‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 121 sur 533 · CAMPAGNE DES HAUTES-ALPES (NOVEMBRE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DES HAUTES-ALPES (NOVEMBRE

tatres ont oublié de nous apprendre, c’est que Joachim de Monluc était un véritable brigand. Tandis que son aîné guerroyait au loin, il terrorisait l’'Agenais, pillant le village de Gimbrède pour en tuer le curé, attaquant un seigneur du pays sur la grande route et le laissant mort sur la place, assommant le sergent qui l’invitait à comparaître devant le juge-mage d’Agenais, transperçant d’un coup d’épée le nommé Laguiraude, de Layrac. Les lettres de rémission, entérinées malgré l’énergique protestation des consuls de Lisle, l’avaient absous de tous ces crimes de droit commun, et il en avait été quitte pour un ou deux jours de prison volontaire. Les documents éclairent, on le voit, d’un jour assez nouveau celte physionomie de jeune Gascon de vingt ans s’entraînant par le brigandage au métier des armes en attendant qu’il rejoignit son frère en Piémont.

Monluc a ensuite consacré une page à la petite campagne à laquelle il prit part dans les vallées des Hautes-Alpes. Tandis que Montmorency, à la tête des aventuriers de Montjehan, forçait brillamment le pas de Suse, François [** pressait de Grenoble la marche du gros de son armée, qui arrivait de Lyon vers les Alpes”. Le 28 octobre, le roi était à Chorges 5, où Monluc dit qu'après avoir imprudemment laissé ses hommes en arrière, il le rejoignit. « Sa Majesté me commanda m'en retourner au-devant de mes companyes et que Je me rendisse avecques Ambres et Dampons, qui en admenoïent chescun autres deux, et que monsieur de Chavigny nous commanderoit, et que allissions mectre le siège devant Barsalonete et prendre toutes ses valéesf. »

(sic) Monlucus scripsisset pedites, educturus eos in hostes, fratrique educendos commisisset, ii in oppidum Albigiorum, cui Insula nomen, pervenientes, cum moleste ferrent aditu se oppidi a civibus arceri, in oppidum pervenere, libidine matronas virginesque polluere. Unde proscripti omnes postea a rege, cum et junioris Monluci precibus nullis adduci potuissent, quin secus atque in hostico praedarentur. »

1. Le connétable à François Ier, du camp près de Suse, 26 octobre (B. N., Clairamb., 366, fo 316, copie).

2. François Ier au connétable, Grenoble, 21 octobre : « Par ce que l’on m'a faict sçavoir de Lyon du jour d'hier, il ne s’en fault plus que la bende de Dampont, que l’on attendoit de jour en Jour, que tout ne soit passé ledit Lyon. » (B. N., fr. 3016, fo 51, orig.; Clairamb., 366, Fo 507, copie.) ec

3. Chorges (Hautes-Alpes), cant. et arr. d’Embrun. — Voir l'itinéraire de François ler dans le Catalogue, VIIL, 499. .

4. Sur François de Voisins, baron d’Ambres, sénéchal de Rouergue, voir

François I, arrivé à Briançon le 31 octobre, surveillait avec la plus minutieuse attention la marche des compagnies qui ne l’avaient pas encore rejoint". Le 2 novembre, il se plaint au connétable « que les bandes de Monluc et d’Ambres... ne sont pas si près d’icy comme je pensois », ajoutant qu'il comptait sur elles pour « faire l’effect de Barcellonne »?; le même jour, il annonce que les « bendes de Gascons » arrivent aujourd’hui à Guillestre et qu'il a envoyé « ung canon et une grant coullevrine audict Barcellonnette et deputté commissaires pour, après qu’elle sera reduite en mon obeissance, prendre tous les vivres qui seront au pays, dont il y a grand abondance, ainsy que l’on n’a dict, pour s’en servir tant pour ladvitaillement de Pinerol que pour ladvitaillement de mon camp »*. Ce n’est donc pas, comme Pa écrit M. Decrue, pour ne pas être tourné pendant qu'il-forçait le pas de Suse que Montmorency avait envoyé Chavigny dans les vallées voisines de Barcelonnette *. C’était simplement pour assurer la subsistance de l’armée que le roi, qui avait assumé cette charge peu brillante, mais essentielle, voulait faire occuper ces vallées. Cependant, les compagnies annoncées tous les jours n’arrivaient pas. Monluc se vante d’avoir « dressé » si vite à Villeneuve d'Avignon deux nouvelles bandes pour remplacer celles qui s'étaient perdues en Albigeois qu'il parvint « deux jours avant Ambres ny Dampons ès dictes vallées ». Le 9 novembre, le roi annonçait que la bande de Dampons devait être enfin aujourd’hui à Guillestre *, « que celles de Monluc et d’Ambres seront dimanche prochain sur le bort de Barcellonne » et qu'il a décidé de

une lettre de François Ier à M. de Humières, Lyon, 24 juillet 1536 (B. N., Clairamb., 335, fo 210), et le Catalogue, I, nos 3840, 3848; VII, nos 27976, 28966. — Sur le capitaine Dampons, voir deux lettres de Vendôme et du grandmaitre à La Rochepot, 16 septembre 1536 et 23 février 1537 (B. N., Clairamb., 339, fo 311, et 336, F0 46). — Sur Chavigny, cf. le Catalogue, I, nos 7740, 7964, 8095, 8097; VII, no 27588.

1. François [er au connétable, Embrun, 29 octobre; Guillestre, 30 octobre; Briançon, 31 octobre (B. N., fr. 3055, fos 141, 155, et 3056, fo 5, orig.).

2. François Ier au connétable, Briançon , 2 novembre (B. N., fr. 3056, fo x, orig.; Clairamb., 366, fo 333, copie).

3. François Ier au connétable, Briançon, 2 novembre (BNPur-2050 oo7r, orig.; Clairamb., 366, fo 335, copie).

A. Decrux, Anne de Montmorency, 1, 322.

9. Guillestre (Hautes-Alpes), ch.-l. de canton, arr. d’'Embrun.

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