LA ( ROUTTE ) DE PIERRE D'OSSUN À CARIGNAN
première heure, dit Monluc) que del Vasto et le duc étaient arrivés à Cavallermaggiore la veille.
La lettre de Bobba, écrite de Carmagnola le mercredi 14, permet, du moins, de supposer que, comme le racontent les Commentaires, Monluc se mit en route le mardi matin vers Cavallermaggiore pour reconnaître la marche des Impériaux. Il longea avec sa troupe, € à main gauche du grand chemin », la Maira, qu'il appelle «ung grand ruisseau qui va audict Cavelimour », et arriva pour constater que le marquis était déjà vers Racconigi, d'où il continua sa route jusqu’à Carmagnola. Le document que nous suivons est muet sur l'enlèvement du convoi, que Monluc place le même jour. Il confirme, par contre, de la façon la plus précise le passage du Pô, « à la minuict », par la plus grande parue de la cavalerie impériale à Lombriasco. Bobba ajoute qu’au même moment Pirro Colonna recevait l’ordre de franchir le fleuve avec l’infanterie espagnole et italienne à Casalgrasso ". Del Vasto dirigeait toutes ses troupes vers Carignan.
Pierre d’Ossun et Francesco Bernardino Vimercati y étaient accourus, aussitôt après la prise de Mondovi, avec leurs compagnies, augmentées de la moitié de celle de Termes, et avec cent hommes de pied italiens, pour démanteler la place. Ils firent transporter tous les vivres qui s’y trouvaient à Moncaliert, mais ils n’eurent le temps de ruiner la muraille qu’en deux ou trois endroits. Le mercredi matin 14 novembre, ayant appris par quelques cavaliers, qu’ils avaient envoyés en éclaireurs, que lennemi franchissait le fleuve, ils sortirent de Carignan et se retirèrent vers Moncalieri. Les Impériaux se mirent à leur poursuite ; comme il n’en était encore passé qu'un petit nombre sur la rive gauche du Pô, ils furent vigoureusement repoussés. Mais les Français se laissèrent entraîner par la charge jusqu’au gros de la cavalerie impériale, qui les mit en déroute. D’Ossun combattit
1. « Questa notte Sua Exa ha mandato ordine al sor Pirro, qual con la fantaria spagnola et italiana era a Riconizo, che subito caminasse a passare il Po © A . . CT QE CE c'e “D
a Casalgrasso per andare a Carignano, et cost andareno, et di pit Sua Exa gli mando di qua il sor Ludovico Vistarino con la fantaria italiana de Cheri et la cavallaria tutta con il Silva, mastro de campo, excetto che la compagnia de sua guarda Sua Exa la mandd similmente questa notte alle undece hore à passare il Po a uno altro luogo de sopra de Casalgrasso.. » Monluc note très exactement que le passage du Pô eut lieu par bateaux, les ponts ayant été brûlés,
vaillamment; son cheval ayant été renversé, il fut fait prisonnier, ainsi que son lieutenant, le capitaine Magrin, deux frères de celui-ci et l’enseigne de Francesco Bernardino. Ce dernier échappa. Les Impériaux firent en tout cent douze prisonniers. Telle fut, d’après l'agent mantouan, la «routte de M. d'Aussun à Carignan »'. La relation de Bobba, qui permet de dater le fait?, est de tous points conforme à celle de Monluc, qui note, comme lui, entre autres menus détails, que d’Ossun avait, outre sa compagnie et celle de Francesco Bernardino, la moitié de celle de Termes et que son lieutenant se nommait Magrin. Monluc insiste, de plus, avec raison sur limprudence que commit d'Ossun, malgré les avertissements de Vimercati. Paul Jove, qui a aussi raconté ce combat, attribue à la même cause la défaite des Français. Son récit, plus détaillé, très exact, concorde également avec celui des Commentaires : il parle, comme Monluc, du rôle joué dans laffaire par le cavalier Absal, capitaine italien qui, du côté français, commandait la compagnie de gens de pied dont parle Bobba*. Il fait aussi allusion à la dispute qui s’ensuivit entre Ossun et Francesco Bernardino; on a vu plus haut que, sur ce point, Monluc lui a fait un emprunt pour compléter son récit. Le fait a été raconté par du Bellay d’une façon plus brève et plus vague *. Sa relation, d’ailleurs fidèle, est inférieure à celles de Monluc et de Paul Jove, qui peuvent être mises au même rang pour l’exactitude et la précision 6. Les deux historiens ont terminé en mentionnant que Pirro Colonna fut laissé en