‹ BismarckChapitre 42 sur 55 · L.'EMPIRE Al.LEM4.ND · texte numérisé non relu

L.'EMPIRE Al.LEM4.ND

.imporlatt ie plus de gagner, à cause de son rôle prépOQ'lérant dans l'Allemagne méridionale. DelbrUck, un des meilleurs agents de Bismarck, fut empliyé par lui dans ces négocîalions avec les ÉlaLs du Sud, qui furent très épineuses. II suffit ici de constater les grands résultats.

Le 2 septembre, le soir même de la capilulation de Sedan, le grand-duc de Bade faisait remettre une note à la Prusse, pour demander, avec l'entrée du grand-duché dans la Confédération du Nord, ie rétablissement du titre impérial. L'ancien titre d'empereur, porté par les Habsbourg, avait sombré dans le bouleversement Icrrilorial qui avait suivi la journée dAusLerlilz; le nouveau litre, restauré par les Hohenzollern, allait naître à la suite de la grande victoire qun l'Allemagne venait de remporter. La ilouble demande du gouvernement badois répondail aux désirs les plus vifs de Bismarck ; mais, aux yeux de l'opinion, peut-i>tre pnrd^it-elle une partie de sa valeur, parue que le grand-duc Frédéric était le gendre du roi de Prusse,

Plus significatif fut le gc-te de la Bavière. Vers la mi-septembre, le cabinet de Munich renouvela, pour son compte, la proposition du cabinet de Carlsruhe, en lenli^uranl de diverses conditions. A ce moment la diplomatie de Delbr ick fut très active auprès des cours du Sud et elle rendit à la cause de l'unilé les plus gninds services; à la fin de septembre, il écrivait : • L'union allemande est assurée •. Cependant lenfanleinent de l'unité demanda encore bien des semaines laborieuses.

Les délégués du Wurtemberg, de Bade, de la

Bavière et de la Hesse arrivèrent à Versailles à la tin d'octobre; les pourparlers sérieux commencèrent. Ce fut pour le chancelier une époque très dure de son séjour à l'hôtel de la rue de Provence. Les négociations avec Thîers pour l'armistice, les négociations avec la Russie pour la liberté de la mer Noire, les négociations avec les délégués des princes pour la constitution d'une Allemagne nouvelle, se poursuivaient de front. Il écrivait à sa femme que c'était un < travaiLde galérien... Mes barbouilleurs d'encre manœuvrent nuit et jour et intriguent k la façon de Francfort. À moins qu'un ouragan allemand ne tombe au milieu d'eux un de ces Jours, nous n'arriverons à rien avec ces diplomates et ces bureaucrates de la vieille école, du moins pour celle année. »

La question d'Alsace -Lorraine éveillait des convoitises et des jalousies dans les États du Sud : à qui allait appartenir cette terre arrachée à la France? Pour couper court k toute rivalité, Bismarck avait arrêté qu'elle ne serait à personne, pas plus à la Prusse, qui, en fait, l'avait conquise, qu'au grand-duché de Bade, qui, en vertu du voisinage, espérait en annexer une partie. Elle serait à tous, puisqu'elle était le fruit d'une campagne à laquelle tous les Allemands avaient participé ; sous le nom de Reichsland, c'est-à-dire de Terre d'Empire, elle serait la propriété de toute la nouvelle Allemagne; les deux provinces françaises allaient devenir ainsi comme « la clef de voûte' de l'œuvre unitaire ».

L EMPIRE ALLEMAND

LADHEISION DE LA BAVII

Dans le courant de novembre, Bade, la Hesse el le Wurtemberg passèrent des traités pour entrer dans la Confédération; mais le grand succès fut obtenu le 23 novembre. Ce jour-là, Bismarck était resté longtemps à conférer avec les trois plénipotentiaires bavarois. Pois la porte de son salon s'ouvrit; il apparut, un verre vide à la main et l'air rayonnant. « Messieurs, dît-il, le traité bavarois est signé, Tuniié allemande est assurée, et notre roi devient empereur d'Allemagne... Apportez une autre bouteille... C'est un grand événement... Les journaux ne vont pas être contents. Peut-être même celui qui écrit l'histoire critiquera-l-i! notre traité. Il dira, en parlant de moi : ■ Cet imbécile aurait dCl demander davantage : il • l'aurait obtenu, parce qu'on aurait été obligé de c le lui accorder, • Celui qui dira cela aura peutêtre raison, mais il ne se rendra pas compte que ce à quoi j'attachais le plus d'importance était que mes partenaires fussent contents de moi. Les traités ne sont rien quand les gens qui les signent le font contraints ou forcés. — Tout commentaire serait superflu; mais il est bon de rapprocher de cette affirmation édifiante le souvenir des traités de Francfort, en 1871, et de Bucarest, en 19i8. — Et moi, je vois que ces gens-là sont partis contents. Je n'ai pas cherché à les mettre dedans. •

Le kronprinz était de ceux qui trouvaient que dans la circonstance la Prusse aurait pu obtenir de

la Bavière de plus grands avantagea. « C'est vrai, lui ri^pondil le chancelier. Nous aurions pu demander plus; mais cummcnL nous y serions-nous pris pour l'oblenir? — Eli bien, mais en les y forçant. — Dansxe cas, monseigneur, je ne puis que recommander à Voire Altesse Royale de commencer à désarmer les troupes bavaroises qu'elle a sous ses ordres. *

A l'inverse de ce qui s'était passé en 1849, l'unité allemande s'était faite parles princes; il restait à présent à la faire ratifier, sinon par le peuple, du moins par ses représentants. Le Reichstag fut convoqué à cet effet. Plusieurs députés trouvaient peu satisfaisantes les conditions auxquelles le Wurtemberg et surtout la Ravière entraient dans la Confédération ou plutôt dans l'Empire; maïs le très habile DelbriJck, traduisant -à merveille les idées de son chef, sut mettre en pleine lumière les avantages du nouveau régime. Les traités furent adoptés à une très forle majorité. Après les princes, le peuple avait parlé.

Alors une délégation de trente députés fut envoyée par le Reichsiag, de Rerlin à Versailles, pour prier le roi de Prusse d'accepter la couronne impériale. En 1849 une délégation de trente-deux députés était venue, de Francfort à Berlin, auprès de Frédéric-Guillaume IV pour le même objet. 11 se trouva, par une circonstance curieuse, que la délégation de 1870 eut le mftme président que la délégation de 1849 ; c'était Simson, qui était en ce moment président du Reichstag comme il avait été, vingt et un ans plus tôl, président du parlement de

l'eupire allemand. toT

Fraocfort. Mais les analogies étaient purement extérieures ; car, suivant un mot qui a été dit, • enjre i849 et' 1870, Bismarck. Roon et Moltke avaient passé ». Le 18 décembre, les délégués furent reçus à Versailles, dans la grande salle de la Préfecture. Stmson était fort ému en donnant lecture de l'adresse; Guillaume l" ne l'était pas moins en lisant son discours, qui avait été rédigé par Bismarck. Tout le temps de la cérémonie, on entendit le tir des batteries du Mont-Valérien.

Avant l'arrivée, de la délégation du Reichstag, Bismarck était arrivé à ses fins : il avait amené Louis H de Bavière à prendre l'initiative de la renaissance impériale. Il lui avuit écrit : • Il est à mon avis de haute importance que l'impulïion première provienne de Voire Majesté et non des représentants du peuple. La situation serait faussée, si l'iniltative ne revenait pas, libre ft mûre, au plus piiis-ant des princes confédérés. • En réponse, te roi de Bavière consentitàsorlir pour un moment de sa misanthropie et à oublier les embellissements de ses châteaux, pour adresser, le 2 décembre, une lettre à Guillaume 1" . • J'ai proposé aux princes allemands, lui disait-il, de se joindre à moi pour demander à Votre Majesté que l'exercice des droits présidentiels de la Confédération se fit sous le litre d'empereur allemand. > L'unité allemande et l'empire allaient donc se conslituer avec le caractère que Bismarck tenait par-dessus tout à leur imprimer : c'étaient les princes eux-mêmes qui se faisaient les interprètes des désirs unitaires de rAllemagno:

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