PREMIERS MOUVEMENTS DES DEUX ARMÉES
qu'il ait oublié de préciser d’abord objet de sa mission. En résumé, on peut admettre que Monluc fut réellement dépêché au roi; quant à la scène du conseil, il l’a très probablement embellie.
Le récit de la bataille de Cérisoles, ou plutôt des deux journées du dimanche et du lundi 13 et 14, débute par une date inexacte. C’est bien un vendredi, comme le dit Monluc, que del Vasto, allant débloquer Carignan, partit d'Asti « avecques son Camp », mais ce n’est pas le vendredi saint (11 avril); c’est le vendredi précédent, 4 avril". Il ne vint pas non plus directement à la Montà. Les Commentaires ne disent rien des mouvements des Impériaux du 4 au 13. Del Vasto songea d’abord à marcher sur Carignan par le nord, en passant par Chieri, pour éviter Carmagnola, dont le comte d’Anguien avait fait un camp retranché, et obliger les Français à sortir de leurs lignes. Avec son avantgarde, composée des Allemands d’Alisprando Madruzzo, il logea le 4 à Montafia, le 5 à Buttigliera, où Fernando di San Severino, prince de Salerne, parti de Montechiaro, devait le rejoindre avec l'infanterie italienne *. Mais il fallut vite renoncer à ce plan trop hasardeux : le passage du PÔô devant Carignan était fortement défendu par deux têtes de pont; on risquait de se heurter en route aux lignes françaises qui s’étendaient jusqu’à Villastellone et d’être arrêté par la garnison de Moncalieri?; de plus, de grosses pluies avaient détrempé les chemins et lartillerie ne pouvait avancer ; enfin, l’armée impériale manquait de munitions et de vivres et ne pouvait s'éloigner sans danger d’Asti, sa base de
1. Vespasiano Bobba, Asti, 3 avril : & Il st marchese Ilmo partira domatina con li Alemani ultimamente venuti, quali sono qua... » (Bull. hist. du Com. des trav. hist, 1896, p. 446.) — Un capitaine suisse, qui combattit à côté de Monluc, Hans Wildperg, et qui adressait, le mercredi 16, de Cérisoles aux bourgmestre et conseillers de Lucerne une relation de la bataille, place inexactement ce départ le jeudi saint. Sa lettre et une autre d’un de ses camarades, Peter Guter, citée plus loin, ont été publiées par le Dr Tu.-V. LieBEeNAU, Berichte über die Schlacht von Carignano, 1544 (Anzeïger für schwetserische Geschichte, nouv. série, t. IV, 1882-1885, pp. 119-117).
2. Bobba, 13 avril (loc. cit.). — Paul Jove à indiqué ce mouvement, qu il considère comme une feinte habile.
3. Pauz Jove, liv. XLIV, fo 328 ro, — Il ajoute que Ludovico Vistarino, gou-
verneur de Chieri, engagea fortement del Vasto à persister dans sa première
intention,
ravitaillement. Del Vasto revint donc sur ses pas, et le 10 1l était à la Montà avec ses Allemands et ses Espagnols. Le reste de ses troupes était cantonné aux environs : les Allemands du baron della Scala à Canale, le prince de Salerne à San Stefano". Le marquis voulait, en évitant toujours Carmagnola, filer sur Sommariva del Bosco, franchir la Maira à Racconigi, le Pô à Casalgrasso et gagner Carignan ?. Ce plan était aussi hasardeux que le précédent : de toute façon il fallait livrer bataille. Del Vasto, qui ne pouvait se flatter sérieusement d'échapper à l'ennemi et de ne combattre que sous les murs de Carignan avec laide des assiégés, comme le conjecture Cambiano, s’y résigna. Le mercredi 9 avril, Philippe Lannoy, prince de Sulmone, à la tête de toute la cavalerie, marcha vers Carmagnola. Ses coureurs arrivèrent jusqu'aux portes de la ville. Le comte d'Anguien sortit avec sa cavalerie et une partie de son infanterie, mais les deux troupes se bornèrent à s’observer. Le jeudi 10, del Vasto en personne, ne laissant à Canale que le contingent florentin de Rodolfo Baglione, alla en reconnaissance vers Ternavasso avec sa cavalerie, six cents Allemands et deux cents Espagnols. Les Français ne se montrèrent pas; un orage formidable obligea les Impériaux à rentrer dans leurs cantonnements, d’où le mauvais temps les empêcha de bouger les deux jours suivants.
Le dimanche, jour de Pâques, le soleil brillait, bien que le ciel fût encore menaçant*. Les Impériaux commencèrent leur mou-
1. Un capitaine de l’armée impériale, qui signe « le cappitaine Myllort », écrivait d’Asti, le 16 avril, à l'Empereur : « Et sommes allés louger à la Montal, ung lieu de montagne, où, pour le mauvestz temps, avons demouré neuf Jours. » (Cabinet historique, 1879, p. 80.)