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BOMBARDEMENT DE PARIS

Cependant Bismarck, dans son hôtel de Versailles, poursuivait, avec une ténacité inlassable, la transformation de la Confédération de l'Allemagne du Nord en un empire comprenant tous les Ëlals allemands. Pour faire tomber les dernières hésitations de quelques États allemands, quoi de mieux que d'écraser la France, sinon en prenant Paris (militairement l'opération paraissait impossible), du moins en détruisant Paris? Le chancelier était de ceux que la résistance de Paris exaspérait. 11 partageait les sentiments de sa femme : elle était • toujours atteinte, disait-il, d'une haine acharnée contre les Gaulois, qu'elle voudrait tous voir fusillés et écharpés jusqu'aux petits enfants*-; dans les premiers jours de novembre, elle lui écrivait : « Je t'enverrai prochainement le livre des Psaumes afin que tu puisses y lire celte prophétie contre les

Français : « Je te le dis, les impies doivent être 1 exlermiDés. •

Après la rupture des négociations du début de novembre, la question du bombardement de Paris revint sans cesse dans les conversations du chancelier, t Je sais, disait-il, que plusieurs journaux me rendent responsable de ce que Paris n'a point encore été bombardé. C'est absurde.... J'ai demandé, dès la première heure, que la capitale soit détruite de fond en comble.... Seulement, l'autorité militaire est toujours là à tergiverser. Je passe mon temps à dissiper ses scrupules, et elle passe le sien à faire des préparatifs et à réclamer des renforts de munitions. • Il entretenait le roi de cette question; celui-ci déclarait en avoir donné l'ordre aux généraux. • Mais j'ai tout de suite compris, ajoutait Bismarck, que ce n'était pas vrai. Je le connais. 11 ne sait pas mentir ou, en tout cas, il ne sait pas s'y prendre. » Derrière ces lenteurs à commencer le bombardement, Bismarck devInaiU'iniluence d'une cabale féminine. • C'est la reine d'Angleterre, disait-il, qui ne veul pas qu'on bombarde Paris. Elle a influencé sa TiIle, la princesse royale, qui, à son tour, a influencé son mari, le kronprinz. » Un jour, Bismarck voulut parler au kronprinz dir'bombardement; celui-ci l'arrêta par ces mots : « Je préférerais abandonner mon commandement. > Le chancelier fut sur le point de lui répondre : ■ Je suis prêt à le prendre. Je ne donnerai qu'un ordre, et ce sera : Commencez le bombardement. »

Le 27 décembre, les vœux diaboliques de Bismarck étaient exaucés : le bombardement avait

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commencé. Le \'i janvier, le bruit courut à Ver-, sailles que Paris était en feu ; de larges colonnes de fumée s'apercevaient à l'horizon au-dessus de la capitale. • Ça nesuffit pas, dit le chancelier. Il faut que nous sentions le roussi d'ici. > L'odorat de Bismarck était comme celui de Vitellius, qui disait, sur le champ de bataille de Bédriac, que le cadavre d'un ennemi sent toujours bon. L'après-niidi du 2 septembre, en visitant le champ debataille de Sedan et en passant à Bazeilles, Il avait senti, avec - un mélange de dégoût et, de volupté, « une forte odeur d'oignon brûlé >, et II avait dit ; ■ Pouah ! ces Français qui brûlent. •

Les premiers obus du bombardement étaient tombés sur le plateau d'Avron. Le S janvier, ils commencèrent à tomber sur la ville môme : le Panihéon, le Val-de-Grâce, le Muséum servaient, de cibles affx batteries allemandes. Alors la satisfaction de Bismarck éclate, u EoHn, ils ont tiré! > écrit-il à sa femme dans un cri de Joie sauvage.

Le 19 janvier, le lendemain de la proclamation à Versailles de l'empire d'Allemagne, la garnison de Paris avait tenté un suprême effort, du côté de Montretout et de Buzenval ; elle n'avait pu passer; elle avait laissé sur le champ de bataille plus de douze cents morts et de quatre mille blessés. Trochu fit demander un armistice de quarantehuit heures pour emporter les blessés et enterrer les morts. Bismarck fit répondre par un refus. < Et d'ailleurs, ajoula-t-il, les morts se trouvent aussi bien sur la terre que dessous. »

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