LE PARLEMENT DOUANIER
De relour en Prusse, Bismarck alla se reposer, pendant quelque temps, dans sa terre de Varzin; il s'était pris pour ce domaine d'une véritable passion, qui était bien en harmonie avec ses goûts invétérés de gentilhomme campagnard. Il y avait du vrai dans cette boutade de sa femme : ■ Un navet l'intéresse plus que toute la politique, h
Le chancelier se rendait parfaitement compte que, depuis l'afTaire du Luxembourg, la guerre avec la France était devenue comme inévitable; 'la question de rivalité et de eupériorilé était posée désormais entre les deux fitats; car, si la France avait fait sortir la Prusse de Luxembourg, la Prusse avait empêché la France d'y entrer. Tôt ou lard, ce germe de guerre porterait ses fruits. Pour Bismarck, il n'avait qu'à attendre le moment où l'instrument militaire, auquel ses amis Roon et Moltke travaillaient sans relâche, sérail bien au point. Alors il serait facile de provoquer un incident, qui conduirait d'une manière certaine à la rupture. « Mon palriolisme n'a pas besoin d'être stimulé, disail-tl à Bennigsen; mais les ménagements que m'impose la politique extérieure ne me permettent pas de répondre auic impatiences do vos amis, qui voudraient me voir chausser des bottes de sept lieues. »
Cependant Bismarck avait grand soin de maintenir les quatre États du Sud dans la dépendance de la Confédération, Il imagina de les faire figurer
lUS BISMARCK.
dans un parlement douanier qui se réunit à Berlin, en 1868. Leurs députés prirent place à côté des députés de la Confédération ; il ne devait êlre question, et il ne fut question, en effet, que des affaires douanières; mais l'unité économique était là pour préparer l'unité politique. Q^^id 1^ parlement douanier eut fini sa session, la ville de Berlin offrit un banquet à ses membres; Bismarck y adressa un discours aux députés du Sud : « Après le travail que vous venez de faire en commun pour les intérêts de l'Allemagne, vous emporterez chez vous, je l'espère, cette conviction que, dans toutes les situations de la vie, vous retrouverez ici des cœurs et des mains de frères; et chaque nouvelle réunion, j'en suis persuadé, rendra le rapprochement plus inlime et plus solide. Entretenons de notre mieux ' celte vie de famille. C'est pénétré de ce sentiment que j'adresse à mes frères allemands un cordial : • Au revoir! ■
Une guerre avait commencé en 1866 la consti tution d'une Allemagne nouvelle, en groupani autour de la Prusse la plupart des États germaniques. Depuis, la diplomatie de Bismarck avaii su paralyeer l'action de la France et la réduire, dans la question du Luxembourg, à un râle presque ridicute. Pendant ce temps, Roon et Moltke avaient continué leur travail d'organisation militaire. Un député du Landtag trouvait, au mois de mai 1869, que l'armée coûtait beaucoup d'argent. • Economiser là-dessus, répondait Bismarck, peut devenir très cher. De même qu'un loit protège contre le mauvais temps, de jnCmc qu'une digue protège
contre l'inondation, de même notre armée protège notre production dans toute son étendue. » Le temps était venu à présent de faire entrer dans la grande famille allemande les Badois, tes Hessois, les Wurtembergeois, les Bavarois.
Pour atteindre ce but, une nouvelle guerre était nécessaire; elle ferait tomber les dernières résistances et elle achèverait la formation de la patrie germanique. Les rapports de notre attaché militaire à Berlin signalaient, en 1869, cette guerre comme étant à la merci du moindre incident. Le colonel StolTel avait percé à jour les desseins de l'homme qui devait écrire dans ses Pensées fl Souvenh-s : ■ J'étais convaincu que l'abîme qu'avaient creusé au cours de l'histoire, entre le sud et le nord de la patrie, la divergence des sentiments de race et de dynastie et la différence du genre de vie, ne pouvait pas être plus heureusement comblé que par une guerre nationale contre le peuple voisin, qui était notre séculaire agresseur, •
Agresseur séculaire ; la France serait en droit de retourner ce quahlicalif à l'Allemagne d'Arioviste, de la grande invasion, d'Otlon IV, de Charles- Quint, de Bismarck et de tjuillaume 11. Mais, sous la plume du chancelier, c'est une formule de style; il en avait besoin pour attiser la haine contre nous- Cette haine de la France, il voulait on taire le ciment de l'Allemagne agrandie et prus- Manisée.
En 1870 Bismarck estima que le moment était venu d'attaquer la France, comme il avait attaqué
en 1864, comme il avait attaqué l'Au- 6. Il le fit avec un mélange de duplilisme, qui a valu à cette partie de son que, plus qu'à toute autre, un caracment brutal et odieux.