PREMIÈRES RELATIONS DE MONLUC AVEC LES GUISE
dovic de Birague à Chieri et fit mine de vouloir secourir Villadeati; mais il n’alla pas plus avant et se replia sur Turin. Monluc est naturellement muet sur ces opérations auxquelles sa blessure l’empêcha de prendre part. Il à seulement noté l’arrivée à Chieri, où il était malade, du duc d’Aumale, frère de François de Guise, du duc de Nemours, du prince de Condé et de son frère le comte d’Anguien, de François de Montmorency, fils aîné du connétable, et d’autres seigneurs qui, dit Boyvin, accouraient, suivant l’usage, pour assister à la bataille que l’on prévoyait en Piémont?. Miolo donne les dates exactes de leur arrivée : le 20 septembre, les princes lorrains étaient à Chieri; le 8 octobre, le fils du connétable les rejoignit à Turin 5, On comprend que Monluc n’ait pas négligé de mentionner ce fait. Ce fut dans sa vie un événement gros de conséquences : mal vu du connétable, en quête de nouveaux protecteurs, il trouva là lPoccasion de s’instituer d’une façon officielle client des Guise. Mais il y a tout lieu de croire qu’il usa, pour s’insinuer auprès d’eux, des relations excellentes que son frère Jean entretenait avec la maison de Lorraine depuis trois ans au moins. Le 9 août 1548, Jean de Monluc écrivait de Sens au duc d’Aumale pour le prier de le tenir au nombre de ceux qui sont le plus disposés à lui faire service et, comme tel, l'avoir en souvenance et le prendre sous sa protection *. Aussitôt après, on le trouve très avant dans la confiance du duc, qui le charge de débrouiller une affaire délicate 5; d’Embrun il lui donne des nouvelles de la duchesse, alors en voyage avec l’évêque de Troyes 6; à l’occasion de la mort du duc Claude, il écrit à la duchesse une belle lettre de
1. Arch. d'État de Mantoue, Annibale Litolfi, Asti, 8, 12, 30 octobre.
2. Boyvix pu Viczars, XXVIIL, 464-465. — Avis de Rome, 26 septembre. (State papers, foreign, Edward VI, n° 462.) Monluc a oublié de citer parmi les princes le frère du duc d’Aumale, René de Lorraine, marquis d'Elbeuf.
3. « Die 20 eiusdem settembris, domini de Aumala, del Beuf, eius frater, et Annemours, Galli adolescentes, Cherii applicuerunt, ubi exercitus Gallus castrametatus est. Anno eodem, 8 octobris, dominus Momoranci, filius conestabilis Francie, aplicuit Taurini. » (p. 191.)
4. Jean de Monluc au duc d’Aumale, Sens, 9 avril 1548. (B. N., fr. 20548, fo 117, orig.) — Dès le 15 novembre 1547 il était en relations avec le duc. (B. N., fr. 20462, fo 33, orig.)
5. Le même au même, Sens, 20 avril 1548. (B. N., fr. 20462, fo 37, orig.)
6. Le même au même, Embrun, 25 octobre 1548. (B. N., fr. 20555, fo 157,
orig.)
condoléances !. Nul doute donc que Jean n’ait, une fois de plus, aidé Blaise à se pousser en lui procurant Pappui de patrons dont les deux frères pressentaient la puissance prochaine. Blaise, d’ailleurs, n’était pas en reste avec Jean : de Moncalieri il écrivait, le 29 janvier 1550, au duc de Guise, pour lassurer de sa bonne volonté, le prier de le toujours tenir en sa bonne grâce et le remercier de s'être entremis, avec le cardinal de Lorraine, pour faire avoir l’archevêché de Bordeaux à son frère, qui « estoyt demeuré en arrière par le moyen de madame d’Estampes ». L’affaire n’aboutit pas; le cardinal du Bellay, archevêque de Bordeaux, refusa de se dessaisir de son siège *. Mais ce document montre assez bien comment les deux frères devinrent ensemble clients des Guise. Aussi, lorsque les cadets de Lorraine arrivèrent à Chieri, Monluc s’empressa auprès d'eux, leur procura armes et chevaux, mit à leur service pour les occasions futures sa vieille expérience de routier d'Italie et n’omit pas de se faire valoir, avec une modestie orgueilleuse, auprès du chef de la maison, le duc François 3. Il a, par contre, oublié d'ajouter qu'avec cette brillante noblesse arrivaient à Brissac des renforts, qui lui permirent d'autant mieux de reprendre loffensive que D. Ferrante ne pouvait, faute d'argent sans doute, grossir autant qu'il Peût voulu son armée affaiblie par la maladie *.
Henri IF, instruit par deux courriers des premiers succès de ses armes en Piémont $, avait manifesté à son lieutenant son
1. Jean de Monluc à la duchesse d’Aumale, Paris, 20 avril 1550. (B. N., fr. 20543, fo 115, orig.)
2. Monluc au duc de Guise, Moncalieri, 19 janvier [1550] (IV, 1). En février 1552, Blaise fit auprès du duc, pour faire obtenir à son frère l’évèché
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d’Embrun, une démarche analogue, qu'il fit appuyer par Brissac, (Monluc au duc de Guise, Turin, 19 février [1552], IV, 5.) La lettre de Brissac au duc de Guise, du 20 mars, a été publiée par Tawizey DE Larroque, Votes et documents pour servir à la biographie de Jean de Monluc, p. 16.
3. Monluc au duc de Guise, Moncalieri, rer novembre 1551 : « Je suis grandement obligé à messeigneurs nos frères, car à leur venue on leur a présenté de beaucoup de lieulx chevaux et armes pour s’en servir jusqu’à la venue des leurs, mais ils m'ont faict tant d'honneur de m'en avoir voullu prendre de pers ne > 1S iens : à r 1e ù SELS Ve © QE seu »
onne que des UE de quoy Je leur demeureray à jamais obligé, m’ayant monsiré tant d'amitié que beaucoup d’aultres eussent esté bien ayses lavoir receu >» 1([IV# 7)
4. Peter Vannes au Conseil, Venise, ro octobre. (Stale papers, foreign,
Ediward VI, n° 175.)
5. Brissac lui avait envoyé successivement le commissaire de l’artillerie Duno