LES GOMPAGNIES DE MONLUC EN ALBIGEOIS (OGT
en Gascogne pour y lever deux bandes. Mais il commit Pimprudence, pour rejoindre plus vite le roi et le grand-maître et se trouver aux bonnes occasions de se signaler, de les laisser près de Toulouse, sous les ordres de son lieutenant, le capitaine Mérenx. Celui-ci, malgré la promesse qu’il lui avait faite « de fere cinq lieues le jour » pour le rejoindre, s’attarda pour attendre Joachim de Monluc, frère cadet de Blaise, qui voulait aussi lever une compagnie pour aller en Piémont. Quand ces troupes furent réunies, leurs chefs ne purent sans doute les payer : aussi elles se mirent à ravager le pays. « Et comme mondiet lieutennant eust laissé le grand chemyn et tourné devers Albigeoys pour temporiser, se rendist devant une ville nommée lIsle, où les habitans luy reffuzarent les portes; que feust cause qu’il y donna l’assault et l'emporta. Mon frère, qui estoit à une journée de luy avecques sa trouppe, n’y seust arriver que cela ne feust faict". » Le fait ainsi rapporté par les Commentaires est confirmé et éclairé par les documents. C’est le 4 octobre 1537 que la compagnie de Joachim de Monluc entra dans Lisle?. Les soldats pillèrent les églises, violèrent les femmes et les filles, saccagèrent les maisons, brûlèrent les archives sur la place. Certains d’entre eux allaient jusqu’à crier : « Viva Espanhia! » De Lisle, ils se rendirent à Gaillac, qui résista, mais dut enfin capituler et composer pour 200 écus. Ils ravagèrent alors le pays, tentèrent d'enlever d'assaut Réalmont. Un certain nombre revint vers Albi; on les prit, on leur fit leur procès et on en condamna quarante-trois à être décapités, pendus, fustigés et bannis *. Une chronique rimée rapporte en ces termes leurs exploits :
En ce temps là courut sur champs
Grand troupe de maulvais garçons,
Perigordins et de Gascons,
au connétable, Reims, 30 juin; du cardinal de Tournon à M. de Humiéres, Lyon, 1 et 2 septembre; du roi au même, Châtillon, 12 septembre; du cardinal de Tournon au même, Lyon, 20 septembre; du roi à la Rochepot, Lyon, 20 octobre (B. N., Clairamb., 366, fos 129, 269, 273, 285, 289, 292). Le 6 octobre, François Ler signa à Lyon une ordonnance sur la discipline dans les bandes de gens de pied français et italiens (1btd., fo 209).