LE DUEL DE JARNAC ET DE LA CHATAIGNERAIE
ambassade avant Cérisoles ‘. Il est permis de supposer que la faveur dont il jouit alors fut due en parte à son frère Jean, que son rôle dans les premières négociations qui aboutirent au traité d’Ardres, devait à ce moment mettre en relief à la cour ?. D’un mot, il a fortement caractérisé ces dernières années du règne, où François 1°’, profondément atteint par la mort de son fils François, duc d'Orléans, déclinait lentement, « assés vieux et pensif », et ne lui demandait qu’une seule fois « le discours de la bataille de Sérizolles ».
I n’y avait plus de guerre à espérer. Monluc s’en revint donc en Gascogne et n’en bougea pas, «accablé d’affaires et de maladies », jusqu’à la mort du roi. A l’avènement de Henri II, il se souvint qu'il était connu et estimé du dauphin, qui avail su apprécier sa conduite lors de la camisade de Boulogne. Il accourut à la cour, en quête d’une charge. Il y trouva d’abord une mésaventure. Depuis longtemps lié avec François de Vivonne, sieur de La Châtaigneraie, qu'il ävait vu, en décembre 1542, monter hardiment à l’assaut de Coni, plus désireux que jamais de ne pas négliger une amitié qui pouvait maintenant lui être profitableÿ, il fut, avec Sansac, Aurelio Fregoso et le comte Berlinghiert, l’un de ses quatre confidents dans son fameux duel avec Guy Chabot de Jarnac, le 10 juillet 1547, à Saint-Germain-en-Laye, en présence de toute la cour“. Il y a fait des allusions en trois
1. Lorenzo Contarini, dans sa relation de 1551, distingue très bien des gentilshommes de la chambre les gentilshommes servants, dont le nombre n’était pas limité et qui servaient le roi à table. La charge rapportait {00 livres par an (Azsèrt, ser LV 80).
>. C’est Jean de Monluc qui avait engagé les pourparlers par l’entremise d’un jeune négociant vénitien, Francesco Bernardo, qui se rendait en Angleterre et qui en rapporta, en mars 1546, les premières propositions de Lisle à d’Annebault (Arch. nat., K. 1486, no 11. — State papers, Venice, V, 165-166).
3. Brantôme, neveu de La Châtaigneraie, dit qu'à l'avènement de Henri Il il espéra devenir colonel de l'infanterie. Le nouveau roi l’appelait « sa nourriture » et « son filleul » (IV, 86).
4. Voir sur les préliminaires du duel les pièces publiées par Serprox Durceix, Les loir mililaires touchant le duel, 2e édition, 1611, pp. 494-542, réimprimées comme inédites par L. Lalanne dans son édition de Brantôme, VI, 505-509 (l'exposition seule était inédite). Ces piéces, dont des copies se trouvent à la B.N., fr. 21811, fos 95-78 ; Dupuy, 110, fos 86, 137, 171 vo, et à la Bibliothèque de linstitut, coll. Godefroy, portef. 125, fos 98 et 104, ont été
réimprimées, en tout ou en partie, par GUILLAUME Marcez, Histoire de l’ori-
; ; ; DR Er RQ ER OV TOME gine et des progrès de la monarchre françoise, 1686, IV, 395-405; par Le
endroits des Commentaires. Dans son discours aux Siennois avant la défaite de Pietro Strozzi à Marciano, il laisse entendre que Strozzi donna à La Châtaigneraie un mauvais conseil qu’il suivit, contre l'opinion de Monluc et de plusieurs de ses amis, qui avaient délibéré « de menner le combat d’aultre manière qu'il ne fit". » Dans la revue des « charités », il révèle la circonstance qui amena le duel : « Une babillarde causa la mort de monsieur de La Chastaigneraye », allusion sans doute à l’indiscrétion de quelque dame de la cour qui répéta au père de Jarnac le propos que La Châtaigneraie prêtait à son fils, et il répète que si ses conseils avaient été suivis, il en fût allé autrement”. Brantôme dit avoir recueilli de la bouche de Monluc que La Châtaigneraie se perdit par son outrecuidance; et, en bon neveu, il s’indigne contre la phrase des Commentaires, qu'il néglige, du reste, d'expliquer : « Il combattit contre sa conscience et perdit l'honneur et la vieÿ. » Ces allusions restent pour nous obscures. On voudrait savoir aussi quelle cause valut à Monluc, à la suite du duel, la haine de madame d’Etampes et l’obligea à se retirer de nouveau chez lui*. Ce fut, sans doute, quelque propos indiscret. Monluc prouva, en d’autres circonstances, qu’il était incapable de retenir sa langue.
Les Commentaires nous apprennent ensuite que Henri II, lors-
Lagoureur, Add. aux Mém. de Castelnau, 1731, U, 556; Cu. BararccarD, Du duel considéré sous le rapport de la morale, de l’histoire, de la législation et de l'opportunité d’une lor répressive, Paris, 1829, in-80, appendice. — Sur le duel lui-même, il n’existe, en dehors des pages brillantes de Michelet, qu’un médiocre article du prince de LA Moskowa, Le dernier duel judiciaire en France (Rev. des Deux-Mondes, 1854, p. 391). Voir le récit de l’ambassadeur florentin Ricasoli, daté de Paris, 11 juillet 1547 (Négoc. de la France avec la Toscane, I, 197-199), qui est beaucoup moins romanesque que les récits officiels et les racontars de Brantôme, témoin fort suspect.
1. Strozzi et non Del Bene, comme le dit de Ruble (1, 460, n!. 4). La phrase est équivoque, mais on ne peut admettre que Monluc ait voulu désigner, comme étant intervenu dans le duel, le personnage qu’il appelle Thomas d’Elbech, qui était un agent diplomatique obscur (voir plus loin, chap. vi). Brantôme parle d’un autre conseil que Strozzi donna à La Châtaigneraie, dont il était, dit-il, l'ami (VI, 370).
3. Branrôme, VI, 276. — Cf. le passage où il parle de la grande amitié qui unissait Monluc et son oncle. La Châtaigneraie fut le parrain de Fabien de Monlue, qui s’appela d’abord François (III, 138-139).
Hal, 500: