‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 188 sur 533 · LE DÉGAGEMENT DE CEYA (Q OCT · texte numérisé non relu

LE DÉGAGEMENT DE CEYA (Q OCT

vau-légers de Chaumont, qui furent chargés et refoulés jusque sous les murailles. Mais à l’approche de l'infanterie française, les Impériaux commencèrent à battre en retraite; leurs gens de pied franchirent le petit pont et gagnèrent la montagne. Brissac alors Jeta hors de la ville trois enseignes de la garnison et fit passer le Tanaro à sa cavalerie. Sous le feu de larquebuserie ennemie, les Français franchirent le pont à leur tour et poursuivirent les Impériaux « jusques bien hault dans les montaignes ». À ce moment arrivèrent auprès de Brissac les capitaines qu’il avait mandés de San Martino, Bonnivet, Ludovie de Birague, Monluc, Sampiero Corso, avec quelques arquebusiers à cheval. Le maréchal les chargea d’arrêter la poursuite et de rallier les fantassins et les cavaliers engagés dans la montagne à la queue des Impériaux. Le lendemain (10 octobre), Brissac ramena l'artillerie à Mondovi, laissant seulement à Ceva la compagnie du capitaine La Charche et une compagnie italienne, avec deux moyennes; cette trop faible garnison avait ordre, si les Impériaux revenaient, de capituler aux meilleures conditions. Le maréchal et sa petite armée revinrent sur Centallo, franchirent le 12 la Stura, avant que D. Ferrante eût eu le temps d'arriver de Fossano pour leur barrer le passage ”, et arrivèrent à Savigliano. Le 14, ils en repartaient pour aller retrouver, à Carmagnola, le reste des bandes françaises et italiennes qui n’avaient pas eu le temps d’arriver de San Martino*.

Le rapport très circonstancié de Brissac, d'après lequel nous venons de raconter le dégagement de Ceva, éclaire et confirme pleinement le récit qu’en donnent les Commentaires. Monluc insiste seulement sur la part qu’il prit à affaire : il nous apprend que les Impériaux étaient commandés par l’un des mestres de camp de D. Ferrante, D. Alvaro di Sandez; il mentionne très exactement leur retraite par « ung pont de bricque », le passage du pont par les Français, la poursuite à travers la montagne, les charges d’arquebuserie faites par les Impériaux pour couvrir leur retraite et les petits engagements qui s’ensuivaient. Il loue hau-

1. Brissac au roi, Savigliano, 13 octobre (Bibl. de Carpentras, ms. 190, fos 183 vo-186 vo).

2. Goseuuni dit (p. 236) qu’une mutinerie des lansquenets du bâtard de Bavière retarda D. Ferrante et lui fit perdre l’occasion d'arrêter Brissac sur la Stura.

tement D. Alvaro di Sandez pour le bon ordre avec lequel il sut se retirer. Il laisse entendre qu’on eût pu lui causer plus de dommage si on l'avait chargé « de cul et de teste » près du pont, critique indirecte à l’adresse du prudent Brissac. Il ne cache pas que la poursuite sur le flanc de la montagne, par un étroit sentier, était très hasardeuse, et les éloges très vifs que fait le maréchal, dans son rapport, des troupes qui en furent chargées montrent qu'il n’exagère rien. Il doute que Ludovic de Birague ait été présent à l'affaire : on à vu qu'il y était. Il termine en notant très exactement que Brissac ramena le lendemain Partillerie à Mondovi et commet seulement une légère inexactitude sur le nombre des compagnies laissées en garnison à Ceva ”. Somme toute, la reconstitution faite par Monluc de mémoire a une valeur historique de premier ordre. Elle est d'autant plus remarquable que les Commentaires comblent ici une lacune assez considérable des Mémoires de Boyvin, qui sautent de la prise de San Martino (septembre) à celle d’Alba (14 novembre)”.

Le biographe de Brissac ne dit donc rien de la défense de Caselle, longuement contée aussi par Monluc. À peine le maréchal s’était-il éloigné de Ceva, D. Ferrante reparut devant la place et s’en empara sans peine. C’est la prise à laquelle font allusion les Commentaures à la fin du précédent récit : € Or, il ne me” souvyent comme Seve feust despuys perdue... ». D. Ferrante s’attarda ensuite au siège de Lesegno, place voisine de Ceva; n'ayant pu la prendre, il se contenta de ce succès de ce côté et résolut de tâter son ennemi sur un autre point de la frontière *.

1. Monluc dit que Brissac laissa à Ceva deux compagnies françaises et une italienne, On a vu qu'il n’y laissa qu'une compagnie française.

2. Le connétable rendait compte en ces termes au duc de Guise du dégagement de Ceva, dans une lettre datée de Reims, 25 octobre : « Du costé de Piedmond, monsieur le mareschal de Brissac continue de faire de bien en mieux, ayant mis en l’obeissance du Roy tout le pays de Canavés et le marquisat de Siennes (sic.; corr. : Saluces), que dom Ferrand devoit secourir; mais il fut sy malmené par mondit cousin le mareschal qu'il fut contraint, avec les forces qu'il avoit beaucoup plus grandes que les nostres [détail inexact|, de repasser un pont à grand haste et gaigner la montagne, de sorte que la possession en laquelle nous sommes de le battre ne s’y est poinet perdue, » (Mém.-Journ. du duc de Guise, coll. Michaud, VI, 116.)

3. Litolfi fait allusion à cette prise dans une dépèche datée d'Alexandrie, 18 octobre. C'est donc à tort que Gosezzint l’a placée le 27 octobre.

4. Arch. d'Etat de Mantoue, Annibale Litolf, Alexandrie, 18 octobre : « Ma

£ } 7 û - LA DÉFENSE DE GCASELLE (OCT.-NOV. 1552). ON

Aussi bien sa grande préoccupation était de conserver et de ravitailler Volpiano. Il fallait pour cela reprendre les places du Canavese conquises le mois précédent par Brissac. La plus à portée de Vercelli et d’'Ivrée était San Martino. Il n'y avait plus comme garnison que trois enseignes d’Italiens. Cesare Maggi fut chargé de entreprise : le jeudi ro novembre, il prit San Martino et fit pendre l’un des trois capitaines, pour le punir d’avoir vaillamment résisté". Il reprit de même Ponte Canavese, puis marcha vers Caselle, ville ouverte à quatre milles au nord-ouest de Turin, qu'il espérait enlever aussi facilement”. Mais Brissac, quoique surpris par cette soudaine offensive, avait prévu ce dernier danger; dès le 3r octobre, il écrivait au connétable : « J’ai mis dans Caselles M. de Montluc avec quatre compagnies de Françoys *. » Les Commentaires font des allusions vagues, mais exactes, à ces faits. On y peut lire, complaisamment narré, comment Monluc, à la nouvelle que Brissac voulait faire évacuer Caselle, accourut de Moncalieri à Turin, obtint l'honneur de défendre la ville et sut en peu de temps si bien la munir que l'ennemi n’osa en approcher. Il insiste sur la bravoure de M. de Gié, « premier filz de monsieur de Maugiron », qui se trouvait en garnison à Caselle avec la compagnie de son père et qui refusa, malgré les instances de Brissac, de quitter la place*. On connait une lettre adressée à Maugiron, gouverneur du Dauphiné, par le lieutenant de sa compagnie, Antoine de Clavel, seigneur de Pinet, Monfort et La Roche-Pingolet, qui permet de

hier di notte scrisse poi [D. Ferrante] a Don Ramondo di Cardona, che dopo havuta la rocca di Ceva, havea hauto anche duo altri luoghi, l’uno detto Priè [Priero}, l’altro la Moraiïa (?), ma che non se le era voluto dar quello che più desiderava, che è Lesegno, il qual bisognava battere, et era assai # 1 1 Ne 1e D a : LU .

forte, perd che le conducesse tre caunoni, et ritornasse adietro e l’essercito. »

1. Monfort à Maugiron, Turin, 14 novembre (Bull. du Com. des trav. histor., 1893, pp- 42-43). La date fournie par ce document pour la prise de

San Martino confirme celle que donne Mroro et infirme la date du 3 novembre,

donnée par GOosELLINI.

>. Gosezuini, Compendio, pp. 286-237.

3. B. N., fr. 3902, fo 6x (cité par MARCHAND, P- 210, n. 1). mecs

4. Guillaume de Maugiron, sieur de Gié, fut tué le 12 juin 1554 à \ alfenera, qu'assiégeaient Cesare Maggi et Gomez Suarez de Figueroa. Il fut enterré à Moncalieri, dans l’église Santa Maria; une inscription rappelle la date de sa mort. (A. SeGre, /{ richiamo di D. Ferrante Gonzaga dal governo di Milano, dans les Memorte della R. Accad. delle Scienze di Torino, 1904, p. 212, n. 3.)

contrôler de la façon la plus précise certains détails donnés par Monluc : la division de la compagnie de Maugiron, dont une partie resta à Caselle tandis que l’autre, avec Monfort et le guidon Antoine de Murat, sieur de Lestang, se retira à Moncalieri ; le nombre des compagnies de gens de pied qui défendaient la place (cing. dit Monluc; sept, dit le document); l’hésitation de D. Ferrante lorsque, le 13 novembre, il arriva à Rivarolo, à sept milles de Caselle (c’est la distance donnée par Monluc) ". L’auteur des Commentaires insiste avec raison sur l'importance de Caselle, « duquel lieu on üroyt la pluspart des foins et boys qui venoyent à Thurin ». Gosellini dit que la prise de cette place eût été comme une écharde dans lPœil de Turin *. Enfin, si Monluc exagère certainement en affirmant que Cesare Maggi mit vingtdeux jours à reprendre San Martino et les autres châteaux du Canavese, on ne peut lui reprocher, comme on la fait#, d’avoir été inexact en disant que la défense de Caselle eut lieu en hiver et «aux plus courtz Jours » : commencés fin octobre, les travaux continuèrent le mois de novembre jusqu’à la prise d’Alba par La Mothe-Gondrin et Vimercati*.

Elle eut lieu dans la nuit du 13 au 14 novembre, c’est-à-dire au moment même de l’arrivée des Impériaux à Rivarolo, et tandis que D. Ferrante, Cesare Maggi et le gouverneur de Volpiano « disputtiont, comme dit Monluc, la cappe de levesque », et se demandaient s'ils iraient emporter Caselle*. Les Commentaires

1. J. LeBLanc a publié, dans le Bull. du Com. des trav. histor., 1893, pp. 37-47, huit lettres de Monfort et Lestang à Maugiron, où ils rendent compte des opérations auxquelles prit part la compagnie de M. de Gié de juin 1952 à janvier 1553. J'ai emprunté à cette publication les identifications des personnages cités par Monluc. Il y faut Joindre Antoine de Sassenage, dit le capitaine Mas, qui prit part, en juillet 1552, à la prise du château de Cardè par Vassé (Monfort à Maugiron, Saluces, 21 Juillet 1552).

2. €... Pareva à me et meco ogni un concorreva, che si dovesse espugnare, per tenerla poi come uno stecco ne gli occhi a Torino. » (p. 237.)

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