RUPTURE DU PONT DE CARIGNAN
pour se reurer sur Villastellone et Chieri, où était le gros des Impériaux !. Monluc se plaint avec vivacité qu’on ne l'ait pas plus vivement poursuivi et blâme avec raison l’indécision de Boutières. Celui-ci préféra, en effet, avant de s’aventurer sur la rive droite du P6, isoler complètement Carignan, la seule place que l'ennemi occupait encore sur la rive gauche. Il fallait pour cela couper le pont qui lui permettait de recevoir des approvisionnements de Chieri et d’Asti. L'entreprise était hasardeuse : Pirro Colonva, le vaillant commandant de la garnison de Carignan, veillait. Une première tentative fut faite dans les derniers jours de décembre : quatre cents hommes de pied et deux cents chevaux français partirent de Carmagnola et vinrent donner l'alarme à la tête du pont. Ils se heurtèrent à deux cents arquebusiers impériaux et durent se retirer après une légère escarmouche. La nuit suivante, ils renouvelèrent la tentative sans plus de succès ? Monluc est muet sur ce double échec. Il raconte, par contre, avec des détails minutieux, la rupture du pont, qui fut consommée, d’après Miolo, dant la nuit du 4 janvier 15443. Le récit des Commentaires est très supérieur à celui de Martin du Bellay, qui en confirme un détail important, noté aussi par Miolo (le grand froid qu’il faisait), mais qui place à tort le fait après le départ de Boutières, dans lintention visible d’en attribuer l’honneur au comte d’Anguien, son successeur *.
Tandis que Boutières isolait Carignan, un des plus actifs parmi ces capitaines italiens qui servaient la cause française en Piémont, Ludovic de Birague, gouverneur de Verolengo depuis novembretr537 "lui offrit de pousser une pointe hardie dans le Ver-
1. Monluc a laissé en blanc le nom du lieu où Cesare Maggi se retira. Il s’agit de Villastellone. La rivière dont parlent les Commentaires est le Stellone, affluent de la Banna, sous-affluent du PÔ, r. d.
>. Arch. d'État de Mantoue, Bobba, Vigevano, 31 décembre.
3. « Anno 1544, quarta die januarii, Guigo Guifré de Botières, adhuc prorex, cum exercitu Gallo pontes Padi prope Cargnanum demoliuntur noctu ut arctius
Cargnanum obsideret, non sine stridore dentium, quia frigus erat. Et non cale-
ne se et in crastinum mane re perfecla, g gelu mortificati et multi tabefacti
À Re * in Vicum novum et Carmagnoliam Galli se retraxerunt. » (P. 180.) 4. Du Bercay, XIX, 486 : « Laquelle expedition fut executée, mais non sans grand travail, pour l'extrême gelée qu'il faisoit, dont plusieurs soldats eurent ave les se et Fe mains estropiez. »
. V.-L. Bourne, Guillaume du Bellay, p.257.
cellais. Boutières, après quelques hésitations, le lui permit. Ludovic de Birague et Taix partrent, dans les premiers jours de janvier, de Settimo Torinese avec de l'artillerie, et tandis que Cesare Maggi, qui surveillait de Vercelli leurs mouvements, croyait qu'ils marchaient vers Casale, ils allérent enlever Crescentino, qui se rendit sans coup férir, puis Desana et San Germano (11 janvier). Ces faits nous sont connus par les dépêches de Vespasiano Bobba des 9 et 12 janvier‘; Guazzo et du Bellay donnent des détails sur le siège de San Germano”. Monluc mentionne ces prises, mais dit qu’il n’y assista pas, parce qu’elles furent antérieures à la rupture du pont de Carignan. La date du 4 janvier assignée par Miolo à cette rupture serait donc inexacte. Boutières et Monluc rejoignirent Taix et Ludovic de Birague à San Germano et Santhià, c’est-à-dire après le 11, pour marcher vers Ivrée. Le 14, Bobba annonçait de Novare que M. de Boutières était arrivé à Salussola avec six mille hommes de pied*. Avant le 15, les Français étaient devant Ivrée. Le siège dura dix jours; le gouverneur, un capitaine espagnol, Cristoforo Morales, fit une belle résistance. Il repoussa d’abord Passaut tenté sur trois points à la fois *. Il fallut battre la place : le 20 janvier, l'artillerie française ouvrit un feu violent de deux côtés ; quatre cent vingt-trois coups de canon furent tirés dans la journée sans grand résultat. Les munitions manquèrent pour continuer *. Le 23, Boutières, qui ne s'attendait pas à une aussi vigoureuse résistance, envoya un tambour pour sommer la garnison de capituler ; les assiégés répondirent en donnant les étrivières au parlementaire. Boutières, découragé, leva le siège6. Monluc, on le
1. Ces dépèches ont été publiées par Fr. Mocarp (Bull. du Com. des trav. histor., 1806, pp. 443-444). — CF. Secre, Carlo 11 di Savoia…., pp. 181-182.
2. Guazzo, op. cit, F0 357 vo. Il se trompe évidemment en datant du 13 février la capitulation de la place. — Du Berrav, XIX, 484.
3. Arch. d'Etat de Mantoue, Bobba, 14 janvier : « Monsr de Butières à giunto a Saluzzo con 6000 fanti. Il campo francese andô a Cavaglia. »
4. Bobba, Vercelli, 19 janvier (publ. par Morarp, loc. eit., pp. 444-445).
9. Giorgio Valperga et Filippino della Stria au duc de Savoie, Ivrée, 22 Janvier (publ. par A. TazLone, /orea e il Piemonte al tempo della prima dominaztone francese (1936-1559), 1900, p. 117, n. 1). — Bobba, 21 janvier (MorarD, p. 445).
6. Bobba, Vercelli, 25 janvier (publ. par Srcre, Carlo 11 di Savoia, p.183, n. 1). — Giorgio Valperga au duc de Savoie, Ivrée, 24 janvier (cit, par TALLONE, Op. cit, p. 118, n. 1).