TRAITÉ DE FRANCFORT
Il restait à transformer les préliminaires de Versailles en un traité de paix. Une conférence francoallemande' s'ouvrit à cet effet à Bruxelles, le 24 mars; mais l'insurrcciion de la Commune et les exigences allemandes l'empêchèrent d'aboulîr. Bismarck décida alors de traiter directement à Francfort avec deux plénipoloniiairea français, Jules Favre él Poujcr-Quertier. Celui-ci, qui ^lait alors ministre des Finances, apporta à ces négociations de la fin une science pratique des affaires et une rondeur d'allures, sans parler d'un estomac capable de soutenir les beuveries germaniques, qui aidèrent beaucoup à résoudre les dernières difdcullés. Hélas! rien ne pouviiît être changé aux préliminaires du 26 février. Les négociations de Francfort commencèrent le 6 mai, à l'hôlel du Cygne. Quatre jours se passèrent en discussions pénibles; nos plinipotentiaires durent faire encore quelques concessions, notamment sur les conditions du paiement des cinq milliards, sur la situation des Alsaciens-Lorrains. Les dernières signatures furent échangées le 10 mai 1871.
Bismarck était en droit de se féliciter du traité de Francfort; car l'œuvre de violence, dont il portait en lui l'idée depuis si longtemps, était devenue une réalité; par le fer et par le feu, il venait d'arracher à la France deux morceaux de sa chair. Cependant pouvait-il douter de l'attiichement invincible que les .alsaciens et les Lorrains avaient pour
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la France? Ces Français n'avaient-ils pas prolesté, à la face du monde, contre la violence faite à leurs corps et à laquelle leurs cnsurs ne se soumeltraient jamaisT Le chancelier se rendait compte qu'il y aurait une période difOcile h passer; il l'évaluait à une trentaine d'années. Au bout de trente ans, la résignation des annexés et le consentement de la France devaient permettre à l'Allemagne de jouir en paix de sa brutale conquête.
Les trente ans sont passés depuis longtemps déjà; il y ajjra bientôt un demi-siècle que l'œuvre d'iniquité a été commise. Loin de disparaître, ie fossé que Bismarck a creusé entre la France et l'Allemagne est devenu de plus en plus profond. Il n'y a qu'un moyen de le combler : c'osl que le crime de 1871 soit réparé. La France n'a pas voulu la guerre présente; elle en souffre crueDemenl. Mais elle supporte sea souffrances avec courage, car elle sait que l'heure est proche, l'heure vengeresse et libératrice, qui sonnera, aux cathédrales de Strasbourg et do Melz, aux beffrois d'Alsace et-, de Lorraine, la victoire du droit imprescriptible.
Alors, enfin, la France aura celle joie d'èlre chez elle. Avec quelle éloquence un orateur sacré a parlé, il y a quarante-six ans et à propos de la France envahie, de ce bonheur de s'appartenir à soi-même!
■ Et moi, disait-il, qui ai vu ces beaux champs, ces verles collines, ces rivières charmantes, autrefois sa frontière orienlale et maintenant la terre de l'étranger, quand je songe à la belle image de mon pays, telle que je l'ai connue dans ma jeunesse et
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telle qu'elle est encore en rêve, devanl mes yeux; quand je songe qu'il y a là des ombres, qu'il y a là des lignes tordues, qu'il y a là des envahissements, et que ce s.ol n'est plus à' nous, que là môme où il nous appartient encore, absolument parlant, il est obligé de subir la présence de l'étranger, ahl messieurs, c'est rude pour un homme qui aime son pays!
« Eh bien, savez-vous le cri qui s'échappe alors d'un cœur patriotique? Il n'y en a qu'un, un seul, impétueux comme le rugissement d'un lion, c'est le cri de raffrauchissement : délivrons notre territoire, et soyons chez nous! »
L'EMPIRE ALLEMAND
La renaissance de l'empire allemand. — L'adhésion -de la Bavière. — Le 18 janvier 1S71, — Prince de Bismarck. — L'entrevue des trois empereurs. — Le régime de l'Alsace-Lorraine. — L'alerle de 187S. — Le Congrès de Berlin. — La Triptice. — Manleuffel et Hohenlohe en Al sa ce- Lorraine. — L'affaire Schneebelé.
LA HKNAISSANCE DE l'eMPIBE ALLEMAND
Les vicloires de la Prusse en 1870 n'eurent pas seulement pour conséquence le vol de deux provinces Tr^nçaises ; elles aboutirent aussi à un autre résultat, que Bismarck poursuivait depuis 1866, la renaissance de l'empire allemand. Le 18 janvier 1871, à Versailles, dans la Galerie des Glaces, ce fut un fait accompli; mais, avant d'arriver à la proclamation de l'empire, le chancelier eut bien des diriicullés à résoudre.
Le prince royal allait au delà des idées de Bismarck. Il était partisan de l'unité nationale de l'Allemagne, mais dans le sens où l'avaient entendue les hommes de 1848, c'est-à-dire avec des institutions vraiment libérales et parlementaire^, qui auraient pour effet de mettre au premier plan la nation elle-même et non les princes. Sans doute, comme l'a écrit Bismarck de son ton méprisant,
» Son Altesse Royale avait adopté l'idée de l'un ou de l'aulre des songe-creux politiques auxquels elle prftait l'oreille ».
Pour (iuillaume I", il ne parlngeait pas du lout le libéralisme de son fils. Il pslimail que le lilre de roi de Prusse était supérieur à loils les autres; il comprenait une Prusse agrandie dans -son lerriloire, mais il se souciait peu d'échanger contre le lilre d'empereur le litre de présidvnl de la Confédératiiin qu'il portait depuis ISi-C. Bismarck affirmait que l'adoption du litre d'empereur était un besoin pidilii|ue; il disait à son maître : t ^'olre Majesté ne veut pourtant j>as rester élernellement un subslantir m^utre, das PriUiiiiiim. Il y a dans le mol de • présidence • une abstr:tction; celle expression 1' • empereur » possède, au contraire, une grande force, un élan puissant. » Cela pouvait eire '>r;\\; mais le lilri^ impérial élail'iiicotmu d.ins les institmions prussiennes, et Frédéric II avait rendu le nom de roi do Prusse assez puissanl pour qu'il n'y eûl pas à en changer, mûme en modifiant la l'orme terriloriale de l'Ailemagne.
Il y avait encore à compter avec le particulari.sme, sinon avec lc^^ sentiinenls anti-prussiens des Étals du Sud, en particulier de la Bavière. Ils avaii'nt bien associé leurs armées aus armées de la Prusse dès le début de l.i guerre, et ils aviùent largement pris leur pari dans la vicloire commune ; toiiiel'ois ils n'entendaient point entrer dans la conslitulion fédérale sans obtenir des avantages. Le roi Louis II de Baviiire se montrait le plus réfractaire; cependant c'était le souverain qu'il