A VERSAILLES
Le 5 octobre, le grand tjuartier allemand s'élablissait à Versailles, Bismarck s'installa dans l'hôlf?! de Mme Jessé, 14, rue de Provence; ce fut sa résidence pendant cinq mois continus, jusqu'au dél^ut du mois' de mars. 11 avait fait de cette maismi comme une succursale de la Wilhelmstraasr :
il avait avec lui ses collaborateurs de confîance, Abeken, Kcudell, Lothar Bûcher, Maurice Busch. Il avait conservé sa manièFe de vivrej se levant tard, mais prolongeant très avant dans la nuit le travail de cabfnet. Grand mangeur, grand buveur, il eut à Versailles la vie abondante. Des cadeaux de comestibles lui arrivaient de toutes les parties de l'Allemagne : bourriches de gibier, de faisans, de poisson, pièces monumenlales de pftlisserie, bouteilles de bière et de vin, friandises de tout genre. Cependant les Parisiens mouraient de faim et de froid.
Le salon de l'hôtel Jessé vit un défilé continu d'hommes politiques; ileiitenditparfois les paroles les plus dures, comme celles que Bismarck dit un jour au maire de "Versailles : ■ L'Allemagne veut la paix, et fera la guerre jusqu'à ce qu'elle l'obtienne, quelles qu'en soient les déplorables conséquences pour l'humanité, dût la France disparaître comme Carthage et d'aulres nations de l'antiquité. > La conslilution de l'emptrc d'Allemagne, la capitulation de Paris, les préliminaires de psix furent signés dans cette pièce historique. Il y avait sur la table une pendule surmontée d'une tëtc de Satan ; cette image diabolique présida à tous ces événements. Il paraît que Bismarck, lors de son départ, n'emporta pas la pendule.
Quand il avait séjourné au château de Ferriéres, Bismarck avait reçu un personnage équivoque, Régnier, qui se présentait comme un émissaire de ■ rimpératrice, et qui essaya pendant quelque temps de jouer un rôle d'intermédiaire entre le grand
LA GUëBRE du 1H70. 1^7
quartier prussien el l'armée de Melz. A Versailles, le chancelier vit arriver un personnage d'une autre surface, le général Boyer, premier aide de camp de Bazaine. Il l'engagea dans des pourparlers diplomatiques, qui ne pouvaient aboutir; car il s'agissait pour l'armée de Metz dé Ire • toujours l'armée de l'empire, décidée à soutenir le gouvernement de la régente »; mais cela prenait des jours, et pendant ces jours l'armée de Metz achevait de mourir de faim. Depuis la journée de Saint-Privat, Frédéric-Charles tenait étroitement bloquée la , capitale de la Lorraine; de Versailles, Bismarck suivait et précipilait l'agonie de la cité héroïque. Le 27 octobre; Bazaine livrait à l'Allemagne Metz la PuQelle et une armée intacte de cent soixantequinze mille hommes.
Peu après, dans ces circonstances désespérées, le 1" novembre, Thiers se présentait à l'hôtel de la rue de Provence. Bismarck a parlé avec un singulier sans-gêne de ce bon serviteur du pays. « C'est, dit-il, un homme aimable et habile, spirituel et brillant, mais ce n-'est pas un diplomale : il est trop sentimental. Il esl incontestablement plus fin que Jules Favre, mais il se laisse, lui aussi, blufïertrop facilement. Je lui tire, comme je veux, les vers du nez. Et puis il a une regrettable manie ; il fait durer les négociations dont il est chargé en y introduisant des questions qui n'ont rien à y voir. » Le futur libérateur du territoire venait demander un armistice, qui permettrait la convocation d'une assemblée nationale; avec celte assemblée la question de la paix pourrait se poser. Les nëgocia-
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lions entre Thiers et Bismarck durèrent pendant cinq jouis et restèrent sans résultat. Comme à l'entrevue de Ferrières, le chancelier avait encore parlé de l'occapalion d'un fori de Paris ; il ne voulait pas admettre les élections en Alsace et en Lorraine; il ne voulait pas autoriser le ravitaillement de. Paris. Thiers discuta pied à pied toutes ces exigences; il ne put obtenir que cette alternative : ou l'armistice sahs ravi taille ment, ou. des éleclions sans armistice. Lfr gouvernement de la Défense nationale invita Thiers à rompre des pourparlers qui étaient sans issue.