RETOUR DES PRINCES EN FRANCE (DÉC
Neuf enseignes d’Impériaux, Espagnols et lansquenets, étaient logées dans les villages au-delà de la rivière; elles décampèrent aussitôt et se retirèrent vers Ivrée. En même temps, La Mothe- Gondrin chassait de Camerano, dans le Montferrat, la garnison qu'y avait mise D. Francesco d’Este; une escalade tentée à Savigliano, dans la nuit du 3 au 4, échouait grâce au vicomte de Gourdon”. Les Impériaux étaient obligés de reculer sur tous les points ; il ne leur restait plus en Piémont, sur la rive gauche du Pô, que la forteresse de Volpiano. Malheureusement pour Brissac, le roi, tout en annonçant l'envoi prochain de huit enseignes de Suisses, rappelait en France sept vieilles bandes et cassait treize cents Italiens, rendant impossible la garde des nouvelles conquêtes *. Le maréchal, de retour à Turin, protestait en vain contre cette intempestive économie; il démontrait qu'il avait besoin de toutes ses forces pour couvrir ses frontières, prévenir des coups de main comme celui de Savigliano et tenir la campagne. Le duc d’Aumale fut chargé de porter au roi son mémoire à ce sujet 5. Les princes rentrèrent, en effet, en France aussitôt que lPon fut revenu à Turin. Monluc à noté leur départ, que Brissac annonçait pour le lendemain dans deux lettres au roi et au connétable, du 5 et du 6 décembre", que Miolo place le dimanche 6° et qui n’eut lieu, en fait, que postérieurement au 7, date du mémoire dont le maréchal chargea le duc d’Aumale.
Les Commentaires mentionnent « quelque temps après » le retour des princes la prise par Brissac de plusieurs châteaux du Canavese, voisins d’Ivrée. Elle eut lieu en septembre 1552 : Monluc,
1. Brissac au roi, Turin, 5 décembre (Bibl. de Carpentras, ms. 490, fo 157 r0-vo), — « Memoire par forme d'instruction qu’il plaira à Monseigneur le duc d’Aumalle remonstrer et faire entendre au Roy pour son service et conservation de son pays de Piedmont », résumant toutes les opérations depuis l’ouverture des hostilités (tbid., fos 181 r0 182 vo). — La tentative sur Savigliano est mentionnée par Mioco (p. 191).
2. Le connétable annonçait, le 4 février 1552, au duc de Nevers que « les sept enseignes vieilles qui viennent de Piedmont arriveront dimanche à Lyon, qui est pour estre bientost en Champaigne. » (B. N., Clairamb., 345, fo 187,
copie).
3. Mémoire pour le duc d’Aumale, [Turin], 7 décembre, cité n. 1. 4. Brissac au roi, Turin, 5 décembre. — Au connétable, Turin, 6 décembre
(Bibl. de Carpentras, ms. 490, fos 151 roet 152 ro). 5. « Die dominica sexta decembris supradicti adolescentes principes Galli Taurino discedunt et in Galliam se recipiunt. » (p. 191.)
on le voit, saute près d’une année. La lacune est considérable ; elle s'explique par une défaillance de mémoire ou par l’insouciance de l’auteur, qui, avec un parfait dédain de la chronologie, l’a masquée au prix d’une inexactitude. Les Commentaires sont donc muets sur le grand effort que firent les Impériaux en maijuillet 1552. D. Ferrante, qui, depuis le début de la guerre, restait sur la défensive, décida de sortir enfin de son inaction et de tenter, en compagnie du jeune prince de Piémont, Emmanuel- Philibert, cette invasion du marquisat de Saluces que Brissac redoutait tant. Cette campagne d’été des Impériaux n’est connue que par un petit nombre de documents qui permettent d’en indiquer seulement les grandes lignes. D. Ferrante, au début de mai, arriva à Cherasco, d’où 1l marcha sur Brà. Brissac, qui était en train de fortifier cette place, l'évacua et recula à Carmagnola”. Les Impériaux occupèrent Brà, puis, entrant dans le marquisat de Saluces, s’emparèrent de Cardè, Saluces, Verzuolo, Busca et Dronero?. Rentrant ensuite en Piémont, ils mirent le siège devant Bene. Ils s’attardèrent longtemps devant cette ville sans pouvoir la prendre ; le 22 juin, M. de Bourchenus écrivait à Maugiron, lieutenant général du Dauphiné : « Le camp des ennemys est toujours auprès de Veynnes ; ilz ont esté auprès de la roquette de Mon de Vys, à ce qu’on dict5. » Le 1° juillet, D. Ferrante était encore devant Bene ; * après avoir « tournoyé » six semaines « tout à lentour pour donner le gast à la campagne », dit Boyvin”, il leva le siège le 15, d’après Miolof, puis, humilié par cet insuccès, 1l revint précipitamment à Asti et de là à Casale.
1. Mioco : &« Anno eodem 1552, don Ferrandus Gonzaga procesar cum exercitu ad impediendam perfectionem propugnaculi Brayde per Brisach inchoatum, Clarasii venit. Et Brisach Carmagnolia illi oppositurus se firmat, » (p. 192.)
2. MARCHAND, 0p. Ctl., pp. 202-203. — Le 12 mai, Brissac écrivait de Carmagnola au duc de Guise que César de Naples est entré dans Saluces sans résistance : « Le chateau tient encore, mais vous savez qu’il vaut bien peu. J’ay plusieurs fois escrit ce qu’il en [devoit] advenir. Encore sommes-nous en evident danger d’estre pris. » Et il suppliait le duc d'intervenir pour qu’on le renforçät (B. N., Clairamb., 345, fo 321, orig.).
3. Bull. histor. et philol. du Com. des trav. histor., 1893, p. 13.
4. Lettre de D. Ferrante à Brissac, citée par MaRGHAND, p. 203, n. 3.