LA € MARCHANDISE ) DE BARGES
gouverneur de Barges et lavait rançonné. Ne pouvant se libérer, le gouverneur promit de lui livrer le château le 13 décembre et 1l lui remit sa femme et ses enfants comme Ôlages (détail donné par Monluc). Pietro Porto se rendit à Barges avec une troupe de gens de pied'’et cinquante chevaux. Le gouverneur attira dans le château vingt-cinq de ces gens de pied, en fit tuer certains et ordonna aux autres de crier du haut du rempart : « La place est à nous ! » Pietro Porto approcha sans défiance ; il entra avec vingt-cinq cavaliers seulement. Le gouverneur et la garnison le saluèrent à coups d’arquebuse et tuèrent plusieurs hommes. Blessé au flanc gauche, il s'enfuit, mais mourut peu après. Le récit de Guazzo est beaucoup plus vague que celui des Commentaires; 1 présente laffaire sous un jour un peu différent, mais dans les grandes lignes il confirme Monluc’.
La mort du gouverneur de Fossano obligea Cesare Magoi à envoyer d'urgence des renforts dans cette place. Monluc a conté comment, avec deux cents arquebusiers et deux cents corselets, accrus de quatre-vingts hommes d'armes de la compagnie de Termes, de quinze chevaux du capitaine Mauro de Novate et de vingt arquebusiers à cheval amenés par Antoine de Bouliers, seigneur de Centallo ”, iltenta de barrer la route aux Italiens et aux Espagnols envoyés à Fossano, laissa échapper les premiers, mais défit complètement les seconds près de Sanfré. Le fait, si lon adopte la date donnée par Guazzo, se placerait vers la mi-décembre; Monluc dit que l’enlèvement du convoi impérial près de Cavallermaggiore, la mort du comte Pietro Porto à Barges et la défaite des Espagnols à Sanfré eurent lieu « en dix jours ». Les documents sont muets là-dessus 5. Ils ne nous apprennent rien non plus sur Pentreprise de Termes contre Costügliole et sur la grande « corvée » que fit Monluc pour aller de cette place, après lavoir battue sans succès, rejoindre à Pignerol Boutières",
1. Marco Guazzo, op. cit., fos 356 vo-357 ro. >. Sur ce personnage, plusieurs fois cité dans les Commentaires, voir Uala- ; 3 A 5° 7à L QTS AT 7
loque des actes de Françors Ier, HE, nos 7866, 9812; V, 17813, 18120; VI, 20942; VII, 23830. — CF. aussi BRaNTÔME, IV, 72.
3. Camsrano (col. 1078) a emprunté à Monluc le récit de la défaite des Espagnols. et |
4. Mioco (p. 179) dit, après avoir mentionné la défaite d’Ossun à Cari-
en passant par Saluzzo, puis par la montagne vers la source du Pô et par Barges, pour éviter deux embuscades que Cesare Maggi avait dressées sur sa route, non loin de Cavour ‘
Plus complet pour le récit des opérations militaires que Paul Jove et que du Bellay, confirmé par le chroniqueur local Miolo, Monluc raconte ensuite comment Boutières reprit l’offensive. Il laisse entendre qu’il y fut encouragé par les échecs qu'avaient subis les Impériaux, grâce à lui, Monluc, bien entendu. Il oublie d’ajouter (Paul Jove et du Bellay ont noté cet important détail, le premier plus vaguement, le second d’une façon plus précise”) que de nombreux renforts, auxquels il fait d’ailleurs allusion plus loin, étaient arrivés, qui suffisent à expliquer cette attitude nouvelle. Dans la première quinzaine de décembre, d’Ascros avait amené à Boutières les milices de Provence, rendues disponibles par la levée du siège de Nice’; de plus, le roi lui envoyait sept bandes de Suisses de l’armée de Picardie, deux mille Valaisans et trois mille Suisses nouvellement soldés*. Boutières put ainsi réoccuper Vigone, le 12 décembre, d’après Miolo, Vinovo, Piobesi, puis, franchissant le Pô, obliger Cesare Maggi à évacuer Carmagnola
gnan : « Dominus de Botières tunc prorex in Pinarolium se recipit ». Du BerLay (XIX, 479) confirme aussi Monluc pour ce détail.
1. Monluc parle toujours avec éloges de Cesare Magoi ou César de Naples, lun des plus fins routiers du temps, type achevé de soldat rusé et brutal, dont l’ambassadeur vénitien Alvise Mocenigo nous a laissé un curieux portrait. (FrEb- LER, Relalionen Venetianischer Botschü fler über Deutschland und Œsterreich in sechsehnten Jahrhundert, dansles Fontes rerum Austriacarum, XXX, 142.)
PAU Jovu Histor. lib. XX XIV, Il, fo 326 E. — Du Becray, XIX, 1483.
3. Arch. d'Etat de Mantoue, Bobba, Vigevano, 18 décembre : «Et già à passato de qua mons' del Scroch provenzale con forse sei cento fanti tra Provenzali et alcuni Italiani chel tiene et essere a Villa Franca di Piemonte. » (Gité par Secne, Carlo 11... p. 181, n. 9.) Monluc dit, au moment de parler de l’entreprise sur le Vercellais et [vrée : € Je n’ay pas bonne souvenance si monsieur des Gros estoict encores arrivé. » La dépêche de Bobba résout ce doute.
4. Ibid., Vigevano, 31 décembre : « Da Piemonte Sua Ex tiene aviso che Francesi tutta via stano in Carmagnola, Villa Francha et in Vigone, et che in effetto ponno essere undece millia in cirea, cioè sette bandere de Sguizeri de quelli che erano nel campo in Picardia et doa millia altri Sguizeri Valesani, quali ha condutti il conte de Exevere Savoyengo... » Voir un mandement à Antoine le Maçon, trésorier de l’extraordinaire des guerres, d'envoyer à Grenoble par ses cleres et sur chevaux de poste la somme de 38000 L. t., dont il a été assigné sur le trésorier de l’épargne, pour la solde des trois mille Suisses qui vont être envoyés en Piémont pour défendre ce pays. Fontainebleau, rer décembre (Catalogue, IV, n° 13463).