV, i" mars et suiv. Duc Ernest de Cobourg. Aua meinem Leben, l. III, p. 871.
i. Bismarck a écrit dans une lettre à sa Tenime le S mars qu'à la retraite du i mars « des milliers de Parisiens suivirent, bras dessus, bras dessous, avec nos soldats u. A l'unanimitë des protestations françaises, s'est jointe l'unanimité des démentis allemands : voir tes souvenirs cites à la noie précédente. Et celte « altération volontaire de la vérité u n'a d'autre importance que de démontrer avec quelle prudence on doit accueillir les récils, même contemporains cl intimes, de Bismarck.
3. Bismarck à sa femme, 5 mars. Le chancelier a racunliS â Jules Favre e qu'un homme du peuple s'était glissé vers son cheval et, l'interpellant (Bismarck) par son nom. le gratifia d'une grossière injure, » Gouoernemenl de la Défense nalionale. t. 111, p. 157. Ce récit est contredit par un aulre ô Busch, Tagebuckblauer, \. 11,2 mars 1871. L'homme donna seulement du feu pour le cigare du chancelier.
.yGoOgIf
dcur de Prusse en France éUîl satisfait : il avait revu Paris.
La fête était perpétuelle au camp allemand : dîner ofîert à Saint-Germain par Bismarck, « cuisine remarquable et certaine sauce... ' 1), puis incontiaent dîner de gala chez le roi, a comment encore manger ?» On préparait pour le 3 mars l'entrée solennelle à Pans de la garde; on annonçait que le roi ta précéderait, en triomphale descente dans la ville conquise, lorsque soudain se produisit un coup de théâtre : la ratification des préliminaires.
M. Thiers était arrivé à Bordeaux le 28 février, et, le jour même, il avait remis à l'Assemblée nationale un projet de loi pour ratifier les préliminaires de paix, « en subissant les conséquences de faits dont elle n'est pas l'auteur ». Il obtint que les députés votassent l'urgence, la réunion immédiate dans les bureaux. Le lendemain, dans une discussion passionnée, tous exhalèrent un même patriotisme : Edgar Quinet, Victor Hugo, Louis Blanc s'élevèrent contre l'horreur des concessions demandées ', protestèrent au nom des droits du peuples, annoncèrent la revanche du droit. Dans deux petits mais admirables discours, M. Thiers supplia l'Assemblée d'accepter dans le silence, la douleur et le recueillement, car « il n'y a pas une seule chance de soutenir la lutte, de la soutenir heureusement ». L'Assemblée, « contrainte de courber la tfite sous la force de l'étranger » — ce sont les paroles du grand patriote — ratifia le traité du 26 février. Sur l'heure, un train partit pour apporter à Paris une expédition régulière du vote de l'Assemblée.
M. Jules Favre apprend dans la nuit la décision des députés, et le 2 mars au premier matin il télégraphie, puis accourt à Versailles pour en informer le chancelier alte-
1. Bray-Sleinburg, DenkwUrdigkeilen, p. tOl. . i. Jules Simon. Le Gouvernement deH. ThUrs.l. 1, p. 133.
M.TT1», - BitnitrFlL. I[|. — 17
mand ; Abeken 'seul est déjà au travail ; le ministre français lui demande de réveiller son chef. C'est là une proposition abominable, et que le digne conseiller repousse avec indignation. « Le comte de Bismarck a travaillé tard ; il dort et ne s&a pas visible avant dix heures. — Mais il s'agit de l'exécutJon d'un traité, de la libération d'une ville, de la parole donnée. — Je ne veux naturellement pas en saisir (^erffrei/eji) le ministre », répèle Abeken '. Il percevait un réveil coléreux.
Le ministre rentre à Pans, il a annoncé qu'il reviendra à midi. Dès son réveil, Bismarck lui n télégraphié pour s'excuser de n'avoir pu le recevoir et l'aviser que l'entrevue est inutile, car l'expédition en forme de k délibération est indispensable. Jules Favrea répondu que « l'objection est juste », on lui donnera « la plus correcte des satisfactions ».
A deux heures, le ministre français est de nouveau chez Bismarck. Le mécontentement le plus vif éclate sous la politesse habituelle du chancelier. « Commrait av^-vouspu obtenir si rapidement la ratification ? dit-il en abordant M. Jules Favre, Vous aviez jusqu'au 12 mars, il ne fallait pas vous presser. — J'ai voulu vous faire une agréable surprise, réplique poliment le Français. — Celait votre droit, ronchonne le Prussien, et nous n'avons rien à objecter; seulement, si nous avions prévu que volreChambre pût examiner et ratifier le traité en vingtn^uatre heures, nous aurions pris d'autres dispositions. » Avec une lenteur de rancune, il examine l'expédition de la loi, « épluchant chaque phrase, chaque mot, cherchant minutieusement quelque irrégularité proteelrîee ». Tout est en i-ègle ; à trois heures et demie, on signe le protocole d'échange de ratifications. Le lendemain,
I. Lerécild'Abckeu dans une leUre du Jour même, Ein schlicklei Leben, l>. 520 et 6uiv., complèlc 1res hcureuaemeni la narralion de Jules Favre. ûouvrritemenl de la Oéfense national», t. III, p, iU et soiv.
à la presûère heure, les troupes allemandes évacuent Paris.
La c(dère fut vive au camp allemand. La grande parade du 3 ma» était décommandée et le roi en fut violemment irrité. « La garde n'a pu entrer à Paris, écrivait-il deux jours après. Ce fut une douloureuse déception pour ces braves troupes '. » L'irritation fut vive contre M. Thiers. « Le vieux renard savait bien qu'il en irait ainsi, disail^^n, et a agi de façon à ce que noue ne nous dépâchions pas pour ^ire entrer nos troupes. » La fureur fut surtout forte contre Bismarck, responsable de l'accidant. « Il a été dupé par Thiers, proclamait^ on h l'eovi, c'est sa faute, il n'en veut faire qu'à sa tète'. »
En préparant son départ, Bismarck ruminait son dépit sans douceur. Les dernières journées de son séjour à Versailles furent de mauvaise humeur ; il grognait contre M; de Rothschild, qui ne voulait pas lui parler allemand ; il refusait au prince royal de nommer M. Roggenbach gouverneur d'Alsace ' ; il raillait' avec une brutalité de mauvais goût la propriétaire de l'hôtel de la rue de Provence, décomptait les pintades, demandait à emporter une pendule qui avait sonné l'heure du traité, et laissait tout en saleté '. « Sa chambre est une vraie' décharge (B»»i;)e/Aam»icr) », disait l'aristocratique prince Frédéric-Guillaume. Au moment de son départ, le chancelier adressait à Jules Favre une note comminatoire pour se plaindre d'une violation du traité et annoncer « des mesures de violence militaire' ». Et en partant, il murmurait: « On est bien heureux, ici, de voir mes talons *. »
1. Le roi A la reine, i mara 1811. Oncken. Unser Httdenkaiaer, p. SiO.
5. Abckenâsa femme. 3 c( 3 mata i61l. Eiit schUchles Leben,]». 520, &Î].